Friday, October 19, 2007

Pirates

Dans toute réunion de pirates qui se respectent, il y a une chasse au trésor. Un dimanche de début octobre, donc, pour fêter les 7 ans de Paolo, une horde de pirates sauvages a envahi notre jardin et a participé à une chasse au trésor des plus palpitantes (ça aurait pu mal tourner, un petit malin qui à l'origine n'était même pas invité d'ailleurs, s'est mis en tête de dénicher tous les messages secrets avant le début du jeu. Il s'est fait engueuler par le Capitaine Foulard Rouge, et j'ai remis en place les indices pendant que les pirates se livraient à une bataille de boulets de canon - durant laquelle le même gamin a triché, ce qui a mis Paolo en rage et l'a fait pleurer).


C'était la première fois qu'il n'y avait pas d'invitées à l'anniversaire de l'un des garçons. Depuis qu'ils sont tout petits, ils ont toujours invité des filles à leurs anniversaires. Mais cette année, le changement d'école nous a posé un nouveau problème: en effet, dans cette école privée, on lutte contre l'exclusion et la discrimination. Toute la classe doit donc être invitée aux fêtes d'anniversaire. Ou, du moins, tous les garçons. Ou toutes les filles. L'homme a abolument refusé d'inviter 16 gamins (+ Dudie + le meilleur copain de Dudie + les fils d'une amie + un copain de Paolo de l'année dernière ... C'est vrai que ça commençait à faire nombreux). J'ai eu la tentation de me révolter contre cette règle qui, sous ses dehors bien-intentionnés, reflète en fait une discrimination flagrante (il faut avoir les moyens, l'espace et le porte-monnaie adéquats pour accueillir un vingtaine de gamins à chaque anniversaire!), mais je travaille dans cette école, ce ne serait sans doute pas bien vu de ruer dans les brancards... De plus, comme me l'a fait remarquer l'homme avec sagesse, Paolo serait certainement celui qui souffrirait les conséquences de mon "inconduite". J'ai donc renoncé à ajouter les noms de trois ou quatre petites filles à la liste des invités (ce que Paolo n'a pas compris). Et, vraiment, une fête sans fille, ce n'est pas pareil. Même si mes garçons ont une prédilection pour les Tom Boys (filles garçons manqués), je trouve que le mélange apportait toujours un élément d'équilibre, voire de calme, qui a manqué cette fois. Sans piratesse, trop d'énergie sans relâche, nous avons fini la journée épuisés. Et ils ne sont restés que deux heures!

Un indice.

Un indice dans l'arbre creux (le voyez -vous?)

Un indice dans la boîte aux lettres.

La carte au trésor a été trouvée dans la cabane de la sorcière.

Le trésor enfoui...

Le trésor découvert!


Et l'heureux pirate devant le gâteau fait par son Papa pirate (j'aurais aimé copier un gâteau de Myosotis, mais il a insisté pour faire le sien. Il a sans doute eu raison, je n'aurais pas réussi à faire quelque chose d'aussi abouti que la fée patissière Myosotis)






Wednesday, October 17, 2007

Le pire du lundi

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Le pire du lundi, c'est le dimanche soir.
Forcément, forcément, parce que j'ai passé un trop bon week-end, je l'ai payé avec un lundi horrible. Oui, je sais, il est temps que je débarrasse de ce vieux réflexe judéo-chrétien (hérité d'où, d'ailleurs?) qui me donne à penser que tout plaisir se paye chèrement...

Le pire du lundi, c'est le dimanche soir. Quand on se rend compte tout d'un coup de tout ce qu'on n'a pas fait et qu'il faut terminer pour pouvoir commencer la semaine. Le linge à plier. La paperasse à remplir. Les leçons à préparer. Les interros à finir de corriger. Et brusquement, la fatigue tombe comme un couperet, mais il FAUT finir tout ça. On s'y met jusque tard. On finit toujours par sacrifier quelque chose (la paperasse toujours, les corrections parfois, le linge souvent), mais les programmes de la semaine doivent être faits pour chaque classe.
Et puis... Et puis les toilettes se mettent à ne plus fonctionner. On remet au lendemain. Mais le lendemain arrive vite, à 4 heure du mat', l'homme essaie de bricoler ces fichues toilettes, va se recoucher, je prends le relais, il se relève, va chercher sa boîte à outils, et nous voilà en train de démonter le meuble qui empêche un accès facile aux maudites toilettes. Evidemment, Dudie se réveille, vient voir ce qui se passe, ne repart se coucher que lorsque je lui ai promis de le réveiller à nouveau à 5 h pour qu'il ait le temps de lire avant l'école. L'homme abandonne le bricolage, va chercher un seau pour remplir manuellement la cuve qui refuse de le faire toute seule.
Il décide de partir un peu plus tôt que d'habitude, et je repars me coucher pour une petite demi-heure. C'est bien sûr le moment que choisit Dudie pour se relever. De sous ma couette, je crie: "Repars au lit!", il s'informe "Il n'est pas encore 5 h?". Quand il s'aperçoit que je ne rigole pas, il se recouche une fois de plus.
Et quand, à 7 heures, j'essaie de les décoller de leurs lits, pas moyen.
Et ce n'est que le début. Toutes ces petites choses qui peuvent transformer un banal lundi en une journée de plomb qui pèse et n'en finit pas... Par exemple, la tache de yaourt sur la jupe dont on ne s'aperçoit qu'au moment de franchir la porte (jupe remplacée, après un long farfouillage dans le placard, par une autre dont je me suis rendu compte, à 2 heures de l'après-midi, qu'elle avait un petit trou, heureusement pas trop visible). Ou la mère d'élève qui fait les 100 pas devant mon bureau en demandant à tout le monde si je vais finir par arriver (comme ça, tout le monde sait que je suis en retard) et qui me saute dessus pour m'extorquer un rendez-vous à propos du programme d'été auquel elle veut inscrire son fils (et l'inscription doit impérativement être faite avant le 1er novembre, selon elle). Ou ma chef qui nous sort en réunion un article de 13 pages que nous étions censés avoir lu et que nous devons à présent résumer... Ou le réparateur de toilettes (Bless his soul!) qui, bien que muni de la clé, n'arrive pas à rentrer dans la maison (nous n'utilisons jamais la porte de devant, elle ne marche pas bien), et plutôt que faire le tour de la maison, s'en va. Et je dois courir chez moi pour ouvrir toutes grandes les portes en espérant qu'il reviendra...

Le pire du lundi, c'est le dimanche soir. Mais, certaines semaines, le mardi a des airs de lundi. A croire que la nuit est passée inaperçue et qu'on continue sur la même lancée...

[Photo: une petite égarée, venue de nulle part se poser sur mon lit. Le temps que j'approche mon appareil photo, elle a repris sa route, portant ailleurs sa petite mission d'espérance...]

Saturday, October 13, 2007

Samedi matin

.Mes plans pour aujourd'hui ont été bouleversés sans avertissement préalable. Au fond, je suis bien contente d'avoir pu dormir ce matin, d'avoir pris mon temps et lézardé au soleil, d'avoir lu télérama (au lieu de préparer mes Programmes de la semaine pour chacune de mes 5 classes). D'avoir petit-déjeuner à rallonges, et de m'apprêter à emmener Paolo à la bibliothèque et à la boulangerie.
[Bah oui, pour vous Européens, aller à la boulangerie, c'est aussi anondin que se brosser les dents - voire parfois une corvée. Oui mais ici, aller à la boulangerie, c'est une petite fête qu'on s'offre une fois la semaine (deux les semaines fastes, vu le prix des pains au chocolat...), d'ailleurs vous avez remarqué que j'ai parlé de LA boulangerie, il n'y en a qu'une dans ma petite ville et puisse-t-elle y rester pour toujours...]

Je suis donc plutôt contente d'échapper à une journée entière de visites de maisons, coincée dans la voiture de l'agent immobilier entre deux zozos équipés de game boys. Mais je n'aime pas qu'on me change mes plans à la dernière minute et je râle pour la forme. [L'homme est parti, je peux arrêter de râler.]

Hier soir, je me suis encoucougnée dans des couvertures très récemment sorties du placard (début d'automne oblige), avec la fin de mon verre de vin, une tisane pour prendre la suite, 4 carrés de chocolat décadent à l'orange et aux épices, et, événement extraordinaire qui ne m'était pas arrivé depuis le printemps dernier, j'ai regardé un film (Molière, pas mal, quoique Romain Duris ne m'ait pas vraiment convaincue. Lucchini, en revanche, est excellent). Vous savez quoi? Je devrais faire ça plus souvent.

Tonalités de mon week-end: automnales.
Je vous en souhaite un tout aussi tranquille et rempli de petits plaisirs.


Friday, October 12, 2007

Not here

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Tired, sick and overworked. J'ai du mal à finir la semaine. Comme une rengaine: pas le temps, pas le temps, pas le temps... Et nos quiz, Madame? Vous n'avez PAS ENCORE corrigé nos quiz? Mais, ça fait DEUX jours!! Maman, tu m'avais promis qu'on ferait le jeu des fossiles, tu avais promis! Veuillez s'il vous plaît nous envoyer les rapports de mi-trimestre aux parents des élèves en difficulté avant demain matin 9h. Viens jeter un coup d'oeil à cette maison. Je demande à tous les membres du département de langue d'aller observer la classe d'un collègue. Avez-vous tapé les notes que vous avez prises à la réunion? Madame, je souhaite vous rencontrer au plus vite pour parler de l'inscription de mon fils à un programme d'immersion en français l'été prochain.

AAAAAAHHHH!!

Je suis comme le ballon coincé dans l'arbre (le voyez-vous?), mais je vais redescendre bientôt. Après tout, le week-end, c'est bien connu, c'est fait pour rattraper tout ce qu'on n'a pas pu faire dans la semaine, autrement dit pour bosser, bosser, bosser.
(Mais, heu, ce week-end j'ai d'autres projets...)

Sunday, October 07, 2007

Réticence

.Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure? Cela voudrait-il dire qu'il vient toujours à la bonne heure? Le bonheur est-il ponctuel? J'ai cru toute ma vie le contraire. Quand tout semblait prêt, quand les planètes de mon ciel nuageux s'alignaient, quand la piste était dégagée, je sombrais immanquablement dans la gluante déprime. Sans raison apparente, c'est là le pire. C'est à peine si je pouvais mettre un pied devant l'autre, plombée par un tenace désespoir. Alors quant à courir dans le pré, il ne fallait pas y songer... La bonne heure était arrivée, et moi je n'était pas là au bon moment.

Je m'étais donc résolue à tourner la tête de l'autre côté, à chaque fois que j'entrevoyais un petit bout de bonheur pointer son nez. Ne jamais me croire heureuse, sous peine de voir se dissoudre ce petit éclat dans le gris de mes jours. Je me souviens même d'avoir marché les yeux fixés sur le trottoir, un jour somptueux de juin, pour ne pas me laisser envahir par un trop évident sentiment de bien-être. Je jouais à cache-cache avec moi-même, tentais de tromper ma conscience à l'affût. Non, je ne suis pas heureuse, ne cherche pas à me prendre ce que je n'ai pas.

Et puis voilà, un jour, je suis arrivée en retard. Toutes sortes d'obstacles en travers de mon chemin. Et je suis tombée sur mon bonheur par hasard, par accident, tellement abruptement que je ne l'ai pas reconnu. Le temps que je m'en aperçoive, il était trop tard, je m'étais accoutumé à lui, je ne pouvais plus m'en passer. L'heure était passée de feindre. J'ai essayé de le secouer, de le détacher de moi. Mais il était autant accroché à moi que moi à lui. Il m'a fallu beaucoup de temps pour cesser d'avoir peur. Je ne suis toujours pas sûre d'y être parvenue. Mais finalement, je me suis offert la liberté d'être heureuse, même un peu, même au risque de le payer par des jours et des jours de chagrin. Non, le bonheur n'est pas ponctuel, il arrive quand ça lui chante. Je guette désormais sa petite chanson.


[Voici ma dernière (hélas) participation au Sablier d'Automne de Samantdi et Kozlika]

Friday, October 05, 2007

Technicien en profondeur

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Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi. Je lutte contre l'ennui et l'agacement. J'ai réitéré hier ma demande d'être réaffecté en bas, et on m'a poliment, une fois de plus, opposé une fin de non-recevoir. J'ai discrètement farfouillé dans mon dossier, profitant des bureaux évacués en raison d'une célébration quelconque ("pot d'adieu"?). Je ne crois pas un instant à cette histoire de limite d'âge, ni aux arguments faisant référence à des conséquences irréversibles sur mon oreille interne. J'ai envie de hurler: POUR CE QUE J'EN FAIS, DE MES OREILLES!

Mais je me contiens, comme d'habitude. Je me tais, me fais discret. Je n'ai pas perdu l'espoir de retourner en bas.

C'est ironique, quand on y pense, ce manque qui a envahi tout mon être, parce que, enfant, j'avais une peur terrible de l'eau (de quoi n'avais-je pas une peur terrible, d'ailleurs?) Pas moyen de m'immerger. Et puis, un jour, ma classe est allée visiter un aquarium. Par un de ces mouvements fluides et sournois, propres aux troupeaux, je m'étais retrouvé tout contre la barrière qui bordait le bassin, tandis que le groupe, se resserrant autour de moi, m'empêchait de m'échapper. Une pression un peu plus forte, un coup de coude brutal, et j'avais basculé dans l'eau. Si j'ai eu peur, je ne m'en souviens pas. Ce que j'ai senti, à ce moment-là, c'est la grande paix du monde liquide. L'étirement du temps dans la lumière moirée. L'apaisement des bruits. Ils ont dû lutter avec moi pour me sortir de l'eau. Les braillements de la surface m'ont rendu malade.

Dès lors, mon chemin était tout tracé. Il fallait que je retrouve ce bienheureux assourdissement. Une fois l'objectif fixé, il ne m'a pas été difficile de l'atteindre. Je suis devenu "technicien en profondeur", un titre bien ronflant pour dire que j'étais chargé de tout genre de réparations sous l'eau. Il faut bien les entretenir, leurs cités flottantes. Elles sont si fragiles... J'ai parfois l'impression d'être le seul à détenir ce secret.

Il m'est arrivé de descendre très bas, dans l'obscurité la plus totale, mais je n'ai jamais eu peur. J'ai travaillé seul, la plus grande partie de ma vie. Ces derniers mois, ils m'avaient transféré aux plateformes intermédiaires, celles des jardins sous-marins. Je n'ai rien contre, même si on y rencontre plus de monde. Mais les jardiniers ne font pas la conversation, souvent même leur bublophone n'est pas branché.

Et finalement, ils m'ont remis en surface. Prétextant une promotion, une rentabilisation de mon expertise et de ma longue expérience... Ils m'ont donné un bureau, une secrétaire et le fardeau de leurs incessantes parlottes.

De toutes façons, je redescendrai. Avec ou sans leur permission. Au fond, ils n'auraient jamais dû me sortir de cet aquarium.


[Ceci est ma troisième participation au Sablier d'Automne de Samantdi et Kozlika]

Thursday, October 04, 2007

Le retour

.Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir. Le moindre mot saisi au vol, dans la rue, est une agression, comme s'il entrait par effraction dans la sphère privée de silence que j'ai patiemment construite autour de moi. Je voudrais qu'ils respectent mon droit à ne pas m'immiscer la vie privée d'autrui. Je voudrais qu'ils cessent d'absorber mon attention par leur conversations-ventouses. Je voudrais qu'ils se taisent.

J'ai vécu deux ans au milieu d'un silence bruissant, chantant, caquetant. Deux ans sans comprendre la langue de ceux qui m'entouraient. Je m'étais habituée à suivre les mains du regard, à scruter les sourires et les signes fugitifs sur les visages. Je n'ai jamais cherché à apprendre la langue des gens qui m'entouraient. Leur bienveillance me suffisait. Ils m'avaient acceptée sans étonnement, et je ne crois pas qu'ils aient essayé de me poser trop de questions. Nous vivions en bonne entente.

Les femmes ralentissaient leurs gestes, pour me permettre de les comprendre. Les enfants me prenaient par la main, pour me guider. Leur babillage infini était immensément reposant. Ils ne demandaient jamais mon attention, ne se plaignaient jamais, ne m'annonçaient jamais rien. Je découvrais les événements, petits et grands, au fur et à mesure qu'ils se produisaient. L'absence d'anticipation avait eu raison de mon angoisse. Le contact répété de leurs mains dans les miennes, sur mon visage m'avaient enfin apaisée. Et même si j'avais fini par décoder, malgré moi; quelques mots usuels, je pouvais toujours choisir de ne pas les comprendre, de n'en garder que les vertus mélodiques.

Le jour où ils sont venus me chercher, très agités, pour me m'entraîner avec force cris et roucoulements jusqu'au téléphone, j'ai compris que la fin de ma retraite auditive était arrivée. Je m'étais retirée du langage, et j'ai eu du mal à m'y retrouver brutalement plongée par une voix familière. Je suis partie, bien sûr, comment faire autrement, retrouver ma vie d'avant, et les adieux n'ont été ni tristes ni émouvants. Ils m'ont saluée de la main, comme si je partais faire une promenade. J'ai laissé la plupart de mes affaires là-bas, comme si j'allais revenir.

Je comprends ce que les gens disent. Pas de doute, je suis rentrée chez moi.


[Ceci est ma deuxième participation au Sablier d'Automne de Samantdi]

Monday, October 01, 2007

Un de ces objets coûteux et délicats

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On m'a prêté aujourd'hui un petit gadget avec lequel j'ai pu faire mumuse durant un peu plus d'une heure. Bien que je n'aie évidemment pas eu le temps de le détailler sous absolument toutes ses coutures, je dois reconnaître avoir pris pas mal de plaisir à le manipuler. Oh, évidemment, avant ça, j'ai eu droit à toutes les remarques du genre "Mais attention, tu vas le casser, tu ne le tiens pas comme il faut, pose ça tout de suite, t'es pas doué pour ce genre de truc...", venant, en grande partie, de mon beauf'. J'ai bien cru qu'il allait m'arracher le bidule des mains, mais évidemment, face à mon mètre quatre-vingt-quinze et ma charpente de rugbyman, il ne fait pas le poids. J'ai quand même attendu qu'il dégage (il avait son sacro-saint match de tennis du samedi matin, à ne manquer sous aucun prétexte). Il est parti un peu en retard, comme à regret, me jetant des regards méfiants, remâchant sa rancune parce je le mettais dans l'obligation d'avoir à choisir entre sa baballe et son nouveau gadget, que je pourrais bien abîmer en son absence. La baballe a gagné, et moi j'ai grimpé d'un cran dans son inimitié.

Avec lui sont sorties quelques personnes annexes et sans intérêt. Il ne me restait plus qu'à expédier ma soeur, ce qui fut d'une facilité enfantine: je n'ai même pas eu à la convaincre. Je lui ai juste donné un coussin, je lui ai conseillé d'allonger ses jambes sur le canapé ("Ah, non, je vais m'endormir!"), et zou, en deux temps trois mouvements, il n'y avait plus personne. J'avais oublié qu'elle ronflait (c'est dire le temps qui s'est écoulé depuis que nous n'avons pas partagé la même chambre!)

Et enfin, j'ai pu tranquillement m'emparer du petit bidule qu'on ne voulait pas que je touche. OK, j'ai dit qu'on me l'avait prêté, ce n'est pas exactement le cas, mais on ne va pas chipoter pour si peu, non? Le fait est que j'étais seul, et tranquille, que ce machin tout neuf était là, sans personne d'autre que moi pour le prendre en main et que ne retentissait dans mes oreilles aucune admonestation menaçante, aucun avertissement de mauvaise augure.

Alors, oui, durant un peu plus d'une heure, j'ai observé, j'ai manipulé (dans mes grosses pattes) cette mécanique fragile, j'ai joué avec. Rare sentiment de toute puissance et d'immense magnanimité. D'un geste, d'un demi-geste même, j'aurais pu le briser. Mais ma grande force tient dans cela même que je sais la contenir. Dans mes mains, dans mes bras, contre moi, jamais sans doute cette petite chose informe n'a été plus en sécurité. J'aurais aimé passer plus de temps à en étudier les rouages subtils, à peine ai-je eu le temps de découvrir les boutons qu'il faut pousser pour obtenir quelques réactions: grincement plaintif (à éviter), ronronnement de moteur bien huilé, mise en route d'un système d'aspiration étonnamment puissant pour une si petite machine, mise en veille ... J'étais en train d'expérimenter cette dernière fonction, quand le propriétaire du gadget a surgi à l'improviste. Il s'est mis à hurler: MAIS QU'EST-CE QUE TU FAIS, POSE-LE TOUT DE SUITE. Évidemment, la réaction ne s'est pas fait attendre, le fragile appareil a instantanément déclenché son système d'alarme et nous a vrillé les oreilles de ses sirènes sur-aiguës. Ma soeur, brutalement arrachée à son sommeil bienheureux, a fixé sur la scène ses yeux ahuris, et par réflexe, avant même d'essayer de comprendre de quoi il s'agissait, elle m'a pris des mains l'engin vibrant, émettant des sons insupportables, et prêt à exploser.

Je me suis levé, et je me suis dirigé vers la porte. Je suis peut-être un ours, mais je sais disparaître quand ma présence devient indésirable. Mais quand même, je n'ai pu m'empêcher de me retourner, au moment de sortir. "Ne me remerciez pas de m'être occupé de lui pendant une heure, c'est tout naturel." Le légitime propriétaire a failli en avaler sa raquette de rage. Il s'est mis à vitupérer en crachotant un peu (on perd souvent sa dignité en perdant son sang-froid), mais je n'écoutais pas ses insultes vulgaires, ni ses menaces, ni ses interdictions de remettre mes pieds chez lui. Je regardais la petite boule de colère dont toutes les aiguilles étaient passées dans le rouge. Sans même y penser, j'ai fait demi-tour, et j'ai tendu les bras vers ma soeur. Elle m'a regardé, a hésité une seconde, puis m'a tendu son fils. Je l'ai à peine tenu dans mes bras, j'ai à peine fait quelques pas qu'il s'est apaisé. Son soudain silence a déstabilisé son père et lui a coupé la chique. Quelques instants sans autre bruit que celui d'une petite bouche mouillée qui tête un poing minuscule (je sais désormais comment établir la connexion appropriée main-bouche). Je l'ai gardé un peu, et puis je le leur ai rendu, même si j'aurais aimé qu'on me le prête un peu plus longtemps. Don't push your luck, je me suis dit. Le géniteur a jeté un coup d'oeil pour vérifier que son nouveau joujou n'avait subi aucun dommage, qu'il n'en manquait aucun morceau, puis il est allé prendre une douche, évitant du même coup de devoir se livrer à la délicate manœuvre des au revoirs, et, possiblement, des excuses. Ma soeur m'a suivi jusqu'à la porte. Je me suis penché pour respirer encore l'odeur chaude, un peu acide, un peu douce de mon petit neveu dans ses bras. Elle a hésité, a failli me dire quelque chose, puis elle a secoué la tête et a refermé la porte. Et moi, je suis parti avec dans les muscles de mes bras la sensation nouvelle d'un poids à nul autre pareil.


[Ceci est ma participation au Sablier d'Automne de Samantdi...]

Wednesday, September 26, 2007

Publicité

Quand j'ai vu que Ron me faisait gentiment de la pub, l'autre jour, j'ai été prise dans un tourbillon contradictoire, comme le jour où je me suis aperçue dans la colonne de droite, chez Christie: d'une part l'euphorie d'être reconnue, d'être lue, d'être citée, dans ces blogs à haute visibilité; d'autre part, la terreur d'être reconnue, démasquée, par quelqu'un de mon entourage, quelqu'un qui me connaît. Personne ne sait rien de ce blog - sauf vous, qui me lisez et et ne m'avez jamais (à une exception -notable- près) jamais rencontrée!
Je redoute que l'homme le découvre un jour. Cela le plongerait dans une fureur sans pareille, je ne crois pas qu'il me pardonnerait. Un jour, ce blog disparaîtra sans laisser de traces.
J'écris avec lui dans la pièce à côté, lui endormi, lui dans le jardin, lui qui joue de la guitare. J'ai toujours un écran sur lequel me sauver, si j'entends ses pas.

Plusieurs fois, j'ai hésité à révéler l'existence de mon jardin secret à deux personnes qui me sont proches, et auxquelles je tiens beaucoup. Et chaque fois, j'ai renoncé avec détermination. J'ai le sentiment que cet endroit n'aurait pas lieu d'être s'il était ouvert à ceux qui me connaissent. Ce n'est pas seulement que je crains le poids de leurs jugements (quoique je sois très sensible sur ce point-là...); c'est aussi que ce lieu est le seul où je puisse m'exprimer, me lâcher sans en souffrir les conséquences dans mes relations avec ceux qui m'entourent. Peut-être un jour en payerai-je le prix fort ... (voir plus haut) Mais en attendant, je me cocoone dans le nid des relations tissées au hasard des cyber-vagabondages, un petit coin confortable, pas trop (mais bien!) fréquenté, où je sens la bienveillance rayonner (Gare aux trolls! Je vais me jinxer en me congratulant ainsi sur la douceur des échanges bloguesques...)

Il y a des jours où je sens la vacuité d'une telle entreprise, des jours où l'à-quoi-bon me démange d'appuyer sur Delete this blog. Des jours où je m'en veux d'exposer ma famille, mes enfants, de les mettre en danger peut-être. Des jours où je me reproche de passer trop de temps à me contempler le nombril (1) (et que suis-je en train de faire, à l'instant même? Hum...)
Mais c'est trop tard, je suis accro à l'écriture. J'aurais du mal à m'en passer, maintenant.

A vous qui passez par ici venant de chez Ron (que je salue, par ailleurs), welcome to my cosy, itchy, bitchy, emo, self-centered world! Si vous ne vous y plaisez pas, passez votre chemin, mais sinon, prenez donc une chaise, ne restez pas debout comme ça!



(1) J'ai essayé, dans une tentative précédente, de me décentrer, de parler de choses et d'autres, mais je ne suis pas très douée pour ça, j'en ai peur. Je reviens toujours à moi.

L'âge des raisons

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Paolo, au téléphone avec son grand-père:

"... Oui. Et aussi, j'ai l'âge des raisons."

Je suis tout près de lui, j'entends la voix de mon père qui lui demande:

"Ah, ça va dire que tu es devenu sage?
- Non.
- Non?
- Non, ça veut dire que j'ai des raisons.
- Des raisons?
- Oui, j'ai des raisons pour tout.
- Tu as raison, mon minou, il vaut mieux avoir de bonnes raisons ...
- Oui, j'ai des raisons, et en plus j'ai raison. J'ai 7 ans."

O, mon petit amour. Mon déraisonnable. Comme souvent, il a tout dit, avec simplicité.

Tuesday, September 25, 2007

Moi aussi, je l'ai vue...

.Moi aussi, comme Maurine, comme Myosotis, j'en ai admiré la rotondité ... D'un bout à l'autre du monde, elle s'est laissé voir, la belle. Et moi, ce soir-là, je l'ai pêchée, pour l'offrir à mon petit garçon, qui la demande parfois, mais l'obtient rarement. Il avait 7 ans tout neufs, ce soir-là, et étrennait l'âge de raison avec sagesse, alors que diable, je pouvais bien lui offrir la lune!

Sunday, September 23, 2007

A moitié dupe

.Posée sur un banc pendant trop longtemps, j'étais à deux doigts, ce soir, de laisser tomber ce projet de maison. Balancer l'eau du bain, le bébé et la baignoire (et les allitérations, parce que y en a marre des effets de style).
Et puis, comme toujours, j'ai battu en retraite.

Posée sur un banc pendant trop longtemps, figée dans ma colère et mon ressentiment (et immobilisée par l'impossibilité de rentrer tout de suite), j'ai regardé passer le monde. Le monde, dans mon coin de l'univers, c'est la tranche dorée de la population américaine, assez uniformisée pour que je n'aie pas besoin de l'observer en détail. Sur cette place, le samedi soir semble pré-enregistré. Je reconnais les profils de gens que je n'ai jamais vus. Me dégoûte brusquement ce qui rendait charmante ma petite ville provinciale.
Ce n'est pas la première fois que je vois le carton-pâte de ma vie ici. Mais comme chaque fois que ça m'arrive, je broie sérieusement du noir, je ne sais pas vraiment quand je dois me croire. Je crois que je me leurre de tous les côtés.

J'ai fini par me lever et rentrer chez moi.



Friday, September 21, 2007

Une vieille connaissance

Revenue, ma vieille fatigue. Il ne lui a pas fallu longtemps pour se réinstaller, et se sentir chez elle. Elle a tapissé mes murs d'impatience, de maux de tête, de taches sombres baladeuses. Je n'ai eu qu'à la saluer et m'incliner pour la laisser passer. Je sais trop bien que je ne gagnerai pas avec elle: mieux vaut m'en accommoder.
Revenue, et chaque année un peu plus lourde - elle vieillit elle aussi. J'ai du mal à reconnaître celle qui me donnait des vertiges à la limite de l'ivresse, après une nuit blanche à finir une dissert', en prépa. J'aimais alors la netteté incroyable des contours des choses et le flou des visages, dans le petit matin qui était tout entier à moi. La nuit ne m'avait pas bercée, et ma petite lucidité me faisait tourner la tête.
On en est bien loin, maintenant. Les cernes ne me vont pas.
Revenue, et je l'adopte, encore une fois, parce que malgré tout j'ai besoin de temps. Temps volé sur mon sommeil bienaimé, temps perdu, gaché, nécessaire pourtant. Je ne crois pas qu'un jour j'aurai besoin de moins dormir.
Allez, ma fatigue, nous sommes vendredi soir, allons nous coucher tôt, sans remord d'avoir laissé en plan quelques bricoles inachevées. Demain, samedi, est mon jour préféré. Je n'ai pas fait la sieste depuis belle lurette, mais, qui sait? Je sacrifierai peut-être au rituel de l'après-midi ensoleillée, pour mieux recommencer une autre semaine, avec toi à mes côtés.


Tuesday, September 18, 2007

La main

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Parfois ils me donnent la main. Souvent, je la leur prends. De temps et temps (et de plus en plus souvent), je sens leurs petits doigts qui se glissent, se tortillent, s'anguillent pour se dégager de la mienne. Ils veulent "marcher seul". Je laisse faire le grand, retient encore un peu le petit (surtout quand on traverse la route). Je sais qu'ils vont bien vite marcher seuls devant moi, puis sans moi.

Parfois, je marche à côté de mon grand garçon, sans le toucher. Juste à côté, au même niveau. Il me parle, il veut mon attention toute entière, alors, même sans y penser, il met sa main dans la mienne. Il est suffisamment grand maintenant pour que ce simple geste, anodin il y a peu, fasse crépiter en moi des étincelles d'émotion. Je suis, après tout, une grande sentimentale.

Saturday, September 15, 2007

;oney ;oney

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La saison a repris. Hunting season. House hunting season...
Nous avons fait notre première sortie, ce samedi matin. 4 heures de visite, et un gros démoral en rentrant. Nous avions oublié combien les maisons paraissent plus belles, plus grandes et moins chères sur ordinateur. Quand on se rend sur place...
Bien sûr (l'homme et l'agent immobilier lèvent les yeux au ciel, synchro), je suis immédiatement tombée amoureuse de la plus improbable de toutes celles que nous avons visitées. J'ai du même coup battu mon record: la plus vieille de mes séductrices n'avait que 175 ans. Cette maison-là affichait fièrement 200 ans au compteur. Et elle avait le charme qui allait avec. La double cheminée qui ouvre à la fois sur la cuisine et la salle à manger. Le plancher en pente au premier étage. La pièce de devant illuminée par ses hautes fenêtres. Sa façade en bois peinte en vert foncé. Aaaaahhhhhh.
Bon, bien sûr, dans la cave, tous les tuyaux sont en amiante (comment l'homme peut-il repérer ça du premier coup d'oeil?). Bien sûr, deux des trois chambres sont minuscules, c'est à peine si on peut y caser un lit une place. Bien sûr, il n'y a pas de place pour garer la voiture, et dans la rue, le parking est limité à 2 heures. Bien sûr, il faut refaire la salle de bains et moderniser toute l'électricité... OK, OK. Je comprends.
Mais quand même, pensez-y, c'est en plein centre-ville, on peut aller à pied jusqu'au café, et il y a un restau italien juste en face!

Retour morose à la maison. Nous sommes démoralisés (et affamés). Les garçons, qui nous ont suivis, game-boy en main, et ont été très sages toute la matinée, nous interrogent sur les prix, les "possibles", les raisons de nos hésitations. Ils ont d'ores et déjà choisi la dernière que nous avons visitée, la plus grande, et ils voudraient savoir pourquoi nous ne l'achetons pas tout de suite. L'homme fait la liste de tout ce à quoi nous devrions renoncer pour l'acquérir: l'école privée, les activités extra-scolaires, les sorties au resto, et surtout, surtout, les voyages en France. Ah, forcément.

Cette histoire d'argent (manquant) a dû les travailler toute l'après-midi. Ce soir, ils ont tous les deux décidé, chacun de leur côté, de renflouer leurs finances. Evidemment, c'est à leur parents qu'ils tentent de soutirer des sous... Dudie a mis tout son art dans la réalisation de deux dessins/cartes (Garr-lonn Dragon, Attack 3 000, Defence 0; et Golden Leader of the Golden Armor, Attack 2 000, Defence 50 000), qu'il m'a vendus pour 75 cents (j'ai négocié, il voulait les vendre à 50 cents chaque).


Paolo a créé une boutique, et il a étiqueté un certain nombre d'objets avec des prix exhorbitants (la boîte de kleenex - entamée - vaut 42 $). Son père lui en a acheté deux ou trois, à 25 cents chaque. Comme ces objets lui appartenaient déjà, il n'a eu aucun mal à leur trouver une place.

[Le titre est le résultat de mon va-et-vient entre clavier français et américain. J'ai failli corriger, et puis j'ai trouvé que c'était plus rigolo, et je l'ai laissé tel quel. On dirait des petits bonhommes à gros nez avec une cravate de travers. ]

Thursday, September 13, 2007

La ronde des petits matins

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C'est bel et bien reparti ... les petits yeux, des matins grincheux jusqu'aux multiples réapparitions bien après l'heure officielle de l'endormissement.

C'est tellement dur (pour moi qui aime tellement dormir) d'arracher mon Paolo à l'étreinte de son oreiller. Eyes close shut, serrés comme ceux des nouveaux-nés, il murmure d'une voix embrumée "Encore deux minutes". Mais si je le tire de son lit manu militari, il perd sa mollesse de bébé et devient une furie, lutte contre moi et envoie tout balader. Je suis (pour l'instant) plus forte que lui, et comme je lui bloque le chemin du retour vers le bienheureux enfouissement dans le sommeil, il suffoque de rage et de chagrin: "Mais pourquoi je dois me lever?..."

Je récite la comptine des matins: il est l'heure de se lever, nous ne voulons pas être en retard à l'école, qu'est-ce que tu veux pour le petit déjeuner? ("RIEN!!"), as-tu bien dormi? ("NON!!), tu as vu, il pleut, tu veux mettre ton T-shirt rouge?, j'ai retrouvé ton doudou bleu...

J'essaie de le distraire de son sommeil, de l'arracher à sa brume et je le pousse gentiment hors de la chambre. Il se jette rageusement sur le canapé et je l'y laisse un moment décanter sa sortie de la nuit. Je prépare les petits déj, je discute un peu avec le grand, je fais chauffer les gamelles pour les lunch boxes, je repasse parfois. Il finit par arriver dans la cuisine et s'effondre sur sa chaise. Son frère a déjà fini, il est parti lire dans le salon et feint d'ignorer mes injonctions répétées (Lave-toi les dents-les mains-le visage!).

Mon Paolo a posé sa tête sur ses bras croisés et fermé les yeux. Il ne veut pas déjeuner, il ne veut pas boire son jus de pomme; il veut juste dormir.

Je ne me fâche pas, je ne crie pas, même si je vois l'heure tourner et mon inquiétude quotidienne du départ pour l'école commencer à me vriller l'estomac. J'ai posé deux "vitamines" à côté de son verre, il n'en veut pas, il ne veut pas entendre parler du calcium qui rend les os solides. "Ce n'est pas important, les os solides, ce qui est important, c'est la peau qui doit être solide". Quand même, il mange la moitié de sa banane et il finit son jus de pommes en m'écoutant expliquer qu'avoir les os solides, c'est quand même un avantage (rapport aux jambes cassées, par exemple, qui empêchent de faire plein de choses intéressantes comme courir ou jouer au foot).

Le temps s'accélère, j'expédie le petit dej, ce soir la vaisselle, et j'entraîne Paolo vers le débarbouillage. Je vérifie au passage celui de Dudie ("Tu veux bien me rebrosser ces dents, et ne me dis pas que tu y as passé 2 minutes, je ne te crois pas!")

Paolo s'habille pendant que je finis de me préparer. Il vient frapper à la porte de la salle de bain. Il veut savoir si les vitamines, on peut les sucer. Oui. Mais est-ce qu'on doit les sucer, ou on peut les croquer? Tu fais ce que tu veux, si tu les croques, ça va plus vite, mais c'est toi qui vois.

Mon petit discours sur les jambes cassées a fait son effet à retardement.

Le temps que je fignole les derniers détails, ils sont prêts tous les deux, harnachés dans leurs cartables et ils ont déjà commencé à discutailler pour savoir qui fermerait le garage. Ils ont tous les deux les yeux grand ouverts, bien réveillés, la journée commence. Moi, j'ai l'impression d'avoir déjà beaucoup fait. Chaque matin, petite victoire, nous sommes prêts à temps (ou presque). Chaque matin, mes petites négociations avec le temps qui passe et me bouscule. Je sais que je n'aurai pas tous les jours la même patience, les laisser suivre leur rythme et m'arranger pour les faire marcher au même pas que moi en même temps.

Nous partons à pied vers l'école.

Friday, September 07, 2007

Rentrés

C'est reparti...


Les devoirs, la fatigue, la course contre la montre, les difficiles réveils et les matins grognons...
Mais plus d'attente à l'arrêt de bus: cette année, les garçons ont changé d'école, et c'est tous les trois ensemble que nous prendrons quotidiennement le chemin des écoliers (à pied), puisque cette année, pour la première fois, nous fréquenterons le même établissement. Les écoles privées américaines ayant la particularité d'être (financièrement) inaccessibles aux enfants de leurs enseignants, nous avons longuement hésité. Et puis, comme nous croyions (dur comme fer) que nous allions acheter une maison et nous retrouver emberlificotés dans des problèmes d'horaires impossibles si nous inscrivions les garçons à l'école locale, comme mon école nous a donné un sérieux coup de pouce, comme j'ai décidé de travailler plus pour gagner plus (aaarrrrgh!), ils ont donc fait leur rentrée, en même temps que moi, mercredi. Et, pour l'instant, ça se passe plutôt bien. Pourvu que ça dure...

Wednesday, September 05, 2007

Un samedi selon mon coeur

Il y a des jours comme ça où tout glisse. Tout se déroule comme prévu, avec une facilité extrême, presque déconcertante (j'attends toujours le moment où tout ça va se casser la gueule, il n'est pas possible que tout se passe si bien...) Bien sûr, je sais que c'est une question d'état d'esprit tout autant (plus?) que de chance. Le hasard mérite qu'on lui fasse confiance. Je dois être un peu trop viscéralement sceptique, mais ces jours-là m'arrivent bien peu souvent. Et j'apprécie d'autant plus.

Samedi, j'avais l'impression d'avoir décroché une étoile. Tout, depuis le matin, depuis le moment où je me suis levée tôt, sans effort, avant tout le monde, jusqu'aux petites heures qui m'ont vue regagner mon lit fourbue et rayonnante, tout est allé dans mon sens. Même le timing, qu'en général je ne maîtrise pas du tout, a été respecté. Après les courses matinales (en un temps record), la piscine étincelante au soleil de midi, l'après-midi dans la cuisine, aux fourneaux, la table mise sur la terrasse à la nuit tombée, les invités sont arrivés et la soirée a commencé...
Je l'ai eu, ma fête d'anniversaire, ma pendaison de crémaillère, ma célébration du début d'année! J'ai même soufflé mes bougies (je les ai préparées moi-même, j'ai bien compris après nos discussions qu'on n'est jamais mieux fêté que par soi-même, je m'en souviendrai!)
Les prédictions de l'homme ne se sont jamais réalisées ("Tu ne peux pas inviter ces gens-ci avec ces gens-là, ils ne vont pas du tout ensemble"; "Je vais trop faire cuire le saumon sur le barbecue, et puis avec ces herbes que tu veux y mettre, ça ne va pas aller du tout"; "Tu as fait trop de gâteaux"...) et il a fini par reconnaître que nous avons passé une très bonne soirée ("Mais bon, c'est la dernière avant un bon moment, parce que maintenant ça suffit, enough socializing!") Il a même joué de la guitare devant une audiance attentive (surtout une jeune fille de deux ans et quatre mois, qui, à minuit et demi, s'est mise à danser...)

Je l'ai eue, ma fête, je peux arrêter de bouder. J'ai fini la soirée avec un grand soleil dans le coeur, et même toute la vaisselle à laver n'en a pas assombri l'éclat.

Monday, September 03, 2007

Encore un tout petit peu (d'été)

Après avoir lu ce billet, j'ai eu envie de profiter, profiter, jusqu'à la dernière minute de soleil. Ma saison préférée touche à sa fin...


Friday, August 31, 2007

Back to school (and lust)

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J'ai repris le boulot. Comme chaque année, j'ai cette espèce de bête euphorie, je balade mon sourire débordant dans les couloirs que j'arpente avec un ressort sous les semelles. Je ne sais pas pourquoi exactement j'ai tant la pêche, alors qu'il est très évident que je ne suis pas du tout prête à enseigner. Et, comme d'habitude, la veille de la rentrée, je vais avoir un gros gros coup d'anxiété, limite de la panique, mais je ne vais jamais y arriver, comment vais-je m'en sortir, rien n'est prêt, oh je suis trop nulle, j'aurais dû travailler cet été... J'anticipe, mais cela ne me motive pas plus à me mettre au boulot. Je me connais trop bien, ça en devient lassant de prévoir mes petites défaites et les pentes sur lesquelles, invariablement, je me laisse entraîner.

J'ai repris, donc. Pour l'instant, réunion de profs, écouter, rester assis, prendre des notes. Nous commençons l'année sur les chaises des élèves (pas plus mal, en fait, ça permet de se souvenir et de faire provision d'indulgence).

Constat du jour: il vaut mieux ne pas avoir un beau mec assis juste devant, ça perturbe la concentration. Cette tentation de mettre la main sur son dos, qui revient sournoise, alors que j'essaie de prendre des notes sur le sujet (qui pourtant m'intéresse, contrairement à lui) de la sustainability. La prochaine fois, je me garderai bien de le placer dans mon champ de vision. C'est désagréable de constater combien ce garçon me rend bête.

Friday, August 24, 2007

Ridicule


Je suis assise au bord de la piscine, et je me peins les ongles des pieds. C'est tout à fait inhabituel. J'ai récemment découvert ce petit flacon de vernis à ongles dont j'avais oublié que j'étais l'heureuse propriétaire , et j'ai décidé d'en faire bon usage. Cet été, je me suis mise à porter ces sandales que j'avais achetées l'année dernière à Mimizan pour aller à la plage. Il est tout à fait contre mes principes de porter des sandales (ou de montrer mes oreilles). J'ai décidé il y a belle lurette que mes orteils n'étaient pas montrables. Mes orteils sont ... the opposite of cute toes.
Mais, pour une raison indéterminée (je vieillis et ne cherche plus à séduire personne?), cet été j'ai décidé que dévoiler mes orteils était de l'ordre du possible. Peut-être me suis-je persuadée que personne ne regarde mes pieds (je ne regarde jamais les pieds des gens, moi). Peut-être était-ce ma façon de marquer mon indépendance face aux jugements critiques qui pourraient être portés sur moi. Peut-être qu'il faisait trop chaud pour porter des chaussures fermées.

Je suis assise au bord de la piscine, et je me peins les ongles des pieds, espérant vaguement que la couleur détournera l'attention de la forme de mes orteils. Le résultat n'est pas vraiment spectaculaire. Le vernis déborde ici et là et je me débrouille pour m'en mettre plein les doigts. Je n'arrive pas à empêcher mes orteils de se cogner les uns dans les autres et de partager leur vernis entre eux (évidemment, je n'ai aucun accessoire adéquat pour les maintenir en éventail). La surface de mes ongles est loin d'être polie, il semble que d'étranges grumeaux se soient formés malgré ce qu'affirme l'étiquette sur le flacon.
Je passe en revue d'un oeil critique le résultat si peu satisfaisant. Les garçons sortent de l'eau et me dégoulinent dessus pour attraper leurs serviettes.
- Qu'est-ce que tu fais?
- Ben, tu vois, je me peins les ongles.
Silence perplexe.
- Pourquoi faire?
- Pour faire joli.
Re-silence. Ils contemplent mes orteils.
- Moi, je ne trouve pas ça joli.
L'aîné nuance:
- C'est pas que c'est pas joli, mais je pense que c'est un peu ridicule.

Rien à dire. Leur honnêteté est un miroir sans ombre.
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Thursday, August 23, 2007

Dimanche 19 août

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C'est ma faute, aussi. Chaque année, je me fais une joie secrète d'attendre, de compter les jours. Je guette sur les pots de yaourts, les boîtes d'oeufs la date du 19 août qui pour moi seule est un code. J'attends et j'espère, et chaque année je suis déçue. Personne n'attache autant que moi d'importance à ce jour, c'est normal, but you would think that people cared a little bit, no?
No.
Cette année, quand même, mon anniversaire a atteint le point culminant dans la catégorie non-événement.
J'ai fini par claquer la porte (Did anybody notice? I don't think so) et je suis allée au cinéma. J'ai eu un mal fou à me garer (la vue un peu brouillée, peut-être?) Je m'y suis reprise à 10 fois, 15 fois, et je me suis trouvée bloquée, ne pouvant ni sortir de mon créneau ni reculer, roues coincées contre le trottoir. J'en aurais pleuré, mais pas le temps, parce qu'une voiture attendait de prendre ma place, croyant que je partais... Alors, centimètre par centimètre, je me suis dégagée de mon pétrin et je me suis allée me garer 10 m plus loin. Pas fière. Juste le temps d'acheter un sandwich et de me glisser dans la salle (ignorant, l'air de rien, la pancarte qui disait: "No outside food"), la séance avait déjà commencé. Je ne m'attendais pas à un chef-d'oeuvre, et ça n'en était pas un. Mais c'était exactement ce qu'il me fallait, sentiments, costumes, et tout le tralala. J'en suis ressortie avec une furieuse envie de tomber amoureuse.

[Dîner d'anniversaire]

J'ai fini mon sandwich à la maison, en surfant sur l'internet. Apparemment, ma disparition n'avait gêné personne. Ils avaient mangé des hot dogs, et semblaient assez contents de leur soirée du 19 août.

Le lendemain, j'ai sorti les gâteaux de non-anniversaire pour le goûter. La bouteille de champagne est toujours dans le frigo.


[J'avais écrit un méchant billet, tout aigre comme un vieux citron, centré sur celui qui ne veut pas fêter les anniversaires, qui n'aime pas faire la fête et m'a gaché la mienne, et puis je me suis rendu compte que juste coucher sur le papier l'écran mes rancoeurs me suffisait, je n'avais plus vraiment besoin de les partager avec le www. Et tant mieux!]

Saturday, August 18, 2007

New Hamphire

.Alors, bien sûr, j'avais emporté mes livres pour bosser. Cette semaine représentait ma dernière chance pour préparer mes cours avant la rentrée. Je m'étais même dit que je me réserverais une heure par jour, ce n'est pas la mort, une heure, je devrais y arriver, tout de même.

Mais pas une seule journée ne m'a cédé cette heure promise. Il y avait trop à faire.

Nager dans la rivière.

Préparer des petits déjeuners pantagruéliques (et ne pas en laisser une miette). Jouer de la guitare dans le jardin (bon, ça bien sûr, ça ne m'a pas pris trop de temps, étant donné que ce n'est pas moi qui en joue, de cet instrument qui rythme, bon gré mal gré, mes journées...).

Acheter du fromage français et des crèmes exquises pour adoucir la peau dans les boutiques de Concord. Faire du voilier sur le lac Sunapee.

Faire des tartes aux myrtilles. Déjeuner sur le porche.

Boire des Vodka Tonic au soleil couchant. S'allonger dans l'herbe pour regarder les étoiles filantes. Aller passer la journée au bord de la mer et ramasser des coquillages.

Tracer le chemin du retour sous des orages gris et des éclairs oranges. Aller cueillir des légumes dans le jardin sauvage des voisins. Lire (mais surtout rien qui soit au programme de mon cours de littérature). Et parler, parler, pendant des heures douces qui coulent comme de l'eau, profiter des moments calmes et lumineux de cette fin d'été pour rendre durables, solides, mes liens avec Else, celle qui a été pendant un an une voisine, puis une amie, un soutien et un refuge. Celle qui nous a accueillis avec simplicité et affection, celle qui nous a ouvert sa maison et son coeur, celle à qui je dois la découverte de la Nouvelle Angleterre. Et tant d'autres choses.

Monday, August 13, 2007

Un an


Un an qu'il vogue sur les cyber-eaux, avec des passages à vide et des grandes vagues d'écriture. Merci une fois de plus à Christie, sans qui ce blog n'existerait pas. Merci à vous, mes lectrices (y a-t-il des mecs dans la salle?), les habituées et celles de passage, avec qui j'ai tissé des liens qui me sont devenus chers (j'ai un "attachment disorder", comme dirait ma chef).
Et pour fêter ces 12 mois de blogage, ces 114 billets et tous vos commentaires, je lui donne quelques jours de repos, à mon petit blog, le temps d'aller faire un tour en Nouvelle Angleterre (je vais essayer d'éviter les mauvaises rencontres, il paraît que le coin est mal fréquenté en ce moment). Je reviens vite!

Sunday, August 12, 2007

Vacances en France


Chaque année à la même époque, je pique ma crise. Je dois aller en France cet été. Je le dois, je ne peux pas faire autrement, je ne survivrai pas, il le faut. Pour les enfants aussi, c'est indispensable, la langue, l'immersion dans leur langue maternelle, le contact avec la famille. Je dois, nous ne pouvons pas, tu ne comprends pas, j'irai!

Et chaque année, nous partons en France pour l'été. Bien sûr, une fois déboursée la somme astronomique (chaque année un peu plus) pour les billets d'avion, pas de folie, nous restons dans les maisons qui nous ouvrent grandes leurs portes, pas d'aventure dans les coins de France inconnus, pas de voyage autre que celui de la 20: Paris-Toulouse, ça nous connaît. Les contraintes financières et la pression familiale font que nous ne varions guère nos lieux de villégiature. Bien contents, me direz-vous, d'avoir tant de points de chute, tant de seuils hospitaliers à franchir! Ce sont mes repères, ceux auxquels déjà s'accrochent mes enfants, qui attendent chaque année avec impatience le retour aux sources (les miennes, les leurs)

Et pourtant, chaque année, une fois sur place, vient le moment où me titille la question: est-ce vraiment indispensable? Cette année en particulier, parce que j'ai été archi-gâtée, c'est mon troisième voyage en terre natale. Alors? Tant que tout notre budget vacances ira vers le retour dans le cocon familial, nous ne pourrons nous permettre de voyager (j'ai fait une entorse cette année, en solo. More about that later...) La Crête, notre rêve depuis quelque temps, continue d'attendre son tour dans le carton des projets mis de côté. L'achat d'une maison n'autorise aucun extra (et c'est bien pour cela que je suis fondamentalement contre, mais passons, ce débat est mort).

Alors, les vacances? Ah, c'était bien.

Mon projet était de lire beaucoup, et je m'y suis plus ou moins tenue. Et aussi: nager, même quand le temps était moyen; manger, surtout du fromage, une cure pour tenir jusqu'à l'année prochaine, de l'izard aussi, à la demande expresse de mon fils aîné qui sait apprécier les bonnes choses (sauf le fromage); se balader en montagne, et tester la resistance des petits Américains (qui ne s'en sont pas trop mal sortis, il faut bien le dire. L'année prochaine, on tente quelque chose de plus pentu. Ah, m'y voilà déjà!); se replonger dans les histoires familiales qui poussent et s'épanouissent avec la vigueur des mauvaises herbes (je suis contente d'avoir transplanté ma vie suffisamment loin pour en souffrir le moins possible); revoir ceux que j'aime, ceux que nous aimons, et nous apercevoir que parfois le temps ne compte pas. Reprendre une conversation comme si nous nous étions quittés la veille.
Les plus forts, pour ça, ce sont les enfants. Ces quatre-là se connaissent depuis qu'ils ont 3 mois, se retrouvent tous les ans et renouent leurs liens avec le naturel de ceux qui ne sont jamais vraiment éloignés. Je redoute les obstacles que l'adolescence mettre sur le chemin de leurs faciles échanges.



[La réponse est bien sûr: Oui, ce voyage est indispensable. Il m'est d'autant plus facile de l'affirmer que je suis de retour en Amérique et que mon pays me manque déjà.]

Friday, August 10, 2007

Swimming

Je suis un signe de feu, un pur lion (1), et pourtant, mon élément de prédilection, c'est l'eau. Nager, comme dormir: plaisir et nécessité.


Cette année, Paolo s'est enfin décidé à apprendre (au bout de tant et tant de leçons de natation...), et je suis moins tenaillée par l'angoisse de le voir perdre pied. Il ne nage pas tout à fait, mais se débrouille pas mal, à condition qu'il ne panique pas (dès qu'il perd confiance, il coule à pic, alors je le cantonne dans les eaux où il a pied, et je reste à proximité). J'imagine qu'il est arrivé au point où il est "enfin prêt". Comme pour la lecture, comme pour les échecs, je devrais avoir compris pourtant: Paolo n'apprend qu'au moment où il est prêt. A son heure à lui. Contrairement à son frère, qui ne demande qu'à engranger le savoir, tous genres de savoir, Paolo choisit son rythme et son moment, et il est inutile de vouloir lui forcer la main. J'ai longtemps essayé de lui apprendre à lire, mais ça ne l'intéressait pas. Quand il s'y est mis, c'est venu rapidement, en anglais un peu mieux qu'en français, mais avec une aisance qui dénotait une longue préparation intérieure.

Dudie s'entraîne aux plongeons, voire aux sauts périlleux (que son père pourtant lui a interdits), avec tellement de vigueur qu'il est allé s'écraser le nez contre le fond de la piscine, il y a deux jours. J'ai dû le sortir de l'eau avant qu'il n'y répande des flots de sang. Un vrai bonheur.


Nous y passons une à deux heures par jour, dans cette piscine qui est maintenant si près de chez nous. Et je me demande pourquoi je n'ai guère le temps de me mettre à bosser, je m'interroge sur les heures qui s'envolent...

Je nage. La lumière liquide au-dessus de ma tête efface le décompte. Je nage.





(1) (Lion ascendant lion, paraît-il... Mais on m'a dit aussi que j'étais ascendant verseau, ce que je croirais bien plus volontiers.)