
Djoing, djoing, plink plink plink ... Il paraît que je n'ai pas l'oreille musicale. Mais apparemment, je suis bien la seule dans cette maison.

Hier, quand je me suis levée, tout était plongé dans le flou. Brume épaisse, lourde, mouillante, collante. Et je ne m'en suis pas étonnée. Depuis quelques jours, ma tête aussi est remplie de brouillard. Je me demande d'où vient ce malaise, ces maux physiques, ce flottement moral, cette impossibilité de me sortir de cet état cotonneux.



Paolo est seul dans sa chambre (l'homme de la maison et le grand sont à leur leçon hebdomadaire de guitare), il joue et, comme chaque fois qu'il est seul, se raconte à haute voix des histoires. C'est incroyable comme cet enfant est incapable de silence.We are all happy .. we are all happy ... we are all happy!!
Because ... because ... we love to fight fight fight, tatata!
Tattè tatètè! tackangtakang kangkang tadan tadan
Here is a king, kch kch kch pffouu
Capture it capture it Woh!
Coffee cup!
What are those? Coffee cups!
pfffou tchiooooaaa ptain be the little (?)
Me: Be the what?
Him: Nevermind! (singsong)
tilitttiltittil
Eleven twelve thirteen ...
NO!!!
Boing boing boing tchHHHHH
Battle done.
Dead people done.
A little dirty.
Cell phone ...AHHH
Rushes to the toilet, whining. Belt in the way, comes back whining for help with the belt. Rushes back to the bathroom. Too late, pants wet.
Maman, est-ce que je peux changer ma culotte et mon pantalon?
Ah oui, quand on est trop pris par le jeu ...


Après
Las ! voyez comme en peu d'espace, 1) Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne :
"C'est ici que le chantre de la Henriade se déclare poète, si l'on définit poésie une invention continue de l'expression, ayant pouvoir d'alerter la sensibilité esthétique"
Romans et contes, Voltaire (page18, on est encore dans la préface "Voltaire conteur", de René Pomeau), GF, 1966.
2) Sans vérifier, quelle heure est-il ?
5h38
3) Vérifiez :
5h39. Yay! Moi qui n'ai d'habitude aucune notion de l'heure... (Mais il faut dire que j'avais regardé ma montre à 5h30, pour voir si j'avais encore le temps d'aller à la piscine.)
4) Que portez-vous ?
Ma vieille jupe longue, rayée de brun, bleu, vert, orange et jaune (je sais, ça a l'air très moche décrit comme ça, mais en fait, elle est très chouette), un t-shirt bleu, un gilet noir, une écharpe marron et noire. Des collants. Et mes pantoufles.
5) Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Voltaire...
6) Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
La guitare de l'homme de la maison, mes enfants qui font une bataille entre aliens et chevaliers (playmobils qui souffrent d'une étrange maladie, ils ont tous perdu leurs cheveux et ont un grand trou dans la tête), à grands coups d'explosions et de bruitages intergalactiques. Je crois que les chevaliers à la tête vide mais au coeur valeureux vont gagner.
7) Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Samedi, je suis allée voir une pièce de théâtre, jouée par les élèves de mon école. C'était vraiment bien. Mes souvenirs de théâtre au lycée sont ceux d'un amateurisme heu ... criant. Chaque fois que j'assiste à une représentation ici, je suis épatée par le professionnalisme, la motivation, le travail acharné de ces gamins.
8) Avez-vous rêvé cette nuit ?
Oui, mais je ne m'en souviens pas. Hier, je sais que j'ai rêvé que j'étais dans le désert, et que je devais apprendre à lire à des autochtones.
9) Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Il y a une heure ou deux.
10) Qu'y a t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Des photos de mes enfants. Des dessins de mes enfants. Un petit tableau peint par quelqu'un de ma famille représentant le boulevard Jourdan. Un autre petit tableau représentant mon village (celui où est née ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère, etc.) sous la neige.

11) Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Des billets pour la France pour les vacances de Noël. Ou des billets pour ici pour que mon père vienne nous voir à Noël.
12) Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Aïe, aïe, aïe, ça fait des lustres que je ne suis pas allée au cinéma. Je me demande si ça compte les DVD? Alors, le dernier vu, c'était Crash, je crois. Et c'était très bien.
13) Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
La lune, énorme, blafarde et grimaçante, juste en face de moi, à la lisière des arbres. (J'ai délaissé le questionnaire pour aller nager ... et j'ai croisé la lune sur mon chemin).
Sinon, j'ai vu un arbre rouge, très rouge, carrément rouge. Un arbre qui fait son modeste toute l'année, l'air de rien, et qui soudain, en novembre, alors que son copain d'à côté est tout déshabillé, se paie une semaine flamboyante, revêtant sans vergogne son habit de diva.
14) Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Hé hé, je suis contente que Joséphine ait pensé à moi! Je l'ai vu traîner, ce questionnaire, à droite et à gauche sur le web, mais je ne pensais pas qu'il m'arriverait.
15) Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore :
Une de mes grands-mères était italienne, et je me suis mariée avec un homme moitié japonais, moitié libanais (et totalement américain). Ce qui fait qu'on peut dire sans mentir que nos enfants viennent des quatre coins du monde.
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Ah, mais c'est un secret, ça! Bon, mais étant donné l'étendue de mon lectorat, je peux me lancer sans trop de crainte.
Emma.
17) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
Gabriel.
18) Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?
Hé bien, en fait, j'y suis (à l'étranger). Mais oui.
19) Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
"Je vais tout t'expliquer, tu vas comprendre." Et puis aussi: "Allez, en place pour le second tour!"
20) Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
Je ne crois pas qu'il faudrait supprimer la culpabilité (sinon, que deviendrait la responsabilité?) Je changerais l'aveuglement et la bêtise en une prise de conscience commune (et en commun). Bon, c'est vite dit et facilement retournable contre moi ("Et ton propre aveuglement, et ta propre bêtise, tu en fais quoi?"), alors disons que je limite mes propos au domaine de l'environnement.
21) Aimez-vous danser ?
Oui. Les occasions manquent, quand même.
22) Georges Bush ?
Ah tiens. A propos d'aveuglement et de bêtise ... Quand la stupidité et l'ignorance deviennent dangereuses parce qu'elles sont armées.
23) Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
Ah. La finale de la coupe du monde, cet été, peut-être.
24) Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Alors ça, c'est vraiment la question la plus difficile. Je ne connais pas grand monde dans la blogsphère, et il me semble que beaucoup ont déjà répondu à ce questionnaire ...
Heu ... Christie, ça vous dit?... Marie, peut-être? Estelle, oui? Et, et ... Pascale? Je ne sais pas si vous y avez déjà répondu (pas l'impression, mais on sait jamais, ça a pu m'échapper), en tous cas, il n'y a aucune obligation, hein. Mais bon, il est sympa, ce questionnaire. Non? Bon, c'est vous qui voyez (c'est un peu gênant de passer le relais à des gens qu'on connaît si peu, on ne sait pas comment ils vont réagir ...)

Bon anniversaire, Christie!





Je n'ai pas encore appris à goûter à la sérénité sereinement. Pourquoi faut-il toujours que je m'impatiente au lieu de prendre le temps de respirer? 

Depuis que je me suis retrouvé une brassée de t-shirts, pantalons, culottes et chaussettes indélébilement redécorés façon pointilliste, suite à deux minuscules bouts de crayons-cire oubliés dans une poche, je ne laisse plus rien passer. Je fais les poches aussi consciencieusement qu'une épouse jalouse et soupçonneuse (ce que je ne suis pas). Et je récolte, immanquablement.
Dans mes poches: de vieux kleenexs et des listes de courses.
Dans les poches de Jay: des briquets, de la menue monnaie, et parfois des mégots (je les sens sans avoir besoin de fouiller, berk)
Dans les poches du grand: des batons, des morceaux de papier avec des codes secrets, des marque-pages.
Et dans celles de Paolo: tout et n'importe quoi, et même ... mon collier. Cet enfant est une pie, il adore tout ce qui brille. Et à mes demandes d'explication quant à la présence de mon collier dans la poche de son jean: Tu ne veux jamais me le prêter ...
Il y a une ou deux semaines de cela, me penchant sur lui pour le bisou du soir, je l'ai senti qui attrapait mon collier (un autre, avec des perles multicolores): Quand est-ce que tu nous donneras tes bijoux?
Quand il étais petit, il appelait tous mes bijoux your golden treasure. J'avais l'impression d'être une femme pirate, gardant mon trésor dans un coffre débordant d'or et de pierres précieuses ... J'ai été fastueuse, le temps qu'il apprenne - c'est un peu triste - à appeler les choses par leur nom.

Un lundi au soleil ... Pas d'école, alors j'ai emmené les garçons cueillir des framboises de septembre à la ferme. Evidemment, les pluies de la semaine dernière ont sonné le glas des framboises, et j'ai refusé obstinément d'acheter déjà une citrouille
La tentation d'écrire pour une seule personne, un lecteur choisi, attentif parce que possédant des clefs. Le désir d'être lue, d'ouvrir la discussion, de recevoir des réponses, de faire des connaissances et des reconnaissances. Et le repli, le "juste pour moi", le silence mains sur les oreilles autour de mes mots.

6 ans.
La tête dure comme un caillou, l'obstination portée fièrement en blason, le coeur sur la main et une préférence marquée pour les bisous. Mon doux-dur, mon Paolo, qui me rend dingue, chaque jour un peu plus. Personne n'a comme lui la capacité de se couler à ce point exactement dans mes bras, adoptant une forme qui nous devient commune. Mon caméleon, shape-changing, malléable à en devenir une partie de ma chaleur.
Qu'est-ce qui, depuis un an, a changé? Je n'ai pas l'impression qu'il change. Il est la personne la plus fidèle à lui-même que je connaisse, sans pause ni calcul. Toujours la même tête têtue, le même sourire soleil, les yeux les plus beaux qui se soient posés sur moi. Il grandit, apprend un peu (il ne tient pas trop à apprendre), s'habitue doucement aux changements qu'il n'aime pas trop. Pour la première fois depuis que nous avons quitté Paris (il n'avait pas trois ans), il a commencé l'année dans un lieu et un environnement connu. Je le regarde y évoluer avec l'étonnement heureux qui lui vient d'une innattendue familiarité. Pour la première fois, il va pouvoir inviter ses copains à son anniversaire. Il n'en peut plus d'attendre le jour de la fête.
Je n'ai même pas pensé, comme l'année dernière, au jour de sa naissance. Aujourd'hui, je n'ai pensé qu'à lui, lui tel qu'il est aujourd'hui, à 6 ans. Comme un caillou qui fait facilement des étincelles, si on sait s'y prendre.

