Mais depuis le début de l'année, plus rien. Je n'ai plus entendu parler de mes fabuleuses qualités de leadership. Bon. Je lui ai quand même tenu compagnie à chaque événement Portes Ouvertes (elle a été un peu étonnée de m'y voir, alors qu'elle m'avait elle-même fortement encouragée à me joindre à elle quelques mois auparavant...)
D'autre part, certains de mes collègues ont manifesté leur étonnement que le processus de rotation ne soit pas commencé plus tôt (il devrait normalement débuter en septembre) et sont venus me dire que ce serait bien que je me présente. Encore une fois, je n'ai rien dit.
Et puis, la semaine dernière, ma chef m'a une fois de plus prise à part dans son bureau (le seul joli bureau, avec une fenêtre donnant sur une petite cour avec des arbres...) pour m'annoncer que, nevermind, elle avait changé d'avis et avait décidé de rester chef. Ou du moins d'être candidate à sa propre succession, ce qui, visiblement pour elle revenait au même. Encore une fois, je me suis tenue coîte (j'apprends à me taire, j'apprends!)
Et le directeur du lycée a annoncé le même jour que le processus de rotation était entamé. C'est alors que j'ai vu venir à moi plein de gens très différents, de mon département et d'autres, qui ont tout à coup manifesté leur grande admiration pour mes potentielles qualités de chef et surtout leur grand désir de me voir candidate. Je suis flattée, mais pas totalement sotte: je sais que la plupart d'entre eux souhaitent que ma chef cède sa place plus qu'ils ne veulent que j'y accède. Mais peu importe, au fond.
J'ai décidé assez rapidement de me porter candidate. Mais je n'ai rien dit pendant quelques jours, parce que je redoute la confrontation, la compétition avec ma chef. Je sais que sous ses dehors joviaux, ses embrassades pour un oui pour un non, ses compliments à la pelle, elle est féroce. Elle sait ce qu'elle veut, et généralement elle l'obtient. Elle est très forte pour se créer des connexions, elle a sa patte glissée sous toutes les portes. Son réseau parcours l'école de haut en bas.
Ce week-end, je m'en suis rendue malade, physiquement malade, d'anxiété. Je déteste les conflits, et je déteste aussi perdre. Je sais que je ne peux rivaliser avec elle sur le plan de la rhétorique: elle a les mots que je n'ai pas, possède sur le bout des doigts tout le jargon pédagogique qui, bien que souvent creux et vide, impressionne. Moi dont la nervosité rend l'anglais chancelant, je ne sais comment je vais passer l'épreuve de la session questions/réponses avec tous les membres du département. Je ne sais ce que je vais répondre quand celle de mes collègues, la seule, que je déteste va m'attaquer bille en tête. Je ne sais si j'ai les épaules assez solides pour le job. Je me morfonds d'inquiétude, et en même temps suis déterminée à me battre pour le poste.
Moi, l'ambitieuse contrariée (par ma propre paresse), je me botte les fesses pour me mettre dans la course. Certes, il était temps. Sans doute, ce n'est qu'une petite course de rien du tout, et je n'ai pas grand chose à perdre (quoique... Ma chef me pardonnera-t-elle de m'être mesurée à elle?) Pour me donner du courage, je pense au joli bureau...
Bon, je vous tiendrai au courant. Il va y avoir du sport.
[Elle vous plaît, mon oie joueuse solitaire de foot américain?]

12 comments:
Bonne chance Lola !
Le petit bureau a l'air alléchant... est-il ovale ? Peux-tu espérer une augmentation qui te permettra d'acheter d'autres jolies robes (dont j'ai oublié la marque)
Tiens bon, je suis sûre que tu vas y arriver !
(aparté : mes Terminales commencent à se familiariser avec Valmont... !)
samantdi
Lola ! C'est génial ! Un challenge, voilà qui nous rend vivants... Affutez-vous, c'est votre semaine / quinzaine / mois / année "fil du rasoir" : c'est crevant, mais si bon !!
Comment avez-vous fait jusqu'à présent pour réussir ce qui vous tenait à coeur ?
Mettez-vous dans cette inspiration-là, reconnectez-vous avec ce qui vous a permis de réussir.. La vie fera le reste ; ou pas. Mais vous aurez donné votre gomme.
C'est génial ds occasions pareilles (et effrayant, certes).
Je vous embrasse très fort et croise les doigts ausi fort.
oui elle nous plaît
Elle te pardonnera sans problème de t'être mesurée à elle (après tout, elle t'y a encouragée un moment). Elle te pardonnera peut-être moins de l'avoir dépassée. Mais là, ce ne sera pas toi qui aura pris la décision :-)
Prépare-toi bien, écris tout ce que tu veux dire, répète comme pour une pièce de théâtre, anticipe tout ce qu'on pourrait te poser comme vacheries tu te sentiras déjà beaucoup plus forte parce que prête. Fonce Lola, juste pour le plaisir. Et si ça ne marche pas, au moins tu auras essayé et expérimenté.
Ah non, pas ovale, rectangulaire et tout petit! Mais joli comme tout, quand même... Quant à l'augmentation, il ne faut pas y songer: on vient de nous annoncer que tous nos salaires seront gelés l'année prochaine. Etre chef mettrait à peine une noisette de beurre sur mes épinards. Heureusement que ce n'est pas pour l'argent que je m'intéresse à ce job, j'en serais pour mes frais!
(La robe - que, fidèle à mes habitudes, je n'ai toujours pas portée - c'est Anthropologie)
Ahah, je savais que Valmont finirait par conquérir les coeurs! Qui lui résisterait?...
Merci de vos encouragements et conseils, les filles! J'ai fait mon annonce aujourd'hui, et ma chef m'a déclaré, avec un sourire forcé, qu'elle s'y attendait. Maintenant, on est chacune sur nos starting-blocks, et on compte nos supporters...
Elle s'y attendait? Alors même si vous êtes désormais concurrentes, je pense qu'elle ne t'en respecte que davantage. Good luck!
Verveine, elle s'y attendait parce que c'est elle qui m'a mise dans cette position, qui m'a soufflé l'idée l'année dernière (quand elle pensait pouvoir décrocher un poste plus prestigieux qu'elle n'a pas eu), qui m'a "coachée"... jusqu'au moment où elle s'est vue redevenir simple prof et alors là, non, pas possible.
Je ne crois pas qu'elle me respecte, au vu des regards qu'elle me jette. A la manière qu'elle a de surveiller mes faits et gestes, d'épier mes conversations avec les autres membres du département, je dirais que je l'irrite au plus haut point et aussi ... qu'elle craint mon possible succès.
J'ai reçu tant de marques de soutien, ces trois derniers jours, que ma vaillance chancelle. J'ai bien peur de décevoir ceux qui m'encouragent!
En tous cas elle te craint. Si elle semble si irritée, c'est qu'elle sait que tu as des chances de l'emporter.
N'aie pas peur de décevoir ceux qui portent leurs espoirs en toi: c'est plutôt un indice qui montre que ta candidature est très sérieuse.
En revanche, bonne chance pour "l'après", quelque soit l'issue, il va falloir redéfinir le cadre de tes relation avec cette dame, et ça risque de ne pas être simple...
Désolée pour les fautes d'orthographe, mon cerveau ne supporte plus la coupure biberon de 4h00 du mat et me le fait payer cher!!!
Salut,
Je viens de tomber par hasard sur ton blog, attirée par le prénom (celui d'une de mes filles, bref...) et je plonge direct dans ce billet. Est-ce la place de chef dans une école américaine? Ta chef ressemble beaucoup à une que j'ai connue et qui était... "conne", très très conne.
De toute façons, les femmes sont terribles entre elles, il y a toujours une rivalité qui même cachée existe réellement pour peu qu'une se sente menacée.
Bon courage à toi.
Val, ce n'est pas le poste de "Grand Chef", hein, juste celui de chef du département des langues étrangères, pas grand chose quoi...
Bon courage, Verveine, pour les bib du petit matin, ce sont les plus difficiles!
et alors et alors, ça a marché ?
moi aussi je la connais bien, cette peur de décevoir tous ceux qui me soutiennent.. et à la fois, que ferait-on sans soutien ?
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