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Cette semaine, j'ai fait cramer ma bouilloire. C'est la combientième, déjà? L'ordinateur sur les genoux, la tête ailleurs et l'envie d'aller me coucher, malgré le boulot à terminer: j'ai ignoré le plus longtemps possible l'odeur. Mais quand elle m'a rattrapée ... Ah, l'eau évaporée, le métal complètement noirci, la poignée déjà fondue. Il a fallu m'armer de courage pour attraper le truc avec une manique et jeter dehors sans cérémonie celle qui m'a fidèlement servie pendant de longs mois (années?). Depuis, en fait, que j'ai jeté ma bouilloire électrique en plastique, soupçonnée de diffusée des machins toxiques dans mon thé. La maison entière puait la bakélite carbonisée. Tout le monde dormait, alors j'ai ouvert en grand quelques fenêtres. - 12°, bien évidemment, dehors. Je m'en suis voulu. J'ai fait bouillir de l'eau pour la tisane dans une petite casserole, en me demandant comment j'allais expliquer le trépas de la bouilloire. Culpabilité et peur de me faire engueuler. J'oublie fréquemment les choses sur le feu, je sais, c'est dangereux.
J'ai acheté une nouvelle petite bouilloire rouge, toute mignonne. Pas le moment de dépenser de l'argent, mais que faire? J'ai choisi le petit modèle, histoire d'économiser quelques $. Elle ne verse pas très bien, ou alors je n'ai pas encore le coup de main, mais elle me plaît. Et elle a un sifflet, avantage dont était dépourvue l'ancienne, qui avait perdu cet attribut à un moment ou un autre de sa vie de bouilloire.
C'était une des péripéties de cette semaine - certainement pas la plus dramatique. Paolo est au centre de mes inquiétudes et de mes soucis.

Mardi : C'est ma faute, j'ai accepté avec enthousiaste l'idée d'un deuxième
fundraiser pour Haïti. Voilà pourquoi, après avoir vendu des centaines de
doughnuts la semaine dernière, je me retrouve à faire des centaines de gaufres. J'ai de la pâte à gaufre partout, sur mes vêtements, dans mes cheveux. Nous avons récolté près de mille dollars, entre les
doughnuts et les gaufres.
Mercredi : plusieurs membres de mon département se foutent ouvertement de ma gueule - ou plutôt remettent en question mes décisions. Ras-le-bol de tous ces gens. C'est moi, la chef, ou bien? Bon, ils n'ont pas l'air convaincu. Peut-être que moi non plus.
Jeudi : jour de grand contraste, un voyage en Pennsylvanie qui s'est avéré épique (perdus à Norristown, pauvres de nous!), une conférence très très intéressante, qui m'a donné un élan et un renouveau d'envies, une école magnifique, dans laquelle je rêverais d'enseigner, un retour deux fois plus rapide qu'à l'aller et des conversations passionnantes avec mes deux collègues, et puis la mauvaise nouvelle de Paolo et ses conséquences.


Vendredi : il faut vivre avec. J'ai du mal, pour tout. Travailler m'est presque impossible. Heureusement, de l'aide, ça et là. Et puis, c'est le week-end, non? Paolo est trop enrhumé pour aller nager, alors il se balade avec moi dans les rues de Smalltown (il fait - 10°) (mais quand même, une limonade, Maman, avec une paille? S'il te plaît?). Je me brûle avec mon thé, et c'est presque réconfortant. Le soir, je me botte les fesses pour aller à l'anniversaire d'une - pas très proche - amie, et je fais bien. Me sortir de mon marasme, c'est toujours une bonne idée.
Samedi : trop traîné tout le matin, du coup à la bourre toute la journée. Je m'effondre à la fin - nous sommes attendus pour dîner, mais je me fais une sieste de 4 minutes. Et je m'en fous si j'encours le courroux de ceux qui n'ont pas couru comme moi toute la journée, du ménage à la patinoire, du supermarché aux lessives. La soirée, une fois que je suis à nouveau sur pied, est très réussie, malgré mon appréhension et l'ouverture des hostilités dans la voiture. Et puis, ça fait du bien de parler français pendant plusieurs heures d'affilée.
Dimanche, donc : encore ménage, encore courses, encore lessives, ça n'en finit donc jamais? C'est moi qui suis chargée de conduire Dudie au foot tous les dimanches, et nous y arrivons en retard, comme d'hab. Et puis, en vrac: longues conversations téléphoniques avec chacun de mes parents (!), gestion des crises et conflits entre les deux frères, tentative de raisonner l'aîné remonté contre le cadet et contre sa mère "Tu me punis toujours moi et tu lui laisses faire tout ce qu'il veut!" L'homme est le seul à jouer à la wii ce week-end, les privilèges des deux garçons ayant été révoqués pour divers égarements de conduite. Ils essaient de le regarder jouer, mais il les chasse invariablement.
Heureusement, pour mettre du baume sur mon coeur endolori, il y a la boîte de chocolat envoyée par mon père...