Sunday, May 20, 2007

Pagaille du vendredi soir

Vendredi soir. Paolo dans sa chambre joue à l'enfant unique. Il est seul maître à bord. Son frère et son père sont partis à leur leçon de guitare. Lui et moi, chacun absorbé dans ses occupations et préoccupations, dans le bazar de fin de semaine.
En passant devant sa chambre, je ressors la rengaine habituelle. Il va vraiment falloir que vous rangiez, ce n'est pas possible une telle pagaille! Il ne répond même pas, trop habitué et trop pris dans son jeu. Il joue comme moi à son âge, mêlant narration et dialogue, mais il est beaucoup plus fort que moi pour les bruitages.

Et puis une porte plus loin, le découragement me prend. Et je me dis que j'ai de la chance qu'ils soient encore petits, qu'ils n'aient pas encore la répartie impitoyable des pré-ados. Il ne me tarde pas de les entendre rétorquer Hé maman, tu as vu la tienne, de chambre?


[Sinon, nous n'habiterons pas cette maison que nous pensions acheter. Le contrat a été annulé. Entre soulagement et déprime, nous tournons la page.]

Monday, May 14, 2007

Neuf ans

Mon grand garçon a eu neuf ans dimanche. J'ai parfois du mal à me souvenir de mon tout petit, mon premier bébé. Les images se surimposent: mon Dudie à 2 ans, tout bouclé, tout souriant, qui regarde son petit frère nouveau-né.
Mon garçon à 5 ans, qui courageusement entre en Kindergarten dans une nouvelle ville, un nouveau pays (comme il était pâle ce jour-là! Chaque fois que j'y pense, cela me donne envie de pleurer. Nous l'avons laissé, grave et digne, dans cette classe inconnue, avec cette maîtresse qui se demandait si cet enfant muet comprenait l'anglais ... Il s'est bien rattrapé, par la suite! Mais ce jour-là, il ne disait rien, n'a pas pleuré, pas crié, ne s'est pas accroché à moi comme son frère l'a fait le jour de son entrée à la grande école).
Mon passionné de lecture qui, dans la bibliothèque de l'école où je travaillais à Memphis, ignorait superbement le groupe de lycéennes qui faisait cercle autour de lui ("So cuuuute!") et dévorait son Harry Potter avec le plus grand sérieux du monde.
Mon boudeur, mon rêveur, mon distrait, mon intello, mon inventeur, mon grimpeur d'arbres...


Neuf ans d'amour.


Il a laissé fondre les bougies parce qu'il réfléchissait au voeu qu'il allait faire en soufflant...

Sunday, May 13, 2007

Un jeudi derrière moi

Tout au long de l'année, j'ai vu mes élèves progresser, avancer - mot à mot, vers à vers, paragraphe après paragraphe - se décourager, se reprendre, s'enthousiasmer (j'ai les fanatiques de Baudelaires, les passionnés d'Apollinaire, les experts ès du Bellay ...)
Et jeudi, j'ai dû finalement les lâcher, admettre que je ne pouvais plus rien pour eux, les laisser face à leur copie blanche. A vous.
Je les ai accompagnés jusqu'à la salle d'examen, je leur ai donné à chacun un petit paquet (un crayon, un stylo, une bouteille d'eau, 3 petits beurres au chocolat), je leur ai souhaité bonne chance.
J'étais là aussi quand ils sont sortis. J'ai passé un quart d'heure à les écouter parler des sujets, commenter leurs plans de dissert', râler contre la difficulté du QCM. Mais mon rôle était fini.



Je ne devrais pas m'attacher ainsi.

Mais, HA! J'avais raison!! J'avais prédit Apollinaire ou L'Enfant noir pour l'explication de texte, et L'Enfant noir est tombé - le passage que je leur avais signalé, le passage que nous avions (rapidement, hélas!) analysé ensemble. En revanche, je ne croyais pas que Candide puisse tomber trois fois de suite pour la dissert' ... Autant pour moi. Heureusement, pour la dissert', il y a toujours le choix entre 2 oeuvres, et ils ont tous choisi La Guerre de Troie n'aura pas lieu. La question portait (actualité politique oblige?) sur le rôle des femmes ...

Monday, May 07, 2007

Slumber party


Voilà, j'ai fini par trouver un nom pour mon grand garçon. Un nom de blog, un nom caché, un nom qui ne dit pas tout ... Quand il était petit, au temps béni où il était enfant unique et n'avait pas de petit frère toujours derrière lui pour lui casser les pieds, au temps où il était notre petit prince, le seul, l'unique, son père et moi l'appelions Dudie. Désormais, il s'appellera ainsi ici.

Dudie, donc, mon grand garçon, a été invité il y a quelques week-ends de cela, à sa première slumber party (une sorte de fête pyjama). Depuis le temps qu'il m'en parlait et que je ne voyais arriver aucune invitation, je finissais par douter de la réalité de la fête en question. Finalement, triomphal, il m'a annoncé la date. Je lui ai demandé qui d'autre sa copine Leyla avait invité. Il m'a fait la liste: Mary (sa copine préférée), Kate, Samantha ...
- Que des filles?
- Bin, oui.
- Et ça ne te dérange pas d'être le seul garçon avec toutes ces filles?
- Mais, maman, tu ne comprends pas. Ce ne sont pas des filles comme les autres. [Avec le ton patient de celui qui explique quelque chose d'évident à une personne un peu lente d'esprit] Ce ne sont pas des girlie girls!

Ah forcément.
Alors, après quelques recommendations quant au déshabillage (Maman, je sais!) et aux heures de coucher, je l'ai conduit à sa soirée. Je connais les parents (pas très bien, juste pour avoir échangé nos enfants deux ou trois fois cet été, Paolo étant dans la même classe que la petite soeur de Leyla), et j'ai retrouvé la mère de Mary, que je connais un peu mieux, venue déposer sa fille. A notre arrivée, l'ambiance était déchaînée, les filles couraient partout, criaient, piaillaient, et Dudie n'en menait pas large. Elles n'ont pas semblé prêter attention à son arrivée, et ont poursuivi leurs jeux sauvages aux règles inconnues. J'ai senti mon grand vaciller. Je lui ai demandé (en français) "Dude, ça va?". Il m'a répondu "Je ne sais pas ce qu'elles font". Alors j'ai traîné un peu pour voir comment les choses allaient évoluer. Quand je l'ai vu finalement prendre part à la farandole, je l'ai laissé, en souhaitant bon courage aux parents.

Le lendemain, je suis allée le récupérer vers 10h. Comme la veille au soir, les gamins couraient pieds nus sur l'herbe en criant. Mais ils avaient un tout petit peu moins d'énergie que la veille. Le père de Leyla m'a confirmé qu'à 3h du mat', quand il était allé essayé d'exercer son autorité, Mary et Dudie étaient tous les deux très en forme. Les autres, apparemment, faisaient semblant de dormir. Dudie m'a considérablement embarrassée en racontant devant le papa qu'ils étaient allés, Mary et lui, vérifier l'heure sur le radio-réveil des parents endormis. Plus tard, je lui ai fait la leçon (et je ne rigolais pas du tout!) sur l'inconvenance d'entrer dans la chambre de gens endormis.
Bref, ils ont dormi environ 4 heures, se sont réveillés pour manger des pancakes et étaient toujours sautillants quand les parents sont venus les récupérer. Evidemment, ça n'a pas duré, et une fois rentré à la maison, bien que me soutenant mordicus qu'il était en pleine forme, Dudie a montré tous les signes du manque de sommeil: mauvaise humeur, chouinerie, pleurs pour un oui ou pour un non ... Comme il refusait de faire la sieste, je l'ai allongé de force sur le canapé, et je l'ai maintenu allongé pendant 30 secondes ... au bout desquelles il s'est endormi. Et mon Dudie, abandonné à son sommeil d'après-midi, a repris la pose de ses siestes de tout-petit, un bras levé au-dessus de sa tête.

Pas le moral

Vraiment, vraiment pas.

Friday, May 04, 2007

American high school



Ce que j'aime dans le système américain, c'est la flexibilité, la fluidité. Le lycée dure quatre ans, de la 9e (l'équivalent de notre 3e) à la 12e (terminale). Durant ces quatre années, les élèves composent leur cursus, mais le système "à la carte" est tempéré par un certain nombre de contraintes: il leur faut par exemple suivre un cours d'anglais (littérature) chaque année, au moins 3 cours de maths, 2 ou 3 de sciences, 2 d'art, 3 d'histoire, etc. En ce qui concerne les langues étrangères, dans l'école dans laquelle j'enseigne, les élèves doivent étudier une langue étrangère (espagnol, français, chinois ou latin) pendant au moins 3 ans (le plus souvent, ils en font 4).

Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" classe, puisque les élèves ne font pas partie d'une classe au sens où tous sont dans le même cours en même temps. La "classe", c'est l'ensemble des 9e, par exemple (100 élèves, cette année), et ils se retrouvent ensemble avec leur "dean" (sorte de super-prof principal) une fois par semaine. Le reste du temps, ils se mélangent avec les autres classes selon leur niveau, et pas selon leur âge. Par exemple, dans ma classe de AP littérature, j'ai des 10e, 11e et 12e. Dans mes autres cours (sauf les débutants, qui sont tous des 9e), les élèves n'ont pas le même âge, ce qui est un excellent moyen non seulement de créer des liens entre les différents groupes d'âge (quand j'étais au lycée, je n'avais presque aucun contact avec les élèves qui étaient un an avant ou après moi, et surtout pas avec les scientifiques, moi qui étais une littéraire pure et dure), mais aussi de créer une atmosphère de classe plus intéressante, les plus jeunes apportant souvent l'énergie et l'enthousiasme, les plus âgés apportant la maturité (il y a des exceptions, bien entendu).

Quant aux cours AP ... AP signifie Advanced Placement. Les cours AP sont les cours les plus avancés qu'on peut trouver au lycée, dans toutes les matières. Chaque cours AP a un programme défini par le College Board (l'instance qui régit la transition entre le lycée et les universités, et qui se charge de tous les tests standardisés, si prisés dans le système américain), et les élèves inscrits en cours AP doivent passer un examen national en mai.
Les notes à l'examen AP vont de 1 à 5. Les universités regardent de très près ces notes quand elles considèrent les dossiers des lycéens. Un 5 ou un 4 à l'examen AP signifie que lorsqu'il arrivera à l'université, l'élève pourra sauter les cours d'introduction à la matière et s'inscrire directement en 2e voire 3e année.

J'enseigne un cours de AP littérature française, et j'avoue que j'ai été surprise par le niveau des exigences de l'examen. Notre programme est composé d'oeuvres en prose (Maupassant, Voltaire ...), de pièces de théâtre (Molière, Giraudoux ...) et de poèmes (La Fontaine, Louise Labé, du Bellay, Baudelaine, Apollinaire et Anne Hébert). Non, ça ne rigole pas! L'examen consiste en une explication de texte sur une oeuvre au programme, un essai sur une oeuvre au programme (ex: Analysez le rôle du destin ou de la fatalité dans La Guerre de Troie n'aura pas lieu ou dans Candide) et d'une série de QCM pas facile (ex: Au vers 23, le poète utilise-t-il une métaphore, une anaphore, une prosopopée ou une anacoluthe???)
Bref, ma petite classe (7 élèves) travaille dur pour arriver fin prête à l'examen, jeudi prochain. Nous révisons les oeuvres que nous avons lues et analysées ensemble, nous nous récitons les listes de figures de style apprises par coeur (la différence entre métaphore, métonymie et synecdoque n'est pas évidente, je vous l'accorde), et nous essayons de prendre des paris sur les auteurs qui tomberont cette année. Voulez-vous mes pronostics? (Ou vous vous en tamponnez le nombril? Je vous les donne quand même!) Apollinaire ou un extrait de L'Enfant Noir en explication de texte; La Guerre de Troie n'aura pas lieu ou l'Enfant noir en essai.

J'adore mon cours de littérature. C'est la classe dans laquelle j'entre avec le plus de plaisir et les heures sont toujours trop courtes. J'ai la chance d'avoir cette année des élèves bosseurs et motivés, et comme je passe beaucoup de temps avec eux en ce moment (y compris le week-end, le soir, et durant le déjeuner ...), il est heureux que nous nous entendions si bien!
Je travaille énormément pour préparer ce cours (plus que pour aucun autre de mes cours), j'ai plus que tout le désir de voir mes élèves réussir. A la limite, je me fiche des notes: il ne s'agit pas de sanctionner leur travail par une note, mais de les aider à progresser. Cette période de l'année, bien que la plus stressante à cause de l'examen, est aussi la plus gratifiante pour moi, parce que c'est le moment où je touche vraiment du doigt leurs progrès: au début de l'année, ils déchiffraient Candide, maintenant ils peuvent m'expliquer le rôle de l'ironie chez Voltaire. En septembre, certaines tournures de La Fontaine leur paraissaient compliquées, maintenant, ils ne sont (presque) plus décontenancés par
"Si de mes bras le tenant acollé,
Comme du Lierre est l'arbre encercelé,
La mort venoit, de mon aise envieuse ..."
(Louise Labé)

Et je suis fière d'eux ...

[J'enseigne dans une école privée, et ce que je décris reflète mon expérience en tant qu'enseignante aux Etats-Unis dans ce cadre particulier. Chaque école a des règles de fonctionnement différentes.]

Monday, April 30, 2007

Lundi 30 avril: Où est passé mon week-end?

J'ai passé presque tout mon week-end à bosser. Samedi après-midi, pause de deux heures: nous avons amené les garçons à une fête de rue. Barbapapa, hot-dogs, ballons, musique et tutti quanti. C'est là que nous nous sommes rendu compte que nous avions vraiment besoin de souffler. Nous avons derrière nous des mois de stress, sans relâche. C'est bon, un peu de légereté, de flânerie dans les rues printanières ...


Et puis je me suis remise au boulot. Mes élèves passent leur exam dans 10 jours, alors nous travaillons intensément. Hier après-midi, séance de "révision" (en fait, nous finissons le programme...), jusqu'à 7 heures du soir. Et je viens de me rendre compte que j'ai programmé la dernière séance de révision dimanche prochain, juste pendant les résultats de la présidentielle, aarrgghh. Il va falloir jouer serrer pour ne pas laisser tomber mes chers élèves (motivés, bosseurs, décidés à percer les mystères de la littérature française), et en même temps vivre l'Histoire en direct (quoiqu'à distance)!

Tuesday, April 24, 2007

Ce que j'aime


Dans la vie vraie, il y a tellement de choses qui m'enchantent ...

J'aime (dans le désordre)

* Mon jardin minuscule;


* Les oeufs à la coque;


* Mes amours. Et la mer ...


* Mon pays;

(liste non exhaustive. A suivre ...)

Monday, April 23, 2007

What is this place we call home?

Au terme du petit jeu "quelques milliers de dollars en plus", "quelques milliers en moins", valse un deux trois, un deux trois, un pas vers toi, deux pas vers moi, la propriétaire de la petite maison sur laquelle nous avons jeté notre dévolu a fini par accepter notre offre.
Bien sûr, nous devrions pousser des grands cris de joie et préparer nos cartons. Il n'en est rien. Nous sommes en fait encore plus inquiets qu'avant.

D'abord parce qu'avant que la vente se fasse, il faut que la maison et surtout la fosse sceptique soient inspectées. Et ensuite, il faut négocier avec la proprio toutes les petites réparations (voire le remplacement de la fosse sceptique, qui a plus de 50 ans, ce qui reviendrait à ... très très très cher). Il est évident que si elle refuse de payer au moins une partie des travaux, nous annulons le contrat ... Alors, rien n'est encore joué, loin s'en faut.

Et puis ... Et puis brusquement la réalité vient nous frapper en pleine face. Nous nous engageons dans une aventure à long terme, et toutes mes hésitations me reviennent. Il nous faudra 30 ans avant d'avoir payé cette maison. J'aurai 65 ans et lui 73 quand la maison sera à nous, vraiment à nous (somehow, je doute que nous y soyons encore à ce moment-là ...)

De quoi serons faites nos années dans cette maison? Nous cherchons une carapace pour nicher, mais nous ne savons même pas si le corps de notre famille ne se défaira pas. Nous ne savons pas combien de temps notre couple durera. Nous ne savons pas si nous garderons nos jobs. Nous ne savons pas si nous aurons un autre enfant (pas à l'ordre du jour, semble-t-il). Nous ne savons dans quel sens pousseront nos garçons.
Cet amoncellement d'incertitudes n'est pas trop lourd à porter quand on peut décider, presque du jour au lendemain, de ramasser ses affaires et changer d'endroit. Pick up and go: la légereté du locataire. Maintenant tout pèse, nous nous chevillons à un petit coin de terre. A nous d'y faire pousser nos fleurs et d'y enterrer nos chagrins, à nous d'y ramasser des fruits et d'allumer nos lumières dans la nuit.
Mais, encore une fois, rien n'est joué. Elle n'est pas encore à nous, cette maison.

[Hier soir, au terme d'une grosse dispute orageuse, j'ai déménagé mes copies vers mon petit bureau (débarrassé vite fait bien fait de son bazar, ziiooouuu, tout par terre). En manque d'inspiration, je regardais vaguement l'amoncellement sur les étagères devant moi, et puis j'ai commencé à attraper et relire de vieux carnets. Des bribes de rancoeur, des fragments de colère, des reproches, des larmes, des moments de doute: rien pour me rassurer. Il ne semble que je n'écrive de notre histoire que les crises - et elles ne sont pas rares. Maintenant, je ne sais que faire de ce passé qui a resurgit de sa poussière - les dernières années à Paris, si difficiles, les dissensions profondes, les blessures - et qui pèse terriblement. Ce matin, je n'ai pas l'energie de soulever à moi seule un pan de notre vie à construire.]

Sunday, April 22, 2007

Dimanche 22 avril: Votez!!!


Un petit billet politique. Une fois n'est pas coutume. Un mot, un seul: VOTEZ!

J'y suis allée hier, avec Cécile, ma copine française (la seule ici ...) Il y avait un drapeau français devant la porte, et on nous a prévenues qu'à l'intérieur, nous étions en territoire français. De fait, cela ressemblait vraiment à l'école élémentaire où j'avais l'habitude de glisser mes bulletins de vote, dans le 15e.

Il faisait beau, vraiment très beau, enfin le printemps (arrivé ici il y a deux jours seulement. Oui, je sais, à Paris cela fait des semaines, ça va, ça va!)

Bon vote!

[Photo d'avril l'année dernière. Elles se font attendre, cette année, les belles en robe de soie rose...]

Thursday, April 19, 2007

Du bonheur d'avoir des fils (et pas des filles)

Ce que vous voyez là, c'est la porte de leur chambre. No kidding. Je n'ai pas hâte de les voir entrer dans l'adolescence ...

[Je n'arrive pas à comprendre la fascination des garçons pour capitaine culotte (existe-t-il seulement en France?) Plus je développe mon aversion pour ces livres, plus mes fils s'en entichent. Pour ceux qui connaissent, l'invitation au centre de l'image est directement tirée de là.]

Wednesday, April 18, 2007

Mercredi 18 avril: En suspens

Nous avons fait une offre, elle a fait une contre-offre (ridicule, elle a baissé son prix de 4000 $), nous avons répliqué, elle est arrivée presque (mais pas tout à fait) jusqu'à nous. Maintenant c'est à notre tour. C'est usant, ce petit jeu. La peste soit des tractations immobilières!
Je suis une loque, exaspérée de fatigue et d'attente, morcellée par toutes ces priorités.

Il faut, il faut ...

- acheter deux cadeaux pour le copain de Paolo et la copine du Grand A (l'Aîné), la saison des anniversaires a commencé (deux pour samedi prochain);
- passer l'aspirateur, briquer la salle de bains;
- me renseigner sur l'entretien et la longévité des fosses sceptiques (le genre de sujet qui me passionne);
- faire une lessive ou deux;
- faire réviser à Paul son interro d'orthographe (first et pas frist);
- travailler sur l'AP audit;
- contacter les parents d'une de mes "advisees";
- corriger, corriger, corriger, je n'en finirai jamais ...

Et pendant que je (ne) fais (pas) tout ce qui est sur ma liste, ma pensée est là-bas, pas très loin, dans une petite maison carrée avec un long jardin. Sera-t-elle, un jour, la mienne?

Monday, April 16, 2007

Tristesse

Il pleut sans discontinuer. Une pluie violente, bourrasques d'eau froide, vent glacé, ciel en deuil.

Ma mère a passé le week-end avec ses frères et soeurs, à ranger, à trier, à distribuer (une fois de plus) tout ce qui reste dans la maison de leurs grands-parents. Un siècle entassé là.
Ma grand-mère nous a quittés (ce n'est pas un cliché, c'est vraiment ce que je ressens: elle nous a laissés, désamparés) il y a presque deux ans, et ses sept enfants n'en finissent pas de se réunir pour entrer en désaccord. Cette fois, il est question de torchons qui ont disparu.
On s'en fout, des torchons, on s'en fout et contrefout, ce ne sont que des chiffons qui s'useront et disparaîtront! Mais qu'y a-t-il, caché dans les noeuds de ces torchons, qui vient sournoisement mettre à mal des années de bonne entente, des vacances partagées, des complicités établies?
Tout se délite, se défait. J'ai passé toute mon enfance entre oncles et tantes, mes cousines étaient mes soeurs, la famille mon refuge. Et voilà que tout fout le camp. L'aigreur, le ressentiment, la rancune règnent en maîtres. De maladresses en cachotteries, les relations se tendent. A coups d'e-mails revanchards, règlements de compte dans le cyber-space, ils se déchirent. Je suis sûre qu'ils ont pleuré hier soir. Tous, tous les sept enfants de ma grand-mère. Et pourtant, je ne pensais pas que ça pouvait nous arriver, à nous, si unis. Non, pas à nous.

Il n'est même pas question d'argent. Ce qui se paye ici, c'est autre chose.


Thursday, April 12, 2007

Quelque chose à dire


Je reviens de la gare. Je n'ai pas beaucoup de temps, pas beaucoup de patience non plus, ni pour moi, ni pour les pensées encombrantes qui se bousculent derrière mes fenêtres closes. Dehors, c'est encore l'hiver, tapissé de gris et hérissé de branches désolées. J'ai quelque chose dans la gorge, une poussière, un brin d'herbe, qui ne passe pas, ne part pas, m'irrite et me gêne.

Pourquoi ne pas simplement dire "Merci"? Elle m'a donné 10 jours de ses vacances pour garder mes enfants (et aussi des CD, des DVD, une boîte de foie gras, 2 paquets de tisane, une bouteille de Sainte-Croix du Mont, et j'en oublie sûrement encore. Sa valise était pleine de cadeaux pour moi et les garçons). Je ne sais pas, ne peux pas dire simplement merci à ma mère. Je dois avoir beaucoup à lui faire payer pour être ainsi paralysée dans ma reconnaissance. Elle a cuisiné toute la semaine, s'est occupée des garçons, nous a invités au restau, a passé l'aspirateur et fait plein de lessives. Et j'ai fait la tête, me suis plainte de ma fatigue, l'ai rembarrée plus d'une fois. Elle m'a reprochée d'être désagréable, et elle a eu raison. Je m'en veux, je regrette, mais pourquoi ne puis-je décrocher mon téléphone pour le lui dire?


Wednesday, April 11, 2007

Pas cotison




Une année, nous avons dû chercher les oeufs dans la neige. Ma cousine fouillait allègrement, moi je trouvais que ça faisait trop froid aux doigts. Nous en avons perdu plein, découverts tout délavés quelques jours plus tard, quand la neige a fondu.

Une autre année, nous avions décidé de faire des oeufs pour la petite. Facile: un coeur en caramel enrobé de chocolat. Nous avons tapissé la cuisine de ma tante de fils de sucre brûlé et de taches de chocolat grumeleux. Nos oeufs étaient immangeables, et pas vraiment regardables non plus. Notre petite cousine n'a même pas voulu y goûter.

Quand mon grand était petit - nous habitions rue Saint Charles - j'avais caché des oeufs dans l'appartement, un peu partout. Le concept ne l'a pas du tout intéressé. Il s'est emparé du premier oeuf qu'il a trouvé, s'est installé par terre pour le dépioter, l'a mangé, et s'en est allé jouer dans sa chambre, malgré mes encouragements à en dénicher d'autres.

Heureusement, maintenant, il se rattrape en manifestant beaucoup plus d'enthousiasme. Ce dimanche, il a fait rire tout le monde en hurlant "AN EGG!" chaque fois qu'il en trouvait un. Comme il en a trouvé 243 (il a compté), à la fin, ça devenait lassant ...

Tuesday, April 10, 2007

Je vieillis


Le premier, la veille de mon mariage (ha!), j'avais 25 ans.
Dix ans plus tard, je ne les compte plus, je les laisse tranquilles, ils ne me dérangent guère. Sauf que ... Soudainement, ils se précipitent, se dévoilent, s'exposent. Au point que mon père m'a fait remarquer, il y a trois semaines de cela: "Mais ..."
J'imagine que ça doit faire bizarre pour un père de remarquer que sa fille a des cheveux blancs.

Monday, April 09, 2007

Lundi 9 avril: En progrès (peut mieux faire)

Bon, ce n'est pas encore ça, mais - visiblement - j'ai fait des efforts!

Saturday, April 07, 2007

Samedi 7 avril: Work in progress

Mon bureau est inaccessible depuis belle lurette. Alors, j'en ai fait mon projet du week-end: ranger le bazar sur mon "espace de travail" (Yeah, right!, comme dirait l'homme de la maison dont j'ai investi le bureau pour une durée indéterminée)

Et aussi:
- Corriger les examens blancs de mes élèves de littérature;
- Commencer l'audit AP;
- Emmener le grand chez le coiffeur (il a une forêt vierge sur la tête, une masse inextricable de boucles qu'il refuse de sacrifier aux exigences de l'esthétique);
- Faire un gâteau au yaourt version myrtilles;
- Aller à la piscine;
- Ne plus me disputer avec ma mère;
- Préparer mes cours de la semaine prochaine.

Je n'y arriverai pas, surtout que j'ai une féroce envie de faire la sieste, là, tout de suite.


En faisant le vide, j'ai déterré des souvenirs , petits trésors minuscules que j'accumule et qui s'empoussièrent sous les strates de chosesurgentesàfaire.

Friday, April 06, 2007

Vendredi 6 avril: Avril en blanc

J'étais en classe quand ça a commencé. Un élève s'est écrié, puis un autre, mais j'ai rigolé: "Ce sont des pétales de fleurs emportées par le vent". Sébastien m'a fait remarqué: "Your petals dissolve when they touche the window ..."
Ils avaient raison. Neige d'avril, tourbillon de papillons très doux, décoration poudreuse d'un ciel à peine inquiet.
Quand je suis rentrée à la maison, c'était déjà fini. Les garçons sont sortis faire une démonstration de basket pour impressionner ma petite soeur et sa copine. Un brusque coup de vent et la neige a repris, une envolée zigzagante qui se prend dans les cheveux, un duvet impalpable qui flotte et se dissout avant même de toucher le sol.



Neige d'avril, une petite pointe d'humour du dieu des vents ...

Wednesday, April 04, 2007

Deux maisons

"Qui a deux femmes perd son âme
Qui a deux maisons perd la raison"
(Eric Rhomer, Les Nuits de la Pleine Lune)



Nous en avons tant visité. Nous avons comparé l'espace, la disposition, le jardin, l'emplacement, la rue, le village, l'équipement intérieur, la cheminée (indispensable, la cheminée, c'est une de nos exigences, avec le chauffage par radiateur, et non par soufflerie, comme dans la plupart des maisons récentes ici), la taille des chambres, l'humidité du sous-sol, les possibilités d'expansion, que sais-je encore ...
L'homme de la maison (de quelle maison?) est devenu un expert en fosses sceptiques, en contamination du sol, en législation sur les puits. Je suis incollable sur les horaires d'ouverture et de fermeture de toutes les écoles de la région, ainsi que le coût des programmes de garderie avant et après l'école.

Et finalement, finalement, deux maisons. L'une a tout, absolument tout ce que nous souhaitons (cheminée, radiateurs, quatre grandes chambres, beaucoup d'espace, un jardin, un sous-sol assez sain, et elle est raccordée à l'eau de ville et au tout-à-l'égoût).
L'autre, ah, l'autre n'a pas ce que nous voulions, mais voilà, nous sommes sous le charme. Ses chambres sont minuscules, il n'y a pratiquement aucun espace de rangement, la fosse sceptique est vieille et risque de nous lâcher n'importe quand (changer un système de fosse sceptique coûte une fortune et demie), il n'y a pas de cheminée. Et pourtant, nous y revenons sans cesse, c'est celle-là qui nous plaît, c'est celle-là avec tous ses défauts, plutôt que l'autre avec tous ses avantages.
Sommes-nous capricieux? (C'est ce que doit penser notre agent immonilier qui se démène avec tant de patience pour nous et était persuadée avoir trouvé la maison idéale pour nous. Et nous faisons la moue. Oui, elle est bien, mais ... elle ne nous plaît pas. Je comprendrais qu'elle nous envoie balader sur ce coup-là.)
Sommes-nous prêts à nous endetter à vie pour une charmante somme de problèmes, plutôt que pour un très banal ensemble de solutions?
Sommes-nous déraisonnables de nous laisser entraîner par notre instinct? Ma réponse penche plutôt vers le "oui", ces jours-ci, oui, nous sommes déraisonnables. Sauf que ... Sauf que nous sommes deux à l'être, sauf que nous allons tous les deux dans le même sens, sans même avoir besoin de nous convaincre l'un l'autre, sans même hésiter. Pour une fois, nous regardons dans la même direction. Est-ce à dire que la déraison est contagieuse, ou que notre "gut feeling" est le bon?