Thursday, March 08, 2007

Mercredi 7 mars: La valse du temps qu'il fait

Vendredi, c'était déjà le printemps.

[Foot au soleil ... Pieds dans la boue, même pas les manteaux!]



Mercredi, c'est à nouveau l'hiver.



Je suis un peu comme ça, moi aussi. Une girouette dans le vent de mars. Ne vous étonnez pas si je finis par perdre le nord ...

Wednesday, March 07, 2007

Samedi 3 mars: Autoportrait en tenue de soirée

Encore une soirée où je suis allée seule ... Mais cette fois, je me suis bien amusée.




[Note to self: remember remember, le vin blanc te donne mal à la tête, ne t'obstine donc pas!!]

[Ah ah, vous avez remarqué le fouillis derrière moi ... Et après je gémis et je grogne sur la chambre de mes garçons!]

Saturday, March 03, 2007

Samedi 3 mars: Le Grand Bazar

J'ai été fille unique pendant 18 ans, alors je n'ai jamais eu à partager ma chambre d'enfant avec personne (sauf pendant les vacances). Mon désordre était toujours raisonnable, sinon raisonné: j'ai toujours su m'y retrouver dans mes piles et mes tas.

Leur bazar à eux me dépasse.



Je ne comprends pas. Je passe des heures à tout trier, lego avec lego, playmobils tous ensemble, livres classés par genre ou par taille, tous les wagons du train dans la même boîte. J'ai étiqueté à plusieurs reprises les bacs Ikea pour qu'ils se repèrent, je leur ai fait écrire eux-même les étiquettes. J'ai imposé la règle: "On ne commence pas un jeu avant d'avoir rangé celui qu'on a terminé". RIEN ne marche.
Ils sortent tout, mélangent tout, et quand je les force à ranger, mère cruelle que je suis, ils fourrent tout, avec force larmes, dans la première boîte qui passe. Nevermind l'étiquette! Et le reste part sous le lit. Quand je pousse une gueulante, mère autoritaire psycho-rigide, et exige qu'ils rangent au moins ce avec quoi ils ne sont pas en train de jouer, ils hurlent en choeur (pour une fois!): Mais on joue avec TOUT!
Le plus souvent, j'abandonne. Parfois, quand j'ai vraiment besoin de passer l'aspirateur ou quand on a de la visite et que je redoute l'oeil critique sur le Grand Bazar, je les soudoie honteusement (1$ pour une chambre impeccable, un gâteau au chocolat pour "plus rien qui traîne par terre"). Efficace.


Mais ça ne dure jamais plus d'une demi-heure. Dès que j'ai tourné le dos, ils réinstallent avec bonheur leur pagaille familière. Et je me fais mal en marchant sur un truc horriblement pointu en venant leur faire un bisou en pleine nuit.
- Maman, c'est toi qui a détruit ma tour / mon vaisseau spatial / mon bateau de pirates?
- Non, c'est pas moi, ce doit être papa.
J'ai encore les griffures du mât de ce fichu bateau sur le mollet.

Thursday, March 01, 2007

Jeudi 1er mars: Débordement


Tout m'échappe. Mon bureau a disparu depuis longtemps sous des piles croulantes de paperasses toutes plus urgentes les unes que les autres (et qui prennent la poussière). Alors je me suis installée sur la table de la salle à manger, au milieu du reste du désordre que personne n'a le temps de trier. Nous dînons par conséquent sur le comptoir de la cuisine, enfants sur les tabourets, parents debout. La maison part à vau l'eau (heureusement que j'ai une "élève" à qui je donne des cours particuliers une fois par semaine, la femme d'un de mes collègues. Le mercredi après-midi, avant qu'elle n'arrive, je me lance dans un ménage frénétique - sinon nous vivrions dans une porcherie).
Je ne suis pas arrivée à dégager le sol de la chambre des enfants suffisamment longtemps pour pouvoir passer l'aspirateur depuis des lustres. Impossible de voir la couleur de la moquette sous la couche de minuscules trucs très très précieux (Ne marche paaaaas sur ça!), du coup on ne voit pas la poussière non plus, c'est déjà ça ...
Je ne suis pas arrivée non plus à leur faire faire du français depuis un mois. Je maîtrise encore les devoirs, mais c'est tout.

Cette histoire de maison me bouffe la vie, me prend tout mon temps, toute mon énergie, toutes mes envies. Je n'ai plus le temps pour rien, même pas pour mon boulot. Pour me maintenir à flot, j'ai besoin d'un jour sur les 2 du week-end pour bosser. Je ne l'ai plus, je suis en retard sur toutes mes corrections, mon organisation part en quenouille. Demain, c'est le dernier jour du trimestre, il faut songer aux moyennes, aux bulletins, mais COMMENT vais-je y arriver?

Depuis un mois, nous ne faisons plus que ça: chercher, visiter, discuter, analyser, re-visiter, choisir, abandonner, rêver des maisons. Je n'en peux plus des maisons, je ne veux plus entendre parler de fosses sceptiques, de cuves à mazout enterrées, de chauffage par soufflerie, d'eau contaminée, de moisissures sournoises... Tout ce que je ne savais pas, qui ne me préoccupait pas, que je veux continuer à ignorer. Déceptions, frustrations, remises en question, engueulades, fatigue, impatience. Nous sommes des pantins animés d'une mauvaise fièvre dans les mains d'un marionniste cynique. L'argent nous manque, l'argent nous fait défaut. Nous qui étions résignés à n'être jamais riches, nous voilà soudain exaspérés d'être éloignés de l'objet de nos désirs par presque rien - pour les parents de mes élèves, à peine les frais d'une année de scolarité. Un quart de voiture. Une misère. Mais pour nous, un gouffre.

Alors nous continuons. Je laisse s'entasser les "inachevés", je pare au plus pressé. Et nous prenons rendez-vous pour d'autres visites, nous comparons les photos, nous étudions les analyses de l'eau. Il y a une grande concentration d'arsenic dans le sol. Cette chasse à la maison m'intoxique.

[Photo prise dimanche dernier, je me suis quand même mise au travail, au moins un peu, sur un coin de table ...]

Monday, February 26, 2007

Lundi 26 février: Citrune


[Qu'est-ce que c'est?]

Petit déjeuner interrompu, fourchette à mi-chemin, air de méditation intense. Mon grand garçon a l'air perdu dans une profonde rêverie (rien d'inhabituel pour ce lunaire matinal). Il finit par me demander:
- Quand nous serons pauvres, nous pourrons toujours acheter des fruits?
Quand nous serons pauvres?...
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Je veux dire: quand nous aurons acheté une maison et que nous n'aurons plus d'argent, nous pourrons toujours acheter des fruits pour le petit déjeuner? Plusieurs genres de fruits?


Les enfants ont des antennes et les parents ne sont pas très doués pour bloquer leurs émissions naturelles d'angoisse. Je m'épate toujours de voir comment les messages codés sont reçus et transformés, interprétés, remis à leur échelle de 6 et 8 ans ...

Du coup, pour faire plaisir à mon fructivore préféré, je lui ai acheté ce fruit étrange, et j'en ai fait un petit déj de luxe (c'est pas moi qui avais dit que je me lançais dans des économies drastiques pour pouvoir partir en France cet été?...)

Wednesday, February 21, 2007

Jeudi 22 février: Coup de foudre et tant pis pour moi


Je découvre qu'on ne peut pas écrire en direct live. J'ai toujours quelques jours de décalage. (Je suis d'une naïveté confondante.)

Le week-end dernier (il y a quelques jours, donc) nous avons eu une petite pensionnaire (la jolie demoiselle qui s'étire au soleil sur la photo). Nous l'aurions bien gardée avec nous. J'ai fait le plein de chat-câlins, et les garçons l'ont rendue presque folle avec des bouts de ficelle et des ceintures de robe de chambre. Sans oublier les toupies. Playing time non stop. Il paraît que depuis qu'elle est rentrée chez elle, elle a l'air de chercher toujours quelqu'un avec qui jouer.

Et puis je suis sérieusement tombée amoureuse. Et deux jours plus tard, il a fallu abandonner mon beau rêve et me résoudre à ne pas donner suite à mon "crush". L'objet de mes désirs? Une petite maison blanche, posée de travers dans un très beau jardin. L'air modeste de l'extérieur, mais quand je suis entrée, je n'en revenais pas. C'était MA maison. Exactement.
Hélas, il a fallu déchanter. Il faut dire que la belle a un certain âge et, malheureusement, même si elle cache bien ses rides sous des coquetteries de jeune fille, ses poutres, elles, portent bien la marque de ses années. Ma chérie a été construite en 1850, quand même ...
Alors, il aurait fallu refaire tant de choses, et envisager dans l'avenir tant de travaux de maintenance que nous avons renoncé. J'ai encore le coeur en berne. Maintenant, toutes les maisons et appartements que nous visitons me semblent banalement corrects, "sans plus", quand je ne les trouve pas carrément moches. Il leur manque la grâce, celle qui m'a touchée au coeur quand j'ai fait le tour de mon petit cottage, celle qui m'a réconciliée avec l'idée d'acheter une maison. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais fait une offre tout de suite. Ah, où peut mener un coup de foudre ...

Tuesday, February 20, 2007

Mardi 20 février: Mettre un nom sur un visage

[Les garçons en octobre 2005. Ils ont grandi, depuis ...]

J'ai découvert le monde des blogs par Christie. Irruption soudaine d'une vie dans ma vie. J'ai accroché tout de suite. Tellement à lire, tellement à voir! Je ne voulais pas m'arrêter. J'adore qu'on me raconte des histoires (c'est peut-être ce que j'aime le plus au monde), et sa voix est de celles qui m'arrêtent, me touchent, me font tout poser pour écouter. J'ai mis longtemps à me persuader que je voyais bien des photos de ses filles, de ses vraies filles, que leurs vrais noms étaient bien Chimène et Alma. Ma première réaction a été: mais elle est folle! N'importe qui a accès à ces informations, n'importe qui a accès à sa famille, sa vie privée? Mais il faut qu'elle se protège!
Peut-être était-ce parce que depuis deux ans je vivais dans un monde où les "cyber-prédateurs" étaient devenus la plus grande terreur des parents d'élèves, dans l'école où je travaillais. Déformation professionnelle? Ou déformation tout court (une obsession: protéger, protéger, protéger ...)?

J'en suis venue à mon propre blog par Christie, grâce à ses encouragements, et aussi pour combler (illusoirement?) la grande solitude dans laquelle j'étais alors drapée. Personne autour de moi à qui parler (surtout dans ma langue), à qui parler vraiment. Famine de copines.
Mais toujours cette peur, de dire qui je suis, où je vis, de montrer mes enfants (Ah, et pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque, de les montrer, les exhiber, les faire parader!), de dire leurs noms. Peur ni vraiment raisonnée, ni vraiment absurde. Les mettre à la disposition du World Wide Web, je ne peux m'y resoudre. En fait, j'aimerais créer un petit cercle, restreint, sécurisant, dont seraient exclus les voyeurs de tous ordres. Irréalisable? Certes, mais demander l'impossible et bouder quand je ne l'obtiens pas est un de mes traits de caractère les plus constants (voir les billets d'avion pour la France ...)

Paolo n'est pas le vrai nom de mon fils cadet, c'est le nom qu'il aurait pu avoir (et qui lui correspond bien). C'est le nom que je lui donne parfois. Mais l'aîné ... Je n'arrive pas à lui inventer un autre nom que le sien. Je l'appelle le grand par défaut, par impossibilité de le nommer autrement que par son nom, celui que nous lui avons donné le jour de mai où il est né, il y a huit ans et demi de cela. Il est qui il est, et je ne peux me résoudre à lui mettre un masque.

La vérité, bien sûr, a de multiples jupons superposés, et en lever un ne garantit pas de tout savoir.
Mon homme, l'homme de la famille, J., ne sait rien de ce blog, et s'y opposerait probablement farouchement. Il ne supporterait pas que des photos de ses enfants circulent sur le WWW. Et le grand, l'aîné, est tellement connecté à son père, tellement relié à lui par une multitude de fils invisibles et indestructibles, qu'il m'est difficile de parler de lui. Mon Paolo est plus accessible, il est celui qui est attaché à moi par toutes les fibres de son être, je parle de lui aussi facilement que je parle de moi. Mais évoquer mon fils aîné me donne toujours l'impression de violer son intimité, de le déposséder, sans qu'il le sache, de sa vie propre. Parce que je ressens la même chose vis-à-vis de son père.

[Un matin gris de mars, au café en face de la Pyramide du Louvre:
- Vous devriez commencer un blog.
-
Oh, je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas parler de mes enfants sans parler de leur père. Et ça ... Non, ça, ce n'est pas possible.]

Bon, j'ai passé outre. Mais je n'ai pas mis un nom sur le visage de mon grand garçon. Et je ne le montre pas beaucoup non plus ...


Sunday, February 18, 2007

Dimanche18 février: Sweets

L'année dernière, les deux maîtresses avaient fourni, début février, la liste de tous les enfants de la classe, pour être sûres que personne ne serait oublié dans la distribution des cartes de la Saint Valentin. C'est qu'ici la Saint Valentin a une importance considérable, et on offre des cartes à tout le monde et pas seulement à son amoureux(se). Chaque enfant doit écrire une carte pour tous les autres de sa classe (+ la maîtresse). Ma chef offre à tous les profs du département des bonbons en forme de coeur. Quelques uns de mes élèves m'ont offert des fleurs ou des cookies ...
Donc, l'année dernière, j'avais acheté un stock de cartes et je les avais diligemment fait remplir par les garçons (qui n'avaient pas grand-chose à faire, il faut bien le dire: juste écrire leur nom (From ...) et le nom du/ de la destinataire (To ...). Et j'avais la conscience tranquille, une mère certes non autochtone, mais bien en phase avec les exigences des coutumes locales.
Hélas, innocente que j'étais! Je les ai vu revenir, un peu déconfits (surtout le grand, en fait), chargés chacun d'un gros sac de bonbons.
- Maman, tous les autres m'ont donné des bonbons, et moi je n'avais rien à leur donner! Mais tu leur as donné tes cartes! - Oui, mais ça ne suffit pas!
Au concours de la meilleure mère (beaucoup de participantes, dans la région), je suis à la traîne ...

Cette année, chat échaudé craint l'eau froide: j'ai acheté (en plus des cartes Bob l'éponge) des sacs de bonbons et nous avons scotché à chaque carte une sucrerie. Bon, évidemment, certaines mères ont mis dans une enveloppe décorée (à laquelle était attaché un coeur en mousse) une photocopie en couleur d'un dessin de leur enfant et un coeur en guimauve ou en chocolat... On ne joue pas dans la même catégorie.

[Oui, mais moi je suis la seule, vraiment la seule, mère avec deux enfants qui travaille et n'ai ni nanny ni femme de ménage. Bon, je ne le crie pas sur tous les toits non plus, mais je me le répète parfois tout bas, ça me console de n'être jamais de celles qui accompagnent les sorties, organisent les goûters et les activités de fête, sont présentes et actives dans l'école ...]


Les sacs de bonbons de la Saint Valentin sont allé rejoindre ceux d'Halloween pas encore terminés ... De deux choses l'une:
- ou bien nous sommes des parents psycho-rigides qui limitons outrageusement la consommation de sucreries de nos enfants (Tu dis toujours NON quand je demande un bonbon!);
- ou bien cette société a un sacré problème, qui ne peut inventer de célébration festive qu'à grand renfort de High Fructose Corn Syrup, Palm oil, yellow 5, artificial flavor, dextrose, maltodextrine, Red 40 lake et j'en passe.

[A propos, avez-vous jamais goûté un H ershey Kiss? L'odeur est déjà assez détestable, mais le goût de plâtre est assez pour sevrer toute addiction sévère au chocolat. Préfèrerais me passer de "chocolat" pour plusieurs années plutôt que d'ingurgiter ça. Suis apparemment la seule. Suis bizarre? Probablement trop mal habituée: importante consommation de chocolat noir 70% a dû sévèrement altérer la tolérance de mon palais]

Friday, February 16, 2007

Jeudi 16 février: Marche arrière


Il y a une semaine, dix jours peut-être, il m'a dit dans la voiture: Non, nous n'irons pas en France cet été. Impossible. Pas d'argent. Si nous n'avons pas trouvé la maison (LA maison), il faudra chercher. Et si nous l'avons trouvée, nous n'aurons plus un sou en poche. Et puis, nous y sommes allés à Noël, tu y retournes en mars, faut pas exagérer.

Et là toutes mes locomotives ont renversé la vapeur. Machine arrière, toute! Je ne peux pas supporter l'idée de ne pas rentrer pendant l'été. Je ne peux pas. Il ne me croit pas, bien sûr, quand je lui dis que c'était la condition sine qua non de notre départ pour les Etats-Unis. Il est catégorique: Je n'ai jamais passé un tel marché. Je ne le suis pas moins: J'ai besoin d'aller en France pour l'été. Je ne peux pas, je ne peux pas vivre sans. Nous sommes aussi butés l'un que l'autre. Je suis une capricieuse et c'est un monstre insensible. Nous nous crachons notre venin.

Je repense aux 6 ans que nous avons passé à Paris, durant lesquels nous ne sommes allés qu'une seule fois aux Etats-Unis, au tout début. Il n'avait pas l'air d'être malheureux, son pays ne semblait pas lui manquer. Je repense à l'été 2005, l'été où nous avons quitté Memphis. Le déménagement a dévoré nos maigres économies, cette année-là. Et je n'arrivais pas à accepter l'idée de renoncer à notre voyage en France. Irréconciliables: d'une part la certitude que nos comptes en banque étaient à sec, d'autre part la nécessité absolue de partir. On ne raisonne pas avec une nécessité absolue, un besoin physique. Lui me présentait des arguments raisonnables. Je n'avais que des réponses viscérales: Je ne peux pas, je dois, j'ai besoin, il faut. Mon père a court-circuité l'affrontement, en nous payant les billets. Lui est resté, je suis partie avec les enfants.
Et cette année?

Machine arrière, donc. Je ne veux plus entendre parler de cette maison. Je ne veux pas sacrifier l'essentiel. Je peux me passer de fringues, de livres, de CD, de sorties (de toutes façons, je consomme si peu de tout cela en ce moment). Je peux réduire mes dépenses-enfants (mon point faible, côté porte-monnaie). Je peux arrêter d'acheter des Pim's et des Petits Ecoliers à prix d'or chez Wegmans, et me passer de fromage français. J'aurais un peu plus de mal pour le vin, mais je peux aussi décider de diminuer les occasions d'ouvrir une bouteille (et puis, s'il n'y a plus de fromage pour aller avec ...) Je peux laisser tomber la lessive bio (mon petit geste à moi pour l'environnement), deux fois plus chère que la lessive normale.
Mais je ne peux pas me passer de rentrer chez moi pendant l'été. Non.

Même les enfants s'y mettent: Maman, on ira l'année d'après. L'année d'après?
Non. Je suis un bloc de négation.

Thursday, February 15, 2007

Mercredi 14 février: Finally

Enfin, on l'a eu notre snow day!!!...


Pas de chance: j'ai été malade toute la journée. Au lieu de profiter de cette petite vacance inattendue pour lire, jouer avec les garçons dans la neige, rattraper le temps perdu en corrigeant des montagnes de copies ou faire des gâteaux, je me suis contentée de rester roulée en boule sous la couette en gémissant lamentablement. C'est bête, non?

[La photo a été prise il y a deux semaines. Hier, en fait, il faisait trop gris et moche et j'étais trop mal en point pour prendre des photos ...]

Tuesday, February 06, 2007

Mardi 6 février: Et vous, elle ressemble à quoi votre cuisine, le matin?


Morning duties: le matin, je suis la reine des préparatifs. Je prépare trois petits dej', deux lunch boxes, deux goûters du matin, un goûter de l'après-midi le mardi (Chinese club) et le jeudi (Chess club), deux garçons dont un grognon et un rêveur, et trois cartables.
Il faut qu'à 7:43 nous soyons tous les trois dehors, sacs sur le dos, dents brossées, chaussures lacées, mains gantées. Chaque jour est un nouveau défi.
Et comme je pars en même temps qu'eux, je sais dans quel état je retrouverai ma cuisine chaque après-midi (les elfes de maison ne sont pas très efficaces chez moi ...)

Tuesday, January 30, 2007

Mardi 30 janvier: Conductrice


Je conduis. Si si. Et j'ai une voiture (une petite rouge, celle qui est sous la neige de l'hiver dernier, sur la photo). Et je m'étonne que personne ne me félicite en me voyant aller et venir, si tranquille au volant. Ils ne savent pas, oh ils n'ont pas idée du chemin parcouru pour en arriver là...

J'ai passé mon permis à 22 ans, je l'ai eu au deuxième essai, et j'ai reçu ma petite carte rose avec l'impression d'une vaste supercherie. C'est que je ne savais pas conduire, moi! Et me voilà en possession d'un document officiel qui attestait du contraire.
Résultat: je ne l'ai pas utilisé, ce permis, pendant des années. Normal: j'habitais Paris, je n'avais pas de voiture. Dans le sud, j'ai utilisé quelques rares fois l'auto de ma grand-mère (qui ne conduisait pas, mais tenait à la disposition de ses enfants et petits-enfants une petite 205 blanche, pour les vacances), que j'ai d'ailleurs mise dans le fossé deux fois de suite (en manquant d'écraser mon jeune homme contre un mur, la première fois). Evidemment, ça m'a guérie de l'envie de conduire pendant un certain temps.
En Californie, mon Américain avait une moto (je n'ai jamais été tentée de la conduire), mais nous avons loué une belle et grande voiture pour nous balader vers l'intérieur des terres, pendant une semaine de vacances. C'est dans Death Valley que je me suis reconciliée avec la conduite: rien devant, rien derrière, rien sur les côtés (et surtout pas de fossé!) sur des miles et des miles. Pas de changement de file, toujours tout droit. Le rêve. J'ai été conquise par la conduite automatique.
Retour en France: toujours pas de voiture, je me fais conduire pendant les vacances dans des voitures empruntées à droite et à gauche.
Mais lors de ma deuxième installation aux Etats-Unis, il a pourtant fallu que je m'y mette. C'était très simple: à Memphis, le piéton n'existe pas. Le non-conducteur est un non-être. Ma survie dépendant de ma capacité à changer de file sur Germantown Parkway, je me suis résolue, la mort dans l'âme, à reprendre le volant. Pas le choix: rien n'était accessible à pied. Le supermarché le plus proche était à 45 min de marche (j'ai essayé, quand même, sous un soleil de plomb et sous les regards intrigués des autochtones qui n'avaient jamais vu ça). Alors, après de multiples sessions de ré-acclimatation progressive (niveau de stress maximum, un mari critiquant mes moindres mouvement à côté de moi, des enfants grognons à l'arrière ... Plus d'une fois je me suis garée, je suis sortie en claquant la porte, "C'est fini, je ne reprends pas le volant, si tu veux rentrer, tu n'as qu'à conduire.")
Et puis, nous sommes arrivés ici, nous avons acheté une deuxième voiture (ma petite rouge que j'aime), et j'ai commencé à me sentir à l'aise. A faire la fière (sur les routes que je connais bien uniquement). Même à prendre plaisir à rouler, Thomas Fersen à fond, dans la campagne. Je suis devenue une conductrice.

Et, mercredi dernier: consécration. Pour la première fois, je me suis risquée, seule, sur une freeway que je ne connaissais pas, une de ces terrifiante à 6 ou 8 voies, qui bifurque sans arrêt et presque sans prévenir. Pour peu qu'on n'y fasse pas vraiment attention, si on reste tranquillement à droite en respectant les limites de vitesse (c'est tout moi, ça), on se retrouve embarqué vers New York sans possibilité de faire demi-tour. Heureusement que mon homme m'avait dessiné des schémas très précis avec des indications irréprochables. Je ne me suis pas perdue, je n'ai pas eu d'accident, je suis arrivée à l'heure, entière et en nage, malgré le froid. Tellement crispée pendant tout le trajet que depuis je ne me tiens plus de mal de dos. Complètement nouée. MAIS j'y suis arrivée. Pas peu fière.

Du coup, l'entretien pour lequel je m'étais lancée dans une telle aventure s'est déroulé comme sur des roulettes. J'avais consommé tout mon stress disponible dans la voiture, je suis donc arrivée totalement à l'aise. Décontractée au maximum. Effet garanti.

Maintenant, l'euphorie de l'exploi (deux heures de bagnole sur une American freeway! Yeah!) s'étant quelque peu atténué, reste la question:
Est-ce que je vais changer de boulot? Vais-je prendre ce nouveau poste qu'on vient de m'offrir?

En question subsidiaire: est-ce vraiment une bonne idée de vouloir travailler non seulement dans la même boîte que mon mari, mais surtout en étroite collaboration avec lui?...

Monday, January 29, 2007

Lundi 28 janvier: Sick day

Je suis restée à la maison. Mal partout, la tête bourdonnante (trois heures de sommeil ... je n'ai plus l'âge pour être performante sur si peu de réserve), et surtout l'impression suffocante d'un grand débordement.
Alors je suis restée à la maison. Sans le dire aux garçons qui râlaient de devoir aller à l'école alors que la neige était tombée pendant la nuit.
(- Mais il n'y en a pas assez pour un snow day!
- Cette année, il n'y en a jamais assez pour un snow day. Il leur faut quoi? Dix mètres de neige?)
Je suis restée à la maison. Pour la première fois depuis que je travaille ici. Pour me poser, me récupérer, me reprendre.

Bien sûr, j'avais oublié qu'un jour, c'est toujours trop court. Alors, oui, j'ai corrigé un paquet de compositions, oui, j'ai réglé des problèmes de paperasse, bien sûr, j'ai réussi à passer l'aspirateur et à laver les draps des enfants ... Mais je n'ai pas préparé mon cours de littérature, ni trié la pile dangereusement vacillante qui grandit de jour en jour sur mon bureau (c'est pour cela que je travaille toujours sur le bureau de l'homme de la maison). Ni, malheureusement, fait la sieste.

J'ai bu du thé, éparpillé mes tasses, plié du linge et regardé la neige par la fenêtre.



Alors bilan de cette journée off: pas plus reposée, mais moins suffoquée par le poids des contingences. Et la fatigue crée autour de moi un écran cotonneux qui amortit les chocs.

Wednesday, January 24, 2007

Mercredi 24 janvier: Souvenir en forme de birthday cake

C'était il y a deux ans, à Memphis. Le gâteau-lion est l'oeuvre du papa, qui a tout fait tout seul, préparation, cuisson, glaçage, couleurs, dessins ...
Il est beau, non?

Saturday, January 20, 2007

Samedi 20 janvier: Cultural differences

Depuis très longtemps, c'est son obsession: acheter une maison. Et c'est vraiment la dernière de mes priorités. D'abord un voyage en Italie, en Grèce, une nouvelle table basse, une machine à faire des glaces, un dîner à New York, que sais-je?... La maison passe après.

Comme la majorité des Américains (comme TOUS les Américains que je connais), il a grandi dans une maison dont ses parents étaient propriétaires. Moi, je n'ai jamais habité que dans des appartements (à l'exception de la maison dans laquelle nous habitons maintenant, mais elle est coupée en 4 appartements, ça ne compte pas vraiment), loués par mes parents ou moi-même (Ah oui, et j'ai aussi habité dans un dortoir).

Sa philosophie, c'est: "Payer un loyer, c'est payer les études universitaires des enfants de quelqu'un d'autre".
Ma philosophie, c'est: "Payer les mensualités d'une maison, c'est sacrifier nos vacances, nos rares sorties, les activités extra-scolaires des garçons ... Je préfère profiter MOI de mon argent maintenant, plutôt que d'en consacrer autant aux murs qui m'abritent."

Sa peur, c'est: "Se retrouver à la retraite toujours en location, avec à peine de quoi payer le loyer et RIEN à transmettre à nos enfants." (C'est vrai que les retraites, aux US ...)
Ma peur, c'est: "Se serrer la ceinture pendant des années pour une maison qui ne sera rien d'autre qu'un gouffre à $$, la vendre dans la précipitation si l'un de nous perd son job (une probabilité toujours à l'horizon, ici), et passer à côté de mille choses, juste pour devenir propriétaires."

Conflit qui dure, conflit non encore résolu. La crise de voisinage que nous traversons en ce moment a précipité les choses, et pour un peu, j'aurais dit oui les yeux fermés. Mais une conversation avec mon père ("Vous êtes fous, vous allez bouffer des patates pendant 20 ans!") m'a remis les idées en place et ma méfiance à l'égard du projet a ressurgi. Alors, achètera, n'achètera pas?... Qui de nous deux?...

Friday, January 19, 2007

Vendredi 19 janvier: Enfin!

Au réveil, je n'avais rien remarqué, dans l'obscurité et la fatigue du "before 6 AM". Et puis, pour tirer Paolo de son lit, j'ai ouvert les stores et j'ai vu le duvet blanc d'une toute jeune neige ...
Bon, évidemment, ce n'est pas assez pour un "Snow Day", mais c'est un début.

Et comme ce n'était définitivement pas un Snow Day, il a fallu aller à l'école. Quelqu'un m'avait précédée sur la grande route.

Thursday, January 18, 2007

Jeudi 18 janvier: Compote aux petits lapins

Recette: vous prenez de jolis petits lapins, vous les faites gambader dans une compote pommes-poires caramélisée, et vous les croquez avant qu'ils ne s'échappent.

Wednesday, January 17, 2007

Mercredi 17 janvier: Suite et fin de l'histoire (à la demande de mes 3 lectrices)

Alors le voisin ... Par où commencer?

La première fois que je les ai vus, par la fenêtre, j'ai pensé: "These people are bad news". Pourtant je ne suis pas particulièrement intuitive, je ne "sens" pas les gens (et me trompe souvent sur la vraie personnalité de ceux que je croise), mais là, "gut feeling" très très négatif.

J'ai dit à mon autre voisine, qui est devenue une amie (et a déménagé depuis): "I saw the new neighbors, they have a little girl". Elle m'a répondu avec un air d'entre deux airs: "No, I think it is a little boy". J'ai insisté: non, non, je t'assure, j'ai bien vu une petite fille d'environ 3 ou 4 ans, aux longs cheveux blonds bouclés qui lui arrivent au milieu du dos.

Hé bien, en fait, elle avait raison. Quoi, vous n'avez jamais rencontré un petit garçon à qui on n'a jamais coupé les cheveux depuis sa naissance?

Le père: beaucoup de poils gris, comme dirait l'homme de la maison, c'est à dire une longue barbe grise et filandreuse et des cheveux pareils, attachés en queue de cheval. Un air de soixante-huitard attardé, que n'a pas tardé à confirmer nos premières conversations. Ce type a lu énormément, en français ou en anglais, alors forcément, il avait l'air plutôt content d'être tombé sur des littéraires (nous). Et pourtant, l'une des premières choses qu'il nous ait dite, c'est qu'il ne sortait jamais ("I haven't gone out since 1968", tiens, qu'est-ce que je disais...), qu'il voyait le moins de monde possible, qu'il préférait les livres aux gens ... Ah?... Comme premier contact, ça se pose là.

Mais il nous a flairés et rapidement branchés littérature. Pour donner une idée du personnage, il est fasciné par les écrivains d'extrême droite antisémites français de l'entre-deux guerres. Il a tout lu, il trouve ça extraordinaire. Lui-même étant issu d'une famille juive (richissime, selon ses dires, mais il aurait été déshérité par son père parce qu'il s'est enfui en Europe au lieu d'aller à l'université, ou parce qu'il était anarchiste, ou quelque chose dans le genre), je trouve cette fascination pour le moins malsaine.

Autre signe particulier: il a travaillé deux ans dans sa vie. En tout et pour tout. C'est le grand qui lui a posé la question, l'année dernière (et, en bon paranoïaque, il a répondu: "Je vois de quoi parlent tes parents ...", ce en quoi il se trompait). Le reste du temps? Selon lui, il lit, selon sa femme, c'est un écrivain "free-lance". A propos de femmes, il en a eu au moins 3 (pourquoi m'a-t-il raconté autant de sa vie, quand je ne lui demandais absolument rien?), et j'en ai déduis que c'est de là que provenaient ses revenus. La dernière qu'il s'est trouvé ... est ma collègue, et je n'en dirai rien.

Anyway.

Je passe sur bien des épisodes désagréables, bien des heurts à cause du bruit. Nous vivons au-dessus d'eux, la maison est très mal insonorisée, et le fait de simplement marcher produit un bruit impressionnant. Depuis que nous habitons ici (depuis 18 mois), nous passons notre temps à dire aux garçons: ne courez pas, ne sautez pas! Je devrais enregistrer une cassette et la leur passer en boucle. Ils essaient, mais c'est plus fort qu'eux, ils oublient ... Comme dit mon oncle, le sautillement est le mode de déplacement naturel des enfants. Alors ils sont envoyés au coin, et se demandent pourquoi le gamin d'en-dessous, lui, a le droit de courir-sauter-crier (on l'entend très bien), alors qu'eux se font punir. Mais c'est terminé, j'ai arrêté me casser la tête pour le bien-être de ces gens, dans la mesure où les garçons restent raisonnables, pas question de jouer à sauter du lit superposé (ils ont essayé, j'ai cru que la maison s'effondrait). Il ne faut pas exagérer.

Bref (je voudrais faire court ...), cette femme est enceinte (elle a 40 ans, lui 60, passons), et elle ne veut pas que mon homme fume sur le parking devant la maison (il ne fume jamais à l'intérieur, par courtoisie et parce que sinon je piquerais une crise). Il avait l'habitude de griller sa cigarette à une quinzaine de mètres de la maison, mais ce n'est pas assez loin pour elle, surtout qu'elle est enceinte, blablabla. Plutôt conciliant, le fumeur accepte de s'éloigner sur l'herbe (alors que rien ne l'y oblige).

Et le 2 janvier, alors qu'il finit sa clope à la limite de l'herbe et du parking (à 20 bons mètre de la maison), le voisin arrive en voiture, se gare, sort en trombe de sa bagnole, s'avance sur lui et commence à le menacer. "If I catch you smoking here again, I am going to put you in the hospital, I am going to beat the shit out of you, I am going to kick your ass in front of your kids. You can call the police, I don't care, when I get out, I'll find you ..." Etc., etc. Rien de ce qu'a pu répondre mon mari (qui est resté remarquablement zen) ne l'a calmé. De menaces en imprécations, il a fini par rentrer chez lui.

J'en ai été malade. Ce type est fou et violent, j'en ai des preuves, mais c'était la première fois qu'il nous menaçait directement. Le lendemain, j'ai tremblé toute la journée, sans pouvoir m'arrêter, un froid incontrôlable. Peur pour moi, pour mon homme, mes enfants. Une peur viscérale, comme si mon corps en savait plus que moi.

Depuis, j'en ai beaucoup parlé, je me suis calmée, raisonnée, mais nous avons décidé de partir d'ici. Décision lourde de conséquences, et je ne sors pas des complications qui s'ensuivent ... En attendant, nous nous enfermons à clé (ce que nous ne faisions jamais auparavant), nous l'évitons, l'homme de la maison fume loin dans le jardin et je n'adresse plus la parole ou le moindre regard à ma collègue (dont le bureau touche le mien, pratique ...)

Voilà la fin de l'histoire, trop longue et pourtant considérablement abrégée.

Ah, j'oubliais. Nous ne savons pas si cet homme possède une arme. Lorsque mon mari a demandé à sa femme, il y a quelques mois, s'il avait un flingue chez lui, elle a répondu "I don't know ..."

Pour moi, ce n'est pas une bonne réponse.

Wednesday, January 10, 2007

Vendredi 12 janvier: Voisinage


Quand j'étais enfant, j'habitais dans le 15e avec mes parents, à côté d'un fou. Il avait entre 50 et 60 ans, ne travaillait pas, vivait chez sa mère (qui avait donc environ 80 ans), et buvait comme un trou. Quand il était ivre (tous les jours, à des heures différentes), sa mère ne le laissait pas entrer dans l'appartement, alors il l'insultait devant la porte "Chienne, salope, crève charogne!", une belle collection de jurons que j'écoutais, terrorisée, collée à ma porte d'entrée. Une seule fois il a défoncé sa porte (elle était solide). Quand il avait moins ou pas encore bu, il était aimable, ou plutôt obséquieux ("Bonjour maaaademoiselle!"), et ne me faisait pas moins peur. Je rentrais vite vite vite chez moi. Ma chambre partageait un mur avec leur appartement, et j'entendais leur quotidien, les "Qu'est-ce qui te ferait plaisir pour le dîner?", les "Maman chérie, tu es sûre que tu n'as pas froid?", aussi bien que "Tu crèveras avant moi, salope!". Ils vivaient dans l'amour-fusion et la haine, et m'ont fait trembler pendant quelques années (surtout quand elle ne lui ouvrait pas en pleine nuit et qu'il venait sonner chez nous). J'ai vécu longtemps dans cet appartement, mais je ne me souviens plus de ce qu'ils sont devenus, durant les dernières années que j'y ai passé.

Rue du Cardinal Lemoine, quand j'habitais seule dans mon 20 mètres carrés, j'ai attiré l'attention d'une autre folle, une femme qui ne sortait jamais de chez elle et me guettait quand je montais le minuscule escalier pour atteindre mon 4e étage. Elle m'alpagait et me demandait de lui faire quelques courses, à la pharmacie ou au supermarché. Elle tenait la porte serrée contre elle pour que je ne vois pas l'intérieur de son appartement, et parfois se couvrait la bouche d'un foulard quand elle me parlait. Elle insistait pour me donner des biscuits en remerciement de mes petits services, biscuits que je jettais dès que j'arrivais chez moi, écoeurée par l'odeur rance qui s'échappait par bouffées de l'entrebaillement de sa porte et qui restait - du moins j'en avais l'impression - sur les biscuits.

Quand je suis partie vivre à Berkeley, je me suis trouvé une room-mate avant même de débarquer aux Etats-Unis. C'était rassurant de penser que j'allais cohabiter avec une Française qui vivait là-bas depuis un certain temps. J'imaginais ... je ne sais pas, une complicité, un guidage pour m'aventurer en terrain inconnu. Ha! Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'apercevoir que j'étais encore tombée sur un cas intéressant.
D'abord, personne à la maison quand j'ai débarqué, cafardeuse et jet-lagged au maximum. Juste un mot sur la porte pour m'indiquer d'aller chercher les clés chez les voisins (plutôt méfiants). Une serviette de toilette pliée sur mon lit, un savon (elle devait me penser très sale après un long voyage en avion...) et un autre petit mot pour m'informer qu'elle était chez son amie, et que je pouvais me servir de ce que je voulais dans le frigo. C'était plutôt gentil, sauf qu'il n'y avait dans le frigo que des pots: moutarde, mayonnaise, et quelques cornichons (pardon, pickles). Heureusement, il me restait des barres de céréales du voyage.
Elle ne s'est montrée que 2 jours plus tard (elle m'avait appelée entretemps, pour m'expliquer que son amie s'était fait cambrioler et qu'elle devait rester avec elle parce que ladite amie était morte de peur à l'idée de rester seule chez elle), j'ai donc dû trouver par moi-même une source de ravitaillement (les voisins toujours méfiants m'avaient indiqué le supermarché le plus proche, à 25 mn à pied de là, sans bien sûr me proposer de m'y accompagner. Je suis rentrée crevée, chargée comme un baudet de sacs en plastique que j'ai failli abandonner deux ou trois fois sur le trottoir et je crois bien que j'ai pleuré en chemin). Une des premières choses que m'a dite ma room-mate, c'est "Tu as compris que je suis lesbienne?" Heu, oui, pas de problème ...
J'ai vécu deux mois intéressants, prise dans les crises de jalousie de sa copine qui déboulait à n'importe quelle heure pour la surveiller et à qui il fallait mentir à l'occasion ("Non, elle n'est pas rentrée depuis hier soir ..."), ses coups d'humeur à elle, ma chambre fouillée, des disquettes qui ont disparu, et puis brusquement (après d'autres péripéties), elle m'a annoncé qu'elle allait emménager avec sa copine, alors il fallait que je me trouve autre chose ... A posteriori, ça a été une bénédiction, mais sur le moment, je l'ai eu rude.

A Paris, rue Saint-Charles, il y a eu le boucher qui faisait vibrer l'immeuble de haut en bas par ces coups de hachoir à 5h du mat' (sa table à découper était contre un mur porteur, et il refusait obstinément de faire les bricolages nécessaires pour l'isoler). Nous habitions juste au-dessus de lui, au premier étage, nous étions donc aux premières loges pour subir ses BOUMs matinaux. J'étais enceinte, le grand avait 18 mois, et nous étions tous épuisés par un sommeil haché menu par un boucher hargneux. J'avais l'impression qu'il me tapait directement sur la tête. Un dimanche matin, nous avons senti une odeur de gaz très forte dans la salle de bains, immédiatement appelé les pompiers et fait évacuer l'immeuble (j'aime à penser que nous avons sauvé la vie de toutes ces personnes ...). Les pompiers ont brisé la porte du boucher et sont allés éteindre le gaz qu'il avait laissé allumé (criminel!). Tout ça a fini par un procès, pas initié par nous, pourtant immédiatement concernés, mais par les propriétaires du 8e, qui n'en pouvaient plus d'être ébranlés tous les matins. Ils ont gagné leur procès, le boucher avait de toute façon déjà plié boutique, et nos derniers mois rue Saint Charles ont été beaucoup plus calmes, au-dessus d'un magasin de fringues.

A Memphis, notre voisin de gauche est mort d'overdose, une nuit d'été alors que nous avions passée en grande partie à refaire le monde dehors sur la terrasse, avec notre copine de Californie. Mais lui, il ne nous a jamais gêné, c'est à peine si nous l'avions remarqué jusqu'à ce que les flics défoncent sa porte.

Mais tout ça, tout ça, c'est du pipi de sansonnet à côté du type qui vit en ce moment en-dessous de chez nous. The neighbor from HELL.

Sunday, January 07, 2007

Dimanche 7 janvier: Climate change

Il faisait beau ce week-end. Trop beau? Une vingtaine de degrés en janvier ... Et dire qu'il s'en trouve pour ne pas juger de première importance la lutte contre le réchauffement du climat.
J'aime le soleil, la chaleur, l'air tiède du printemps ... au printemps.

Où sont les neiges d'antan?...
(Comprenez par antan, l'année dernière à la même époque, à 2 semaines près, sous le même arbre)

Friday, January 05, 2007

Vendredi 5 janvier: Savoir se taire


Il faut que j'apprenne. Il faut que j'arrête de me confier à tout le monde. Il faut que j'arrête de jouer les drama queens. Il faut que je dé-dra-ma-ti-se. Il faut que je ferme ma gueule!
Pourquoi est-ce que je ne peux pas m'en apercevoir avant qu'il soit trop tard? Pourquoi faut-il toujours que je me dise "Ah ... j'ai dépassé les bornes" une fois que c'est fait et jamais deux secondes avant d'ouvrir la bouche?
Je n'apprends rien. Je n'apprends rien.

Tuesday, January 02, 2007

Mardi 2 janvier: Tout nouveau, tout beau

Nouvelles couettes.


Nouveau peignoir (merci Père Noël!)



Nouveau talent (oui, si je puis me permettre le pastiche, C'est Moi Qui Les Ai Faits, ces petits savons, cadeaux en retard pour celles qui doivent croire que je les ai oubliées. Pas peu fière!)


Nouveau jour, nouvelle semaine, nouveau mois, nouvelle année ...

Monday, January 01, 2007

Lundi 1er janvier 2007: Ce que j'espère ...

Bonne année à tous!

Dimanche 31 décembre: Le dernier jour de l'année

Je voulais trouver le temps, aujourd'hui, de faire le bilan, en solitaire, de 2006. Peut-être d'aller marcher un peu, au soleil. Ha! As if ...
Pas le temps.

Je voulais commencer à corriger mes copies avant la rentrée.
Pfff.

Je voulais ranger la maison, finir de vider les valises, faire le grand ménage.
JE L'AI FAIT !! (A part mon bureau, toujours work in process)

Je voulais écrire des cartes de voeux (je suis très en retard, cette année).
Pas une.

Je voulais faire des truffes au gingembre, des financiers au citron et au chocolat, des orangettes pour finir l'année en douceur ...
Voilà!



Je voulais mettre ma jupe de princesse et boire du champagne avec des amis.
J'ai fini par mettre mon nouveau pantalon en velours et nous avons bu des bulles vers onze heures avec notre gentille voisine, sans faire de bruit pour ne pas renouveller le conflit avec les odieux voisins. Les souvenirs du réveillon de l'année dernière sont amers.

Je voulais des bougies partout, pour commencer l'année en lumières. Les loupiottes ont tenu leur promesses, nous nous sommes embrassés avec dans les yeux les reflets multiples de tous ces petits feux qui brillent en nous, pour nous, autour de nous.

Saturday, December 30, 2006

Samedi 30 décembre: Back home

De retour ...
Il y avait des cadeaux sous le sapin, à la maison (Tu vois, maman, je te l'avais bien dit!!)


et aussi beaucoup beaucoup beaucoup de cadeaux là-bas (27 personnes, à raison d'au moins un cadeau par personne, souvent plus, parfois beaucoup plus [voir nos valises du retour], ça fait ... un tas indécent de paquets enrubannés),


et il y avait aussi les balades dans la neige, les dîners à 6, 10, 15, 27 personnes, un petit tour en Catalogne, les biscuits de Noël, le sanglier cuit au feu de bois (pour les fans d'Asterix), le chemins des fiancés, le plateau de fromage à la fin de chaque repas, les sourires d'une petite fille de 9 mois, la coque des rois en avance, et deux petits rois qui s'en sont mis plein la panse, plein les yeux et plein les oreilles de l'accent chantant de par chez moi.




Monday, December 25, 2006

Dimanche 24 décembre: Qu'avez-vous fait, aujourd'hui?

Moi?
J'ai fait des biscuits de Noël avec ma petite soeur.




Les enfants ont attendu, attendu ...

Monday, December 11, 2006

Lundi 11 décembre: Sapin


Un sapin, même si nous ne serons pas là pour Noël ...

Quelqu'un hier, à la représentation de "Casse-Noisettes":
- Tu es content d'aller en France?
Paolo, tout sourire:
- Oui, comme ça, nous aurons des cadeaux là-bas, et des cadeaux ici!
Moi, avec un air de "Ah bon?":
- Ah bon?
Lui, un peu condescendant, il faut tout leur expliquer, à ces adultes:
- Mais oui, maman, puisque nous avons un sapin, il y aura des cadeaux!


Logique irréfutable ...

Tuesday, December 05, 2006

Mardi 5 décembre: Monstrueuse surprise

Ce matin, derrière la petite porte du n°5, des trucs pas très ragoutants ... Un oeil orange et gélatineux, et un alien bleu à cheveux verts. Tout ce qu'on aime.



Même pas peur de son ombre!

Monday, December 04, 2006

Lundi 4 décembre: Calendrier en avance



Vendredi dernier, j'ai eu du mal à tirer les garçons du lit (comme d'habitude), mais je savais que, pour le reste du mois, j'avais en main le levier qui les éjecterait de leur couette rapido presto dès poltron minet.
- Vous savez quel jour nous sommes?
- Vendredi.
(même ensommeillé, le grand garde ses repères)
- Oui, mais pas n'importe quel vendredi ...
Il calcule vite.
- Oh, c'est le premier décembre ...
Il lui semble bien que cette date a quelque chose de spécial, mais il ne se souvient plus vraiment quoi. Il s'assied dans son lit.
- Qu'est-ce qu'on commence, le premier décembre?
- Ah, le calendrier en avance!!!


L'année dernière, nous avions fait notre calendrier de l'avent nous-mêmes.
[Ah, voilà, c'est donc comme cela que nous avions occupé nos vacances de Thanksgiving ... Ma mélancolie cette année, mon impression de n'avoir "rien fait", d'avoir trop trainé, vient certainement du fait que je n'avais pas de projet. L'année dernière, en plus du magnifique calendrier de l'avent auquel ils avaient participé tous les deux - découpages et collages, écriture des chiffres, je m'étais seule chargée du ressemblissage des pochons en papier - , nous avions trouvé le temps de faire des bonhommes en pain d'épices. Qu'ai-je fait de mon temps cette année?]
L'élaboration de ce calendrier fait maison (ça se voit, non, qu'il est fait maison?) nous avait occupés pendant un bon moment. Et, évidemment, il n'était pas tellement réutilisable après le 25 (pas très solide, tendance à tomber en morceaux ...) Après Noël, au détour d'une de nos très rares incursions dans un centre commercial (j'ai une aversion tenace pour les malls et leur odeur de graillon), j'ai trouvé un calendrier de l'avent perpétuel, en soldes. Une merveille, le concentré de mes rêves de petite fille, entre la boîte aux trésors et la maison de poupée. Je n'ai pas résisté.



Les garçons l'ont découvert vendredi, ont ouvert la petite porte du 1 pour en sortir une mini-construction lego - un elfe assis sur un paquet cadeau. Joie, ravissement, construction. Puis, Paolo a commencé à tourner autour du calendrier en demandant ce qu'il y avait derrière les portes, surtout derrière la grande, celle du 25. J'ai averti: si vous ouvrez une porte qui n'est pas celle du jour, tout disparaîtra, c'est magique! Ils ont promis.
Quand j'étais en train de me brosser les dents, un oeil sur la montre - 4 minutes avant de sortir de la maison, 7 minutes avant l'arrivée du bus -, Paolo tout déconfit est venu me voir: Il n'y a rien derrière la porte du 25. Rien. Ah. Je t'avais prévenu, si tu ouvres une porte en avance, tout disparaît. Paolo, désolé:
- Mais ça reviendra? Le bon jour, ça reviendra?
- Je ne crois pas. C'est magique, tu vois. Il ne faut pas contrarier la magie.
Le grand, furieux:
- Tu vois ce que tu as fait!
Je les ai rassurés: peut-être que, s'ils n'ouvraient aucune autre porte en avance, le cadeau du 25 reviendrait.
N'empêche, j'ai été inspirée de ne mettre qu'un cadeau à la fois. Maintenant, il va falloir que je me souvienne de mettre mes petits bidules chaque soir, avant d'aller me coucher. Parce que sinon, s'ils perdent foi en la magie, c'est moi qui suis perdue ...

Sunday, December 03, 2006

Dimanche 3 décembre: Bientôt ...


Encore une (moi) qui aime plus les préparatifs que la fête ... J'adore les vibrations, les senteurs, les lumières qui précèdent Noël. J'adore les catalogues, les idées de cadeaux que je ne note pas et que j'oublie, le rituel du chocolat chaud (que je ne bois pas, mais dont l'odeur me met le coeur en papillotte), les chansons-scies des magasins, les bonhommes de pain d'épices et même mes tentatives pour "manger léger" avant les fêtes (je n'y arrive jamais). J'aime que le grand se souvienne des histoires et des chansons des années précédentes, et que Paolo ait l'air de les découvrir à chaque fois (non, cette année il se souvenait quand même de "Petit Papa Noël". Juste ces mots "Petit Papa Noël", et le reste, il m'a obligée à le chanter encore et encore, un peu plus faux chaque fois).
Je suis en période pré-fêtes, j'ai des loupiottes plein les yeux et des guirlandes dans les cheveux!