Sunday, June 28, 2009

New York with my mother

.

Mercredi, j'ai pris le train pour aller à l'aéroport. Fin juin, c'est la tradition.
Sauf que d'habitude je monte dans le train chargée de multiples valises et d'enfants harnachés dans leurs sacs à dos. Cette fois, j'étais sans bagage, avec juste Jane Austen pour me tenir compagnie. Et à Newark, j'ai un peu tourné en rond, trop habituée à aller vers les départs alors qu'il me fallait repérer les arrivées.
Voilà, nous ne partons pas cette année, et j'ai un peu du mal à m'y résoudre. Mais la France voyage un peu vers nous, et ma mère est la première à arriver.

Vendredi, après avoir déposé les garçons au foot (leur dernier jour), nous avons, elle et moi, repris le train pour aller à New York.

Du soleil et de la pluie (on ne saurait s'en passer, ces jours-ci!), un peu de shopping (pas beaucoup, je deviens vite agoraphobe), beaucoup beaucoup de marche à pied, un musée, un super restau, un orage ... C'était bien.

Le MOMA pour commencer. Le jardin des sculptures était fermé, dommage.
Entendu dans la salle où étaient exposées les oeuvres d'Andy Wharol: "Attends, je prends une photo des canettes et on s'en va." (il y avait énormément de Français, je ne sais pas pourquoi. Celle-ci avait du mal à s'y retrouver entre les boîtes de conserve et les cans, et elle parlait beaucoup trop fort.) La mode semble être de coller votre enfant (ou votre copine, ou votre cousin) à côté d'une oeuvre d'art, et de le/la prendre en photo. Attention, il faut choisir une oeuvre d'art très connue. Après il faut prendre en photo la petite affichette à côté du tableau pour se souvenir de qui a peint, quand et comment ça s'appelle. Ma mère m'a proposé de m'immortaliser au milieu des "canettes", mais rien à faire, je n'ai pas cédé.

Melle Pogany, dans la même salle que les "canettes".

Etrange expo/installation: Waste Not. Fascinant vu d'en haut, dérangeant de près. Cinquante ans de la vie d'une femme (la mère de l'artiste) résumés en objets. Objets gardés, réutilisés, stockés pour les temps de pénurie.


Je n'ai jamais eu le sens de l'orientation, mais je l'ai rarement manifesté autant que ce jour-là: je suis partie résolument et systématiquement dans la mauvaise direction en sortant du métro. Au bout de trois blocks, généralement, je m'en apercevais et nous faisions demi-tour. Sauf, bien sûr, au moment de trouver le restau dans lequel je voulais aller déjeuner. Nous avons marché 20 minutes avant que je me rende compte que j'allais dans le mauvais sens ... Du coup, nous nous sommes retrouvées à côté d'un de mes "repères", celui où j'avais emmené ma soeur le mois dernier pour fêter ses 20 ans, The Mercer Kitchen. Trop cher pour juste déjeuner, ai-je dit. Mais non, faisons-nous plaisir, ce n'est pas tous les jours que je viens à New York, a répondu ma mère. Et allez!

Pizza au thon cru et wasabi. Un délice.

Nous nous sommes régalées. Et ce déjeuner ne nous aurait pas coûté si cher que ça si nous n'avions bu que de l'eau. Mais bon, ce n'est pas tous les jours que ma mère vient à New York, alors la demi-bouteille que nous nous sommes partagée a pesé dans l'adition. Peu importe, nous sommes ressorties sur un petit nuage. La rue aussi était joyeuse.


(A suivre ...)

Tuesday, June 23, 2009

First days of Summer: a Chronology

.

Jeudi:
Toute la journée à travailler sur ces fichus bulletins. J'ai fini ceux de mes élèves, il me reste ceux de mes 10 advisees, et j'y passe beaucoup trop de temps. Dehors, il pleut sans discontinuer (avec des éclairs de temps en temps, et quelques roulements de tonnerre pour pimenter la grisaille). Les garçons ont joué au foot dans le gymnase ce matin. Cette après-midi, je les ai laissés à leur père, et je suis allée m'installer chez Else. Nous travaillons en silence, l'une comme l'autre le nez dans notre ordinateur. Elle est plus en retard que moi, mais elle va deux fois plus vite.

Jeudi soir (ou plutôt vendredi matin, il est une heure et demie du mat'):
Fini. Tout terminé, plié, envoyé (le soulagement d'appuyer sur Send...).

Vendredi:
Journée de l'inefficacité triomphante. Le trop-plein de fatigue, la lassitude de toutes choses scolaires et l'incrédulité d'en avoir terminé. Pourtant, il faut (faudrait?) que je m'attelle à ma prochaine tâche, mon rocher de Sysiphe: il faut ranger mon bureau... C'est bien gentil d'avoir tout empilé, ces dernières semaines ("Je m'en occuperai quand je serai en vacances"), mais là, là, rien à faire, il faut s'y attaquer. Et j'ai le même à la maison, avec en plus une montagne de paperasse urgente à trier/remplir/envoyer... Arrrggghh!!


Samedi:
Comme hier devant mon bureau, je me sens totalement submergée. Mais quelle idée, quelle idée d'organiser une "Solstice Party", alors que je suis une loque, vidée de toute énergie...
Heureusement, Else co-organise (même si la fiesta est chez nous), et l'homme, malgré son horreur non dissimulée de tout événement sollicitant sa sociabilité (uhu, l'allitération sifflante ...), a mis la main à la pâte. Il m'a aidée à ranger la maison, il a construit le feu de camp selon les régulations de la municipalité, il a contacté les pompiers, reçu l'inspecteur-pompier pour lui montrer le site, payé le permis (ça ne rigole pas ici, on ne peut pas faire un feu dans son jardin comme on veut!). Moi, j'ai passé la journée à faire les courses/le ménage/la cuisine. Et une petite sieste, parce que sinon je me serai effondrée à l'arrivée des invités.


Finalement, il pleuvait trop pour faire un feu dehors. Alors on a rassemblé les bougies et on a sauté par-dessus en faisant un voeu, pour respecter la tradition. Et puis l'homme a fait un feu dans la cheminée et les enfants (ils étaient 6, de 3 à 11 ans) ont fait griller des marshmallows sur des bouts de bois. On a bien mangé, beaucoup bu, parlé, rigolé ... Les groupes se sont mélangés. C'était bien.

Dimanche:
Mal de crâne impressionnant. Je ne dois PAS mélanger les vins. Je ne dois PAS.
Lentement, lentement, remettre en ordre la maison. Picorer les restes. Faire la sieste. Regarder le jardin détrempé et le feu de camp sans feu. L'euphorie de la fête est passée, une sorte de tristesse vague s'installe.

Lundi:
Encore l'école. Je ne serai donc jamais en vacances? Rangements, découragement.
Stage de formation: comment utiliser un Smart Board. J'en ai un dans ma classe dont je ne me sers jamais.
Lundi soir: vu The Breakfast Club. Enfin! Depuis le temps que je l'avais sur ma liste. J'ai beaucoup aimé.

Mardi:
Same as yesterday.
Ma mère arrive demain. Ranger la maison, encore une fois.

Je vais avoir du mal à écrire ici, pendant, hum, au moins 15 jours. Je sais que je me fais rare, ces derniers temps. Les heures m'échappent.

Je vous souhaite un beau début d'été. Avec du soleil...

Thursday, June 18, 2009

The smell of New Jersey

La lourde, lourde épaisseur de l'humidité, le vert tout-puissant, envahissant, la terre et l'herbe coupée... L'été dans le New Jersey.

Depuis dix jours, il pleut. Tous les jours. Orages le soir, averses la nuit, bruine le matin. Les garçons jouent au foot dans la boue. Ils reviennent couverts de terre humide collée à tout leur corps. L'air est encore plus dense, la terre gorgée d'eau. J'ai l'impression de traverser des rideaux humides. Je voudrais que ça s'arrête.


Saturday, June 13, 2009

Derniers jours

Dernière semaine d'école ... sous la pluie.

Derniers jours. Dernière assemblée (repasser les chemises, demander à l'homme de faire le noeud de cravate avant de partir, je n'ai toujours pas appris). Dernier concert de fin d'année.
Dernières recommandations. Class party. Bowling party. N'oubliez pas les $10 pour le cadeau de fin d'année au maître. Madame, can you explain the subjunctive again? Will the participe présent be on the exam? Can we go over imparfait / passé composé one last time? (C'est un grand avantage de ce système de final exams: les derniers jours, au lieu de traîner et de faire des jeux en classe, on révise comme des forcenés, et on n'a pas l'impression de perdre son temps. Je me souviens de ces jours interminables, au collège et au lycée, où on jouait aux cartes en classe, il faisait trop chaud, le temps s'étirait inutilement...)

On compte...
*Paolo compte les jours avant les vacances. Plus que 5, 3, 2... et promet qu'il peut arriver à NE PAS faire de colères / se battre avec un copain / faire un tour dans le bureau du directeur / désobéir à son maître / casser ses lunettes une fois de plus avant la fin de l'année scolaire. Il y est (presque) arrivé.
*Dudie compte le nombre de ses exams de fin d'année (c'est la première fois qu'il en a, hé oui, il est collégien...). Puis le nombre de points obtenus (pas assez selon ses parents, et de son propre avis). Du coup il promet de faire des maths, des sciences et de l'espagnol pendant les vacances. On verra s'il s'y tient.
*Je compte les heures de sommeil de la semaine qui vient de s'écouler. Vraiment pas assez. Je suis au bord de l'étourdissement tellement je suis fatiguée. Mais je compte aussi les exams de fin d'année corrigés en un temps record (une après-midi et la meilleure partie d'une nuit), les dernières heures avec mes élèves, les dernières réunions, les derniers heurts entre collègues.

Et je compte les mots de la traduction que j'ai (stupidement) accepté de faire en cette période, la plus remplie, la plus folle de l'année. Une présentation sur un poète classique de la Chine antique. Justement, mon domaine d'expertise... Du coup, j'ai beaucoup appris sur la dynastie Han (entrecoupée par la dynastie Xin) et sur les 5 Eléments (en anglais: 5 Phases). Malheureusement, cette traduction entre en compétition avec tous les bulletins à écrire avant lundi (15 lignes par élèves). Qui va gagner? Je sens encore une nuit blanche en perspective.

Sunday, June 07, 2009

A une lettre près...

.
Je l'ai retrouvé, c'est dans Mille secrets de poussins, bien sûr! Mais je m'étais un peu trompée sur l'orthographe (je ne pense qu'à lire, il faudrait que je me soucie un peu de lier...)

Tuesday, June 02, 2009

Lis tes ratures

.
Une différence culturelle, une coutume que j'ai découverte ici: le T-shirt comme mode de célébration. L'ado américain, dès qu'il a quelque chose à fêter, en fait un T-shirt.

J'enseigne la classe de AP Littérature depuis 4 ans, et chaque année, inévitablement, vient le moment où un de mes élèves suggère: "On devrait faire un T-shirt". S'ensuivent des discussions enflammées sur ce qui devrait figurer sur le T-shirt. Mais l'idée retombe comme un soufflet et on passe à autre chose.
Sauf cette année. D'abord parce que la cohésion et l'esprit de groupe de cette classe est plus fort que les années précédentes (et pourtant, il y a deux ans, j'avais eu une "Dream Team", 7 élèves super motivés, doués, passionnés de littérature, adorant travailler ensemble... Hé bien la cuvée 2008-2009, si elle est moins brillante, est encore plus soudée et l'atmosphère de cette classe est un bonheur). Et puis parce que c'est la dernière année, malheureusement, que j'enseigne ce cours*.

Alors:
Vous m'avez reconnue?

Nous avons tous adopté un pseudo, selon nos goûts (Guillaumette, pour la fana d'Apollinaire), nos caractéristiques (Ariel, pour celle qui est plus légère et gracieuse que l'esprit des airs), nos noms dans la vraie vie (Couscous, mais là vous ne devinerez jamais), nos attitudes (l'Infante, Miranda). Et moi, je suis, je suis...
Ah oui, moi et ma magie toute entière livresque!

Le prof de français du collège a failli s'étrangler quand il m'a vue de dos dans la cafétéria. "Mais qu'est-ce que ça veut dire??..."
Je l'ai un peu laissé mariner, avant de le rassurer: "Je n'ai qu'une fesse" est une citation littéraire (judicieusement placée un peu au nord de nos parties les plus charnues), et non une révélation sur mon anatomie en particulier. Comme cet homme a des lettres (et que les auteurs du programme sont aussi sur le T-shirt), il a vite repéré le responsable de cette audacieuse citation. (Et vous? Vous savez?... Un bon point à celui qui trouvera en premier!)

Nous nous sommes baladés toute une journée avec nos beaux T-shirts (que nous allons ressortir pour la dernière journée de cours), tous les huit, comme une dernière trace de notre parcours en commun. Le jour de l'examen, je les avais accompagnés jusqu'à la salle; je suis entrée avec eux pour leur souhaiter bonne chance et, avant que je me fasse virer par le surveillant, ils m'ont entraînée dans un "group hug" qui nous a fait ressembler à une petite équipe de rugby qui se donne du courage avant un match. Ils vont me manquer.


* Ce n'est pas un choix de ma part, mais une décision du College Board, qui a droit de vie et de mort sur les classes les plus avancées de la plupart des lycées américains, et qui considère que la littérature française ... franchement ... franchement. Voilà.

** Le titre de ce billet n'est pas de moi, il est emprunté à un livre dans un livre... Vous connaissez? (Encore une devinette, ce blog devient intéractif, ma parole!)

Wednesday, May 27, 2009

Gifts

.
La blogosphère, ces jours-ci, est vraiment généreuse avec moi. D'abord tous ces messages qui me chauffent le coeur, me mettent les joues en feu et la tête en fête, pour ma 300e, et puis... ça:

Le paquet était posé sur la table, quand je suis rentrée. Arrivé de loin... Je l'ai emporté, caché dans mon placard et j'ai attendu. J'ai lu la carte tout de suite, bien sûr, mais je n'ai pas ouvert les paquets pendant plusieurs jours. Faire durer le suspens, ou bien culpabilité parce que le mien n'était toujours pas parti?
Et puis, un samedi après-midi, par extraordinaire, je me suis retrouvée seule à la maison pendant une heure. Alors, j'ai déballé les trésors qui venaient de l'autre bout du monde...

Le début - prometteur - d'une série (Vais-je lire les deux premiers tomes avant mon fiston? Mmh.). Un très bel album en français, une histoire qui paraît belle, mystérieuse et triste à la fois, des couleurs magnifiques.

Et des "fleurs" de thé, pour moi qui voue une passion au thé sous toutes ses formes!

Mille et mille mercis, Môme Poison! Je te dirai très vite ce que pensent mes lecteurs de ton choix.
Et encore une fois, pardon de mon retard, mais mon colis est bel et bien parti (quand j'ai réussi à me résoudre à ne pas trouver exactement ce que je voulais y mettre!)

[C'était l'aboutissement de ma participation au Swap Littérature Jeunesse, organisé par Ori et Charlotte.]

Wednesday, May 20, 2009

300: Ceci n'est pas un bilan

.
300
Parfois je pique des colères toute seule, des colères silencieuses contre la blogosphère qui me bouffe tant de temps (et de plus en plus, en plus!), contre moi surtout qui y passe trop d'heures à chercher des liens, à fouiller pour y trouver ce que je n'ai pas. Et aussi à penser et tourner et retourner dans ma tête l'amorce, l'esquisse d'un billet.
Je m'éloigne, un jour ou deux. Et reviens au galop m'engluer au miel de cette nouvelle communauté qui me fascine et m'héberge, en marge.
300
Parfois je sais pour qui j'écris - pour le petit cercle constitué à partir de ma rencontre avec Christie, et pour ceux qui sont arrivés ici par le hasard d'un jeu d'écriture. Celles qui commentent. J'en oublie les silencieux. Quand par hasard ils se manifestent, j'en suis presque gênée (Je vous ai vraiment raconté tout ça?). Je n'ai pas d'outil de mesure, je ne sais pas combien de visiteurs passent par ici, d'où ils viennent ni pourquoi. J'ai un troll, un seul, qui ne lit rien de ce que j'écris, mais dépose parfois, au hasard de ses frénétiques déambulations dans le cyberspace, des messages incompréhensibles, terriblement mal écrits, pour dénoncer les méfaits réels et/ou imaginaires de l'omniprésident pour qui je n'ai pas voté. Je censure sans état d'âme.
300
Parfois j'écris pour moi seule, mon journal intime illustré. C'est ce que je réussis le mieux - garder la trace de ce qui, avant, s'effaçait. Nostalgique de naissance, je reviens avec délice et mélancolie sur mes pas. A force de trop bien cacher mes carnets, je les perdais. A force de me méfier, je n'écrivais plus.
C'est pour cela que j'ai construit ce lieu, inconnu de tous ceux qui me connaissent dans la vraie vie, la famille, les amis, et surtout ceux que je côtoie dans la vie professionnelle. Je défends jalousement mon territoire. Pas toujours facile: il m'est arrivé, l'autre jour, un colis de Hong-Kong (je ne l'ai toujours pas ouvert, j'attends le moment de paix propice. Mais de paix, ces temps-ci, je manque). Je n'ai rien dit, rien expliqué, personne ne m'a rien demandé... Il y a un peu plus d'un an, j'ai réussi à rencontrer Marie à New York, presque en secret. Lever un pan du voile entraînerait trop d'explications nécessaires et compliquées Pour l'instant, je ne dis rien. A moi seule cette maison virtuelle, que j'habite par intermittence, dans laquelle je peux crier - chanter - comme je veux.
300
Parfois j'écris pour un jeune homme qui ne me lira jamais.
300
Parfois j'écris pour mes enfants, pour qu'ils se souviennent. Parfois je suis sûre que je ne leur dirai jamais rien.
300
Parfois je redécouvre que je sais écrire - et que j'y prends plaisir.
300
Parfois, je voudrais en dire plus et ne peux. Mes parents, cette collègue qui m'empoisonne l'existence, la petite fille que je n'aurai pas. Il y a des fossés autour de mon château, dans lequel se noient les sujets trop sensibles. Never learned to swim, had to drown.

En 300 billets, je n'ai pas réussi à créer une unité, peut-être même pas un ton, et je ne crois pas vraiment avoir esquissé un portrait fidèle. Mais je me suis fait des amies. J'ai trouvé un lieu pour vider ma colère, laisser déborder mes chagrins, partager les anniversaires. Donner à voir et regarder. J'ai recommencé à écrire.
Je crois que je vais continuer.

Saturday, May 16, 2009

11 ans

.
A deux jours de son anniversaire, il m'avait demandé un couteau de poche. Ce à quoi j'avais répondu, sans lâcher le volant ni quitter la route des yeux: "Ah, mais non, on ne peut pas avoir de couteau avant 15 ans. Quand tu auras 15 ans, ton parrain t'offrira un Laguiole, tu verras." J'ai failli ajouter: "Et tu l'auras toujours avec toi, dans la poche, comme ton parrain et mes oncles", avant de me reprendre: pas question, plus question de se promener avec un couteau dans la poche.
Il n'a pas insisté, même si 15 ans c'est loin. J'ai pensé que c'était une idée passagère.

La veille du grand jour, Else m'a demandé ce qui lui ferait plaisir. Je lui ai raconté l'histoire du couteau, mais avant même que j'en arrive aux 15 ans âge limite pour la possession d'un couteau, elle avait déclaré que c'était une excellente idée et qu'elle allait lui en acheter un. J'ai un peu discuté, pas trop, parce qu'elle a le plus souvent raison en ce qui concerne les enfants en général et les miens en particulier. "C'est maintenant que c'est intéressant pour lui, pas à 15 ans!"

Le soir de son anniversaire, il a déballé le ballon de foot dont il rêvait, une haute pile de livres en français, une boîte de lego qui lui faisait envie, un bionicle choisi par son frère et ... un petit couteau suisse. Bleu. Avec plein de lames et de mini-outils.

Le lendemain, le directeur du collège lui a demandé comment s'était passé son anniversaire. Il lui a parlé pendant 5 minutes du couteau. Il a déclaré que c'était un des plus beaux cadeaux qu'il ait jamais eu. Il ne s'est même pas plaint de ne pas recevoir la wii que son grand-père avait - un temps - mentionnée. C'est étrange, ces passions qui se développent à notre insu. Mon garçon, mon grand garçon qui joue aux lego et au foot, qui pleure quand il tombe ou quand je lui dis non à un quart d'heure de game-boy, mon fils ainé a désormais 11 ans - et un couteau de poche.

Tuesday, May 12, 2009

Premier coup (dans la gueule)

.
Je m'y attendais, mais pas maintenant. Et pas comme ça. Un coup dur, un coup bas, mes premiers pas de chef. J'ai prétendu ignorer que je trainais derrière moi cette pénible "situation" lentement pourrie au cours des deux dernières années et demi. Ha! Bien m'en a pris! La situation me revient en pleine gueule, sous la forme la plus dégoûtante qui soit. Me voilà embarquée dans une horreur au long cours.
Des accusations, des mensonges, rendus publics parce que copiés à tous les chefs et grands chefs disponibles aux alentours. Je l'ai mal pris, j'ai eu envie de hurler, de prouver, de démontrer, de me défendre. Il m'a fallu deux jours, l'amitié, le soutien, le conseil et le bon sens de personnes que j'estime et j'admire pour me rendre compte que je n'étais qu'un pion dans cette affaire, et qu'il fallait jouer mon rôle avec habileté. Si j'écris ici, c'est surtout pour me souvenir de leurs conseils. Je SAIS que j'oublie trop vite. Comme ma mère, je réagis d'abord, avec mon coeur, mes tripes, et je réfléchis après.
Alors voilà (Note to self):

- Shower with kindness.
- Don't defend yourself, recognize other person's feelings, "It's interesting how my experience is different".
- Ask questions.
- Smile. The more people attack, the more you smile.
- Win people over. (Note to self: arrête de bouder, ça ne sert à rien. Comme si tu ne le savais pas, depuis que tu as 6 ans).
- Praise, encourage, recognize other people's qualities.
- Smile.
- Pay attention. All the time.
- Be careful about what you say, when you say it and to whom.
- Apprends à fermer ta gueule et à écouter.
- Smile.

Je ne suis pas au bout de mes peines.

Friday, May 08, 2009

Unexpected

.
Je ne m'y attendais pas...

• Le dialogue entre Caliban et Ariel pour l'explication de texte... Je redoutais Une tempête (et mes élèves aussi). Pour l'essai, ils ont dû choisir entre Le Cid (ça, je l'avais prédit) et L'Ecole des femmes. Une question bizarre sur le conflit entre générations...
• La crise que traverse Paolo. Sérieuse. Violente. Compliquée. Que se passe-t-il dans la tête de ce petit garçon? Est-ce mes absences répétées (pour cause de révisions avec mes élèves)? Ou plus probablement les engueulades auxquelles il assiste... La relation avec son maître n'a jamais été au beau fixe, mais depuis le début de la semaine, les choses ont sérieusement dégénéré. Il est devenu intenable en classe, rebelle, insolent. Et très agressif avec moi, rejetant mon autorité comme mes tentatives de lui faire entendre raison. Je ne sais plus que faire. Mes matins tournent à l'affrontement brutal, et j'arrive à l'école sur les genoux, émotionnellement épuisée, au bord des larmes (ce qui rend mes premières classes très difficiles à enseigner...). Il alterne la tendresse et la violence. Il est temps que l'année finisse... Encore un mois à tenir.
• Le petit buisson devant notre maison. Une après-midi, en rentrant de l'école, nous le retrouvons transformé, tout de rose habillé. Rien ne laissait prévoir cette métamorphose de petit gringalet chétif en midinette fushia.
• Le printemps à l'eau. Inondation des sous-sols et caniveaux qui débordent. L'humeur aussi en prend un coup.
• Le bien que me font les cours de danse-yoga du jeudi soir. J'attends le moment où la prof nous demande de "laisser tomber le masque". Je peux presque voir la pile des haillons de mes soucis à mes pieds, à la fin de l'heure.
• Les félicitations (plus ou moins ironiques) ou les condoléances (!) qui me sont arrivées suite à l'annonce de ma nouvelle position de calife.
• La transformation de mon grand garçon en pré-ado. 11 ans la semaine prochaine. How is that remotely possible?...

Wednesday, May 06, 2009

Presque arrivés...

.
29 semaines de préparation, deux week-ends intenses, une soirée pizza-Baudelaire, quelques séances au café de SmallTown avec Louise Labé et Molière... Nous y voilà.
Bah, oui, nous avons fini par boucler le Programme.
Demain (jeudi), je vais lâcher mes oisillons, et il va falloir qu'ils se débrouillent tout seuls pour survoler 5 siècles de littérature française, sans se prendre les pattes dans la versification (attention au -e caduc) ni s'entortiller dans les procédés stylistiques (tout le monde a bien en tête la différence entre métonymie et synecdoque?).

Un peu pour rire, un peu parce que je suis passée maître de la divination des sujets, je leur ai fait la liste de mes hypothèses pour l'explication de texte. Que voici:

1. Louise Labé
2. La Fontaine ("Le Chêne et le Roseau")
3. Un passage du Cid (les stances de Rodrigue?)
4. Baudelaire ("Recueillement" ou "Hymne à la Beauté")
5. Un passage d'Une tempête (probablement le discours de Caliban à la fin, quand il défie Prospero et le convainc de rester sur l'île)

Verdict demain soir...

Sunday, May 03, 2009

Why? But why?

.
Je n'ai pas de réponse.

Il a fallu leur dire, dimanche soir. Lundi matin, ils en entendront parler à l'école.

J'ai travaillé tout le week-end: à l'école de 9h à 18h, samedi; et tout dimanche après-midi. Mes élèves passent l'examen de littérature jeudi, et comme d'habitude, je leur consacre le week-end pour d'ultimes révisions. Je n'ai donc guère eu le temps de penser. Mais chaque fois qu'il trouvait un espace vide, même pour quelques secondes, le grand malheur revenait flotter à la surface de ma conscience, me faisant ployer sous son poids, me coupant le souffle. Ma peur, ma plus grande peur, la reine de mes angoisses est venue frapper pas loin de chez moi. J'ai du mal à vivre avec. Je ne connais pas très bien cette femme, je ne lui ai jamais parlé vraiment, à part quelques bonjours échangés au passage. Mais je sais qui elle est. Et Paolo aussi, bien sûr, connaît sa classe, à côté de celle qui était la sienne l'année dernière, et son sourire.

J'ai donc dû leur dire.
- Vous savez, cette maîtresse de CP, la nouvelle ... Elle avait trois enfants, vous savez? La plus jeune, une petite fille de deux ans...
Et je me suis mise à pleurer.
J'ai dû appeler l'homme au secours, qui a maladroitement terminé l'histoire.
- Ce sont des choses qui arrivent, on ne sait pas vraiment pourquoi, aux très petits enfants... Vous aussi, quand vous étiez petits, on s'inquiètait pour vous, mais maintenant vous êtes grands et forts.
Il n'avançait pas, j'ai repris:
- Cette petite fille...
Il a continué.
- Elle faisait la sieste, et elle ne s'est pas réveillée.

Je suis sur le visage de Paolo le cheminement de la compréhension des mots à la révélation de la terrible réalité. Je veux être sûre qu'ils comprennent.
- Elle est morte.
L'homme explique à nouveau que ça arrive, on ne sait pas bien pourquoi, on pense parfois que chez les très petits bébés c'est la position sur le ventre, c'est pour ça qu'on couche les bébés sur le dos...
Dudie prend un air grave.
- Je suis triste pour la famille.
Je regarde le visage de Paolo se défaire, mouvant sous l'afflux brutal des émotions. Ses yeux se plissent.
- Why? But why?
Il commence à pleurer, de tout son coeur de petit garçon hypersensible.
- Je ne sais pas, on ne sait pas.
Je le prends dans mes bras, je lui dis que c'est normal d'être triste, d'avoir peur aussi. Il veut encore savoir:
- Mais pourquoi ils ne l'ont pas ouverte, pour voir à l'intérieur ce qui n'allait pas?
- C'était trop tard, son coeur s'est arrêté. Ils ont tout fait pour essayer de la sauver.
Il réfléchit et recommence à pleurer.

Plus tard, il joue au ping-pong avec son père, et je l'entends chanter. Je sais que son coeur n'a pas fini, comme le mien, en sourdine, de réclamer:
- Why? Oh, but why?

Wednesday, April 29, 2009

Mon arbre préféré

.
J'ai fait la connaissance, il y a quatre ans, d'un petit arbre sans prétention. Un arbre sans grande envergure, souvent plein d'oiseaux, frileusement nu en hiver, gentiment bruissant en été.
Un arbre qui ne se révèle, amoureusement, qu'au printemps. Un arbre qui, de la fin avril jusqu'à la mi-mai, me donne envie de chanter. De courir. De m'envoler. L'arbre le plus heureux du monde.

Saturday, April 25, 2009

Des Toulousaines dans mon jardin

.
Elles se sont invitées. Ce sont les soeurs de celles que je cueillais, dans un autre siècle, Chemin de la Butte ou dans le pré de l'école Saint-Exupéry. Paolo m'en fait des bouquets minuscules, qui ne résistent guère à la mise en vase.
En deux semaines, le printemps a accroché ses couleurs, l'hiver a plié ses couvertures et nous avons - enfin - changé de saison. Je n'ai pas eu le temps de prendre beaucoup de photos, cette année. Cette période si fragile, qui déploie ses révolutions délicates comme en catimini - you blink, poof!, it's gone -, est aussi celle qui est pour moi la plus chargée de l'année. J'en profite, un peu, à la volée, de soudaines explosions de rose et de blanc sur notre chemin de l'école, des étirements d'un jaune vibrant vers le ciel apaisé... Je guette avec bonheur les signes du temps qui passe. Une fois n'est pas coutume.

Et puis ... Le temps me rattrape. Je me suis rendu compte, il y a trois ou quatre jours à peine, de cet oubli, de cette faille dans ma belle détermination de ne pas partir en France cet été. Pour la première fois depuis que nous nous sommes installés aux Etats-Unis, depuis 6 ans. Plus d'argent, la maison nous a tout mangé, la nouvelle chaudière nous a mis sur la paille (ou plus exactement a agrandi le trou béant de notre endettement), et l'avenir économique étant morose, voir dépressif, nous ne pouvons compter sur aucune augmentation l'année prochaine. D'où la décision, longuement soupesée, raisonnablement argumentée, et philosophiquement acceptée de renoncer à rentrer au pays.
Mais bon, je ne comprenais pas pourquoi mon père me reposait la question, chaque fois que je lui téléphonais (il ne m'appelle jamais). Je suis fâchée avec les chiffres, forcément. Mais tout à coup, le calcul s'est fait dans ma tête: en juin, mon père aura 60 ans.
Il n'est pas du genre à fêter ses anniversaires en grande pompe, ni même à les fêter du tout, mais je crois sentir qu'il est froissé que je n'y aie même pas pensé. Il ne me le dirait surtout pas, bien sûr.

Thursday, April 23, 2009

Courir pour la bonne cause

Otir est exilée aux Etats-Unis - comme moi. Sur la côte Est - comme moi.
Comme moi, elle a deux garçons. Et comme moi, elle sait bien qu'ici le fundraising (levée de fonds) est un sport national. Elle s'y est mise elle aussi: elle essaie de récolter de l'argent pour soutenir l'école où son fils aîné est scolarisé. Cette école a pour nom Foundation for Educating Children with Autism (F.E.C.A.) et comme beaucoup d'écoles dans ce grand pays riche, elle a besoin de l'aide et de la générosité de tous pour continuer. Monsieur Ziti, le fils d'Otir, est autiste et cette école est un endroit formidable, dans lequel il a trouvé sa place.

Voilà ce qu'en dit Otir:
Les grandes causes rallient plus facilement et récoltent des fonds, mais la redistribution va rarement directement à ces initiatives très cantonnées. La cause pour laquelle je lève des fonds est limitée sans l’être, trente-six enfants forment le contigent de cette école, qui emploie une cinquantaine d’adultes dévoués et passionnés, qui font le relais de l’expérience via la fondation, qui transmet son savoir, son savoir-faire, et le programme de l’école de mon fils commence à être reproduit un peu partout, y compris en France. (…)

Par ailleurs, Pablo ne fait rien comme moi: il est espagnol, il a une fille et il aime courir (je déteste courir). Quel est le rapport? Pablo a eu cette idée merveilleuse et généreuse de lier sa passion de la course à la cause d'Otir.
Je le cite:

Si vous voulez bien contribuer à la cause, vous allez sur le blog d’Otir et vous cherchez à droite le widget “Levée de fonds pour F.E.C.A.”, vous faites un don, vous revenez ici et vous me laissez un commentaire en me disant le kilomètre du marathon (du 1 au 42 : je me réserve pour moi-même les derniers 195 mètres) que vous voulez que je vous dédicace (j’ai fait ça d’autres fois, mais sans demander de contrepartie) : j’écris votre nom sur ma feuille de route (où j’inscris aussi le rythme que je veux faire par kilomètre, ainsi que le temps prévu de passage), que je regarde à chaque kilomètre pour savoir si je m’écarte beaucoup, ou pas, de mon objectif. De penser à vous pendant ce kilomètre, ça me motive et ça me rend la course plus facile.

Voilà comment ça marche :
1-Vous allez chez Otir, dans la colonne de droite, vous cherchez le carré Chipin, et vous cliquez. Vous versez une somme via Paypal.
2-Vous filez chez Pablo vous inscrire dans les commentaires et lui demander quel kilomètre du marathon vous voulez qu'il coure pour vous.

Ne cherchez pas le kilomètre 19, c'est le mien!
Mais il vous en reste encore quelques uns, si vous vous dépêchez... Il y a de grandes chances pour que la chaîne des blogueurs/lecteurs de blogs parcourent les 42, 195 km! Vous en êtes?

[Bien sûr, c'est chez Samantdi que j'ai entendu parler de cette super idée. Merci Samantdi, je t'ai même volé un tout petit bour de ton billet - qui est tellement mieux écrit que le mien!]

Sunday, April 19, 2009

Moi en Calife

.
Vendredi juste après l'école, j'ai eu une réunion dans le bureau du Grand Chef-en-chef, en présence dudit Grand Chef-en-chef et du Grand Chef. Ils m'ont annoncé avec un grand sourire que j'étais nommée chef du département des langues (que de leaders dans cette pièce!). Bien sûr, j'aurais dû être surprise (et émue), sauf que ma chef, l'autre candidate, s'était empressée de communiquer la nouvelle à tout le monde (moi y compris) et de me féliciter, une heure plus tôt, dès que la nouvelle lui a été communiquée.

(Je ressens sa déception et son désarroi. Trop grande empathie ou projection dans le futur, dans 6 ans, quand il me faudra passer la main? J'ai souvent du mal à la supporter, mais je lui suis aussi reconnaissante pour beaucoup de choses qu'elle a faites pour moi. Je ne suis pas à l'aise avec la défaite, celle des autres comme la mienne.)

Honnêtement, je le savais déjà. Je savais que la coalition des membres du département qui souhaitaient son départ était plus forte que ses éventuels supporters. Je sais aussi que je dois cet "honneur" moins à mes qualités personnelles qu'à l'absence (apparente du moins) des défauts qui la caractérise et dont tout le monde avait assez. Ce qui n'est pas sans m'inquiéter: je sais qu'on m'attend au tournant, y compris ceux qui m'ont poussée là. Je crains un peu que ce nouveau fauteuil ne me vaille l'inimitié de gens auxquels je tiens et avec qui, jusqu'à présent, j'ai travaillé en bonne harmonie. Je redoute de décevoir.
Je vais devoir apprendre à être chef. Je vais devoir laisser de côté ma partialité, mes emportements méridionaux, mes bouderies (dues à ma trop grande susceptibilité). Je vais devoir me blinder. Grandir, quoi.
Encore quelques mois pour n'être qu'un prof parmi les autres profs.

Contrairement à toute attente, l'Homme m'a acheté une petite bouteille de champagne pour fêter ça, vendredi soir. Qui l'eût cru? Je n'avais pas l'esprit à la fête, mais le geste m'a fait énormément plaisir.

Wednesday, April 15, 2009

Le Programme

.
J'ai rendu aujourd'hui à mes élèves (classe de littérature) un QCM (les Américains ne peuvent pas se passer de QCM, même quand il s’agit de littérature, c'est plus fort qu'eux) sur lequel ils ont passablement souffert. 8 textes, 70 questions (compréhension, vocabulaire, interprétation, figures de style). Voltaire, Colette, Baumarchais, Ronsard, etc. Le dernier texte: Pascal ... J'ai dû lire et relire le texte (et me creuser un peu la tête) pour répondre aux questions. Et je me suis interrogée sur la pertinence de soumettre à la sagacité de jeunes gens dont la langue maternelle n'est pas le français un texte sur le divertissement sans qu'ils n’aient jamais entendu parler ni de Pascal ni du Jansénisme. La plupart sont passés complètement à côté.
La dernière question était : "Qu’est-ce que Pascal critique dans le dernier paragraphe ?
A. Les prétendus philosophes
B. Les chasseurs de lièvres
C. La cruauté envers les animaux
D. La créativité des êtres humains"

La moitié de mes élèves (loin pourtant d’être bêtes) a répondu « Les chasseurs de lièvre »*. A mon avis, ceux qui ont composé l’examen ont eu envie de se marrer un peu, sur la fin. Bien joué.

C’est la dernière année que j’enseigne ce cours. J’en suis bien malheureuse, parce que, malgré la pression (terrible) de l’examen, malgré la course effrénée pour couvrir l’impossible Programme, j’adore cette classe. Mais la décision ne vient ni de moi, ni de mon école : le College Board, instance supérieure de tous les examens standardisés, a décidé de se débarrasser de l’examen de AP French Literature. Reste l’examen de AP French Language (et si vous adorez les finesses de la grammaire, les petites exceptions sournoises de la conjugaison et les particularités retorses du lexique français, vous serez servis !). Bien entendu, l’examen de AP Spanish Literature ne disparaît pas, lui… On se demande pourquoi.

Les raisons avancées pour la suppression de cet examen (et du cours qui va avec) sont tellement ridicules que je vous les épargne. J’ai eu de grands moments de colère et de frustration (et avec moi un grand nombre de profs de français aux Etats-Unis, mais les pétitions, lettres de protestation et autres appels n’ont rien changé à la décision du College Board). Mais au fond, il était peut-être inévitable que la littérature française passe à la trappe. Honnêtement, combien d’élèves, sur l’ensemble des lycées américains, sont en mesure, à la fin de leur parcours de lycéens, de lire et d’analyser des textes au programme de nos élèves de Première littéraire ? Un tout petit pourcentage. Et ceux qui arrivent à se hisser à ce niveau doivent ingurgiter un Programme surchargé. Le choix des œuvres me laisse dubitative. Je sais que ce sont les profs d’université qui sont chargés de la sélection (soit ils se la pêtent, soit ils n’ont aucune notion de l’adolescent américain moyen), et je ne les remercie pas.
De septembre à fin avril, mes élèves ont dû lire deux poèmes de du Bellay, deux de Louise Labé, Le Cid, L’Ecole des femmes, cinq fables de La Fontaine, Candide, Pierre et Jean de Maupassant, 6 poèmes de Baudelaire, 6 poèmes d’Apollinaire, Moderato Cantabile de Marguerite Duras et Une tempête, d’Aimé Césaire. C’est énorme, quand on considère que c’est leur première vraie confrontation avec la littérature française, et quand on pense que le français est loin d’être leur matière principale.

Il me semble qu’au lieu de supprimer purement et simplement cet examen, il aurait suffi de l’alléger pour le rendre plus attractif et accessible. En maintenant un Programme tellement sélectif, il est évident qu’on ne s’adresse qu’à une élite (et il est alors tellement hypocrite de se lamenter du petit nombre d’élèves inscrits à l’examen, ou du petit nombre d’élèves issus de minorités ethniques choisissant cette classe). Je ne comprends pas la décision de mettre Une tempête au Programme (non, tous les lycéens américains n’ont pas étudié The Tempest, et nous n’avons pas le temps de leur asséner un peu de Shakespeare en plus de tout le reste. Alors les effets de l’intertextualité leur passent largement au-dessus de la tête). De même que le choix des poèmes d’Anne Hébert, qui était au précédent Programme, m’avait passablement interloquée (absolument hermétique).

Là, je suis vraiment en retard. J’ai presque fini Baudelaire, mais il me reste Apollinaire, Duras et Césaire (bah oui, je l’ai gardé pour la fin, j’ai vraiment du mal), en à peine deux semaines. L’administration vient de m’annoncer que deux de mes cours vont sauter pour cause de foire aux universités, ce qui m’a mise dans une rage épouvantable et a eu pour conséquence de me faire gâcher 10 minutes (pourtant précieuses) de mon heure de cours, durant lesquelles j’ai exprimé ma colère.

Bref. Je stresse un maximum (c’est sans doute pour cela que je suis aussi bavarde – l’inquiétude me rend intarissable). Mais j’y arriverai, j’y arriverai. Apollinaire est tombé à l’examen l’année dernière, on peut donc l’étudier en accéléré. Duras … Ah, il va falloir faire des études thématiques, plutôt qu’une lecture linéaire. Et Césaire, je vais lui faire un sort en deux heures, pas moyen de faire autrement.
Je voudrais bien que les grands pontes qui pondent les Programmes se confrontent un peu à la réalité de l’enseignement dans un lycée lambda. Messieurs les Programmateurs, keep in touch.

[C’est le billet de Samantdi qui, par ricochet et par solidarité, a déclanché cette diatribe anti-Programme.]

* La bonne réponse, c’était A.

Sunday, April 12, 2009

Tuesday, April 07, 2009

Mystère

.
Je ne sais pas. Je dois être fatiguée. Il fait froid, mes mains et mon coeur sont gelés.
Mais tout cela n'explique pas pourquoi les larmes me sont venues aux yeux en regardant cette vidéo. Je ne comprends toujours pas...