Sunday, January 04, 2009

Petit retour en arrière (Noël)

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Après tant de préparatifs, Noël, finalement...
Le 24 au soir, les 3 garçons (les deux petits et le grand) refusent de s'habiller. Ils m'ont fait le même coup le 31. Noël sans beaux habits. Sans ma grande, ma bruyante, ma remuante et fatigante famille. Sans foie gras (pas arrivé à temps). Sans huîtres (je ne m'en plains pas, l'homme si, qui écume de rage chaque fois qu'il pense aux huîtres mortes qu'on sert aux Etats-Unis). Sans neige. Un Noël sans, un autre.

Dans l'après-midi, j'ai emmené les garçons patiner, puis j'ai fait quelques courses. Le supermarché bruisse des derniers préparatifs, on voit beaucoup d'hommes accompagnés d'enfants, envoyés précipitamment avant la fermeture pour une petite chose qui manque. Certains enfants portent déjà leurs beaux atours. Le retour à la nuit tombée, seule dans ma voiture chaude et remplie de musique, a l'étrange goût de la fête qui se passe au loin, sans moi.


L'homme a préparé des gambas et des coquilles Saint Jacques. Nous ne finissons même pas la demi-bouteille de champagne - le mal de tête me gagne insidieusement.

J'ai envoyé les garçons rassembler les livres de Noël. Mais - merci le déménagement - il en manque. Surtout le préféré: Who's That Knocking on Christmas Eve? A défaut de le lire, on se le rappelle. Et on lit les autres.

Les garçons partent au lit à contre-coeur, mais le coeur battant. A minuit et demi, alors que je me bats contre le scotch récalcitrant, les papiers trop froissables et les rubans de mauvaise volonté, Paolo a toujours les yeux grand ouverts, au fond de son lit immobile. Je m'en veux de faire tant de bruit avec mes enveloppages de dernière minute (toujours, toujours à la dernière minute). Ils s'efforcent, tous les deux, de croire au Père Noël avec beaucoup de conviction.
Je sais que Dudie (il a dix ans, quand même!) doit se douter de quelque chose, mais il s'applique à ne rien voir, ne rien entendre qui interromprait la magie. Des fois que la manne aux cadeaux se tarisse ... Non, en fait, je pense qu'il aime vraiment croire. La Petite Souris, le Père Noël, les elfes qui remplissent la petite maison du calendrier de l'Avent font partie de son explication magique du monde. Lui, le matheux, le rationnel, le raisonneur, il lui faut cet enchantement de la bête vie, cette "suspension of belief" qui ensorcelle son quotidien. Je ne fais rien pour le faire tomber de son nuage, même si je ne fais pas trop d'efforts non plus pour dissimuler la triste réalité (contrairement à leur père qui leur a sorti son couplet sur "Christmas, celebration of capitalistic consumerism", bonjour la féérie. Ils ont opiné du bonnet, et je crois que Dudie a très bien compris ce que disait son père, sans que cela n'entre en conflit avec sa croyance. La sphère magique est totalement impénétrable aux trivialités du monde-dans-lequel-on-vit. J'envie sa foi).
Je me suis couchée à 3 heures du matin, une fois installés tous les paquets, les messages pour ceux qui ne sont pas arrivés et les stockings, ces grandes chaussettes qui se remplissent de babioles chez les Américains (c'est la première fois que je cède à cette tradition locale).


Dudie s'est réveillé vers 8 heures, il a tourné autour des paquets, mais il a eu la gentillesse de ne venir me prévenir que vers 9 heures. Je me suis sortie du lit à grand peine, mais il a fallu attendre 10 heures avant que Paolo n'ouvre un oeil (pourtant, son frère s'est lancé dans des bruitages de plus en plus ingénieux pour le réveiller. Rien à faire, mon Paolo a un sommeil imperturbable. Nous avons dû le secouer pour qu'il émerge, parce que Dudie n'y tenait plus).



Des raquettes de ping-pong? Pour quoi faire? On n'a même pas de table de ping-pong...
A moins que... Dehors? Rien. Dans le garage? Rien. Ah, tiens, un grand carton vide. Et dans la cave?...


Ce qu'ils ne savent pas, ce dont ils n'ont pas idée, c'est le mal que nous a donné cette fichue table de ping-pong. Deux livraisons (la première était abîmée), une descente à la cave des plus périlleuses (ça pèse un âne mort, cet engin, même en deux morceaux! J'ai cru vingt fois finir écrasée par un morceau de contreplaqué bleu lagon), des heures de montage pour l'homme, et pour finir, la nuit du 23, la lecture du mode d'emploi qui préconisait 3 ou 4 personnes pour retourner la table et la mettre sur ses pieds... Hé bien à nous deux, avec mes petits bras musclés et ceux, nettement plus solides, de l'homme, nous y sommes arrivés! Là encore, il m'a fallu un quart d'heure pour retrouver mon souffle. Bref, ils avaient intérêt à être contents du cadeau! Et ils l'étaient, ils l'étaient...
Ils ont trouvé que c'était un beau Noël. Et moi aussi, finalement.

3 comments:

Anonymous said...

Brave Dudie qui garde la foi, face à l'horrible couplet de son père sur le "capitalist consumerism" !! Aaargh, je serais cramoisie de pas contente, moi ! Mais, il a quand même passé des heures à monter la table de ping pong, c'est donc qu'il cède malgré tout à la magie des cadeaux, non ? Ah ces hommes et leurs principes à la c.... !

Lola said...

Oui, Myosotis, l'homme est comme son fils: un schisme sépare son cerveau en deux sphères qui coexistent sans communiquer. Il y a donc d'un côté l'impérieux besoin de faire l'éducation politique de ses enfants, et de l'autre le désir sincère de les laisser rêver et profiter de la magie de leur enfance.
Et, il faut bien que je le reconnaisse, il ne s'est laissé aller qu'une seule fois (du moins en ma présence) à son refrain sur la société hyper-consommatrice dans laquelle les biens matériels tiennent lieu de vraies valeurs. D'un autre côté, il n'a pas tout à fait tort... L'important est quand même que les garçons aient écouté sagement la leçon, sans faire le lien avec les cadeaux sous l'arbre (d'ailleurs, ils ont reçu très peu de jouets, cette année: à part la table de ping-pong, et quelques habits, des livres et des DVD ont composé l'essentiel de leurs présents).

Anonymous said...

Avant d'arriver à ta petite phrase "D'un autre côté, il n'a pas tort", j'étais en train de penser "D'un autre côté, il n'a pas tort" ;-)
Il a raison, il faut garder un oeil dans les étoiles, l'autre oeil bien vigilant sur terre.