Saturday, March 13, 2010

Cauchemars

...
Hier, j'ai mis ma voiture dans le décor.

J'avais promis. Alors, malgré la fatigue de cette semaine abrutissante, malgré le rhume, le mal de tête, malgré la pluie battante, j'ai embarqué Paolo pour voir Percy Jackson. Son frère l'avait vu la semaine dernière avec ses copains. J'avais promis, juste lui et moi. S'il passait une bonne semaine. J'avais promis.

Je n'étais jamais allée dans ce cinéma-là. La route tourne et vire, dans l'obscurité, bien sûr - les routes sont rarement éclairées ici, on a mieux à faire avec l'argent des contribuables que d'assurer l'éclairage public, ou de réparer les trous dans les routes. De la petite route à la grande, puis des embouteillages - c'était vendredi soir. Nous sommes arrivés un peu en retard, mais pas trop. Nous avons traversé le parking en courant, trempés en quelques minutes. J'ai tendu un billet au type derrière son guichet, en lui demandant s'il n'était pas trop tard pour Percy Jackson. Il a tripoté son ordinateur et fini par me dire: "It's not playing tonight". Ah? Ah! J'avais vérifié les horaires jeudi, imaginant que rien ne changerait d'un jour à l'autre. Erreur. Paolo était très désappointé - et moi très abattue de l'avoir déçu - une fois de plus?
Nous sommes repartis dans la pluie et la nuit.

Quand nous sommes passés de la grande route à la plus petite, j'ai raté le premier virage. La route a tourné, moi j'ai continué tout droit. Quand je m'en suis aperçu - ça va très vite - j'ai d'abord essayé de redresser la trajectoire, mais la route était trop mouillée, la voiture glissait, glissait... Alors je me suis concentrée sur là où j'allais, tout droit. Il y avait un terre-plein sur lequel je suis allée m'échouer, freinant à fond. Paolo m'a dit: "Mais ce n'est pas par là qu'on doit aller." J'avais les jambes qui tremblaient, mais ma voix était très calme: "Non, mais ce n'est pas grave, on va faire demi-tour". Il n'a rien vu, dans la nuit, la pluie. Il n'a pas vu qu'on avait quitté la route. J'ai fait demi-tour, je me suis un peu embourbée, mais on a repris la route. Prudemment. J'avais très peur. Je crois vraiment que je ne devrais pas conduire la nuit. Je ne vois pas les bords de la route, je suis éblouie par les phares des voitures. Nous sommes rentrés à la maison.
Je les ai laissé regarder un DVD, je suis allée me coucher, un peu nauséeuse. Il était hors de question de raconter quoi que ce soit à l'Homme. Je n'aurais jamais fini d'en entendre parler. Je ne ferais qu'accroître son manque de confiance.

Je passe et repasse dans la tête le moment où je n'ai pas vu que la route tournait. Et si.
Si une voiture était arrivée en sens inverse.
Si, au lieu d'un espace vide, il y avait eu un mur, un poteau, un arbre.
C'est la troisième fois que j'évite de peu un très grave accident et que je m'en tire indemne, et ma voiture aussi. Ce devrait être un avertissement.

Aujourd'hui, pourtant, j'ai repris la route, dans la furie de la pluie et du vent. Au retour, il faisait nuit, la pluie incessante avait noyé des portions de la chaussée, je n'en menais pas large. De loin en loin, des arbres couchés par la tempête barraient une partie de la route. J'allais doucement. Nous sommes arrivés à bon port. Plusieurs fois, j'ai entendu la sirène des pompiers. Le dîner où nous devions aller a été annulé - un arbre, encore un, s'est effondré dans le jardin, coupant la route. Nous sommes restés à la maison.

Je n'en ai pas fini de le rater, ce virage. Des nuits et des nuits, je le sais, je vais aller tout droit.

...

13 comments:

samantdi said...

Cela peut arriver, surtout quand on roule dans de telles circonstances (fatigue, pluie, et mauvais éclairage...)

Lola, ne te reproche rien, tu fais pour le mieux dans les conditions actuelles de ta vie, qui sont à l'image des conditions climatiques.

Il n'y a rien dans cet incident qui soit vraiment inquiétant : au contraire, tu as su, avec une grande maîtrise, à la fois remettre ta voiture dans le droit chemin et rassurer ton fils. Le fait d'avoir pu manoeuvrer sans dégât prouve que tu roulais lentement, il n'y a eu aucun choc, et tout cela grâce à toi !

Pour le reste, ton fils ira une autre fois au cinéma.
Tu es une maman qui veut tenir des promesses, mais le conseil (cynique?) que je te donnerai est d'éviter de faire des promesses, vu la dureté des temps, et de jouer carte sur table : "je ne peux te promettre que je te conduirai au cinéma car la route est la longue et ma semaine de travail a été épuisante, mais nous chercherons ensemble quelque moyen de te faire plaisir..."

J'espère que cette semaine sera plus clémente pour toi.

(Et moi, j'en ai versé, des voitures, dans les fossés, oh la la, de quoi enrichir les garagistes et faire froncer les sourcils de mon assureur... toujours dans tes conditions semblables aux tiennes, et avec ce sentiment de vide intérieur... La dernière fois j'ai glissé sur une barrière d'entrée sur le périph... tout le côté de tôle froissée, comme ça, une nuit de grand vent intérieur et extérieur, alors que je ne me sentais pas en état de conduire mais que je n'ai pas suivi ma petite voix intérieure...)

Catherine said...

Tu as su faire preuve de sang froid quand il le fallait, c'est l'essentiel.
Rigolo : le mot antispam pour commenter est busch. Blogger n'est pas à la pointe de l'actualité semble-t-il :-D

verveinecitron said...

Oh, Lola: j'ai la chair de poule à te lire...
Tu n'as pas à t'en vouloir, cela peut malheureusement arriver à tout le monde (je déteste conduire de nuit également). Je trouve que tu as su garder ton sang-froid de façon admirable.

Profite de cette semaine de vacances pour faire un vrai break avec tout ce qui te fatigue et te mine: pas de copies, pas de tâches ménagères excessives. Repose-toi bien et arrête de culpabiliser. Tu es une maman formidable (quand je vois tout ce que tu assumes toute seule j'ai presque honte de me plaindre de mon sort)

Bises

Otir said...

Je n'arrive plus à conduire par mauvais temps. Et conduire la nuit, je suis moi aussi désormais éblouie, alors s'il pleut, c'est l'horreur. Il devient de plus en plus rare que je m'aventure.

Et la dernière fois que j'ai malgré tout bravé mes préventions contre la conduite dans le mauvais temps, je me suis retrouvée dans le fossé, tout comme toi très soulagée et reconnaissante qu'à quelques centimètres près j'aie évité l'arbre, le camion arrêté qui m'avait forcée à freiner sur la neige qui verglaçait, ou ne serait-ce que des dégâts à la carosserie ou pire le capotage de la voiture.

Ce near miss m'a convaincue de ne pas prendre la voiture dès qu'il y a mauvais temps, et de me dire que ma peur est sûrement une bonne chose. Tant pis pour les limitations supplémentaires que cela m'impose.

Je te souhaite de vite dépasser le stade du cauchemar lancinant.

myosotis said...

Woaw ! Chapeau ma jolie ! Pour que Paolo ne se soit rendu compte de rien, tu dois avoir ma^trisé la situation de main de maître. Et dans l'état de fatigue et de stress dans lequel tu es, c'est assez incroyable. Mais j'imagine bien que tu vas rater ce virage des nuits entières. Que tu ne puisses partager cette angoisse avec l'Homme me semble toutefois vraiment préoccupant. Où est ton "partenaire" ?

marijo said...

Lola
tout s est bien terminé
Là est l essentiel
Mais je suis d accord ce doit etre un avertissement
Tu dois te ménager absolument
Ton petit garçon adoré en aura d autres séances de cinéma
je t embrasse très fort
Tu es une maman formidable
et je souhaite que les jours prochains seront plus calmes

Marie said...

Oui, mais... il n'y avait pas de voiture en sens inverse, ni de mur, et tu as su garder ton sang-froid pour ne pas faire peur à ton fils... Bravo - et je reprends une phrase piochée chez Christie et que je me répète comme un mantra en ces moments de grand stress: qu'ils sont lourds, les fardeaux qu'on ne portera jamais!
Je t'embrasse!

Lola said...

Vous êtes ... super. Pour me regonfler comme cela, au moment où je me sens si raplapla, si déconfite, si ... inadéquate. Vous êtes merveilleuses.
Il faudrait que je réponde plus en détail à vos messages qui me touchent tant. Ce sera pour une autre fois. Mais merci.

(Et aussi: cela me fait du bien de sentir que je ne suis pas la seule "mauvaise conductrice" à qui il arrive de se retrouver dans des situations délicates. J'ai tellement souvent l'impression d'être la seule nunuche qui craint de conduire la nuit, ou sous la pluie. Deux fossés dans le début de ma carrière de conductrice m'ont un peu traumatisée. Le manque de confiance en moi de mon entourage a achevé de me décourager. Maintenant, vous avez raison, je saurai écouter ma petite voix quand elle me surrurera: "Reste à la maison"!)

la môme poison said...

j'ai l'impression que tu es très forte,au contraire, malgré la faiblesse exprimée. pas du tout si inadéquate. tiens bon, tu vas bien finir par ne faire qu'une bouchée de ce mille-feuilles de soucis en tous genres.

bricol-girl said...

Le jamais 2 sans 3 a tenu ses promesses, maintenant tu es tranquille, detends-toi, le printemps arrivera bien un jour.

Christie said...

ben vous vous êtes sauvé la vie, à vous et à votre petiot !

et en plus demain c'est mardi..

je vous embrasse très fort

Christie said...

oh ben non ça vous n'êtes pas la seule femme au bord de la crise de nerf qui parfois met en danger elle-même et ceux dont elle a la charge.. et qui in extremis sauve la mise.

Milky said...

La prochaine fois, le film, télécharge-le illégalement :)
(mais sinon, chapeau pour ton sang-froid au moment où il en a fallu... on a raison d'avoir peur de la voiture, c'est infiniment pratique, mais si on savait exactement dans quelle mesure on ne maîtrise presque rien, je crois qu'on la prendrait 10 fois moins souvent...)