Saturday, May 31, 2008

Presque la fin...

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Presque la fin du plus long mois de mai que j'ai jamais connu, presque la fin de l'année scolaire, presque la fin de nos années de locataires, presque la fin ...
Comme chaque année, nous y arrivons épuisés, en petits morceaux, la fatigue nous déchirant en petits lambeaux agressifs et nerveux, survoltés, impatients. J'essaie de préserver un peu de bienveillance pour mener mes élèves jusqu'aux examens. Eux aussi n'en peuvent plus, ils tirent souvent un peu trop sur la ficelle et je me retiens du bout des doigts, je me raccroche à ce qui dépasse encore sur le mur lisse de mon agacement, pour ne pas les envoyer bouler tout rond.

La maison... C'est ce qui mine l'Homme, essentiellement. Il ne reprendra sa respiration, je crois, j'espère, que lorsque nous signerons définitivement, lorsqu'on nous remettra les clés. Bientôt, bientôt... Je n'arrive pas vraiment à me mettre dans l'idée que cette maison va nous appartenir, vraiment, à nous. Je n'ai jamais vécu dans un endroit dont mes parents ou moi-même étions propriétaires, et je ne m'en suis pas plus mal portée. Mais là, nous parlons peinture, plantes pour le jardin, construction d'une terrasse, et ça me donne une légère sensation de vertige. Pas désagréable, mais quand même ... quand même.

J'essaie de me rassembler, d'arrêter de me disperser dans tous les sens, mais je n'y arrive pas. Je m'échappe, je me dissous dans l'amoncellement du quotidien. Ma vie ressemble à mon bureau: des piles, le plus urgent à la surface, le reste qui disparaît dans les profondeurs, même si, surtout si, ce "reste" était finalement plus important que le pressant urgentissime qui dévore tous mes quarts d'heure, les uns après les autres.

Dès que j'en aurai fini avec mes obligations professorales et administratives, dès que je pourrai, je mettrai de l'ordre. Mais, las!, je sais bien que c'est illusoire: une fois de plus, je n'aurai pas le temps de trier, il me faudra entasser à l'aveuglette dans des cartons en espérant pouvoir trier lorsque j'ouvrirai lesdits cartons (ahah, ça fait 4 fois que je dis ça... Et de maison en maison, je me trimballe le même petit bordel, cette accumulation de bouts de trucs dont je me dis que je me débarrasserai quand j'aurai l'occasion de faire le ménage. De la même manière, tous ces petits bouts de choses auxquelles je penserai "plus tard" et que je chasse d'un coup de balai sous le tapis, en attendant le bon moment pour y penser. Ce sont ces inpensées qui me rende malade à intervalle régulier, sans doute. Et tu crois que je m'arrêterais pour, un jour, les sortir, les secouer, les regarder bien en face, les écouter, les ranger? Pas le temps, pas le temps, il me faut courir et faire tourner en rond ma petite roue qui ne me mènera jamais plus loin que là où je suis déjà...)

Allez, c'est presque la fin, on peut essayer de croire que demain, l'année prochaine, on fera mieux. On prendra le temps de faire mieux.
L'Homme tient peu de choses de sa mère, mais l'une des plus précieuses est cet adage, que je vais essayer, une fois de plus, de faire mien:
"You don't have time, you make time".

Monday, May 26, 2008

Fin mai

Ce week-end, enfin, il a fait beau. Avec hésitation au début, puis avec de plus en plus de détermination.
Samedi matin, le bonheur d'être dehors, pieds nus dans les flaques de soleil. Ce jardin que je vais quitter dans moins d'un mois, je le pleurerais si je n'étais trop occupée à en profiter.

Ce week-end devait être studieux. Pas le choix. Bouclage de l'année scolaire et cette énorme traduction à rendre mercredi ... J'ai cravaché. Et bien avancé (mais pas fini, bien sûr).


(Mes loulous, eux, font du zèle pour avoir du "screen time" en plus...)

Mais quand même, j'ai délaissé mes copies, un peu, le temps ...

* d'un déjeuner au soleil;


* d'assister à une embarcation, avant une expédition genre "vogue-la-galère"...

* d'inviter des amis à dîner;

* de petit-déjeuner céréales et Télérama, comme dans les bons vieux samedis matins parisiens;
* d'appeler ma mère, qui était prête à envoyer les secours, parce que je n'avais pas donné de nouvelles depuis SIX JOURS;
* de froisser de la menthe entre mes doigts pour garder l'odeur quelques heures seulement;
* de me faire prêter une veste pour Dudie, dont la cérémonie de fin d'école primaire est la semaine prochaine, et qui, le malheureux, est dôté d'une mère peu soucieuse d'endimancher ses rejetons. Résultats, il a une belle chemise et une cravate, on trouvera bien un pantalon qui fera l'affaire, mais je n'ai pas du tout le temps de courir les magasins pour l'équiper d'une veste. Heureusement, il y a les copains, qui, eux, ont des mères consciencieuses et des armoires bien fournies...

Est-ce que je vous ai dit qu'il a fait beau, vraiment beau?

Thursday, May 22, 2008

10


Mon grand garçon a eu 10 ans, la semaine dernière. Il a été heureux, ce jour-là, comme il l'est rarement. Rien, absolument rien n'est venu ennuager sa journée. Il a été ce que nous oublions qu'il peut être: un enfant émerveillé, ému, heureux. Il n'arrêtait pas de sourire. Je voudrais savoir l'encourager à épanouir cette facette. En même temps, je ne peux tous les jours lui fournir une nouvelle guitare, un nouveau vélo, son parrain et sa grand-mère venus exprès de France, une bouteille de champagne à ouvrir - presque - tout seul, un gâteau au chocolat ... Il faudra qu'il trouve en lui seul des raisons d'être heureux. Il apprend, il apprend, il a dix ans ...

Sunday, May 18, 2008

To keep in mind

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D'une semaine harrassante, j'espère au moins apprendre quelque chose. J'ai récemment lu une sorte d'adage, que j'adapterai volontiers en le transcrivant ainsi: si la vie ressert les mêmes plats, c'est pour que nous finissions par comprendre quelque chose. Il faut absolument que je me souvienne:

- de refuser les visites au mois de mai. C'est le moment le plus fou de l'année pour nous, le plus stressant, le plus pressant. Les exams AP, le bouclage de tous les cours, les projets d'été, les exams de fin d'année, les cérémonies de clôture, l'anniversaire de Dudie... 3 fois des visiteurs (8 au total) en 3 semaines, c'est BEAUCOUP trop, beaucoup trop pour nous en tout cas.
- de ne plus accepter les mélanges. Ma mère ne peut plus venir en même temps que mon oncle et ma tante, et mon beau-père ne doit pas arriver avant que les autres soient partis. Je n'en peux pluuuuuus d'avoir du monde chez moi. Vraiment.
- de ne plus essayer d'arbitrer les disputes interfamiliales. Eux peuvent dire, après coup, que tout cela n'a guère d'importance, moi ça me met les nerfs à vif de les entendre gueuler et s'engueuler au moindre prétexte. Et si je prends parti, je me fais méchamment ressemeler par ma mère. Et si je ne dis rien, les uns et les autres viennent me dire "Tu as vu ce qu'elle a fait, tu as entendu ce qu'il a dit, il faudrait qu'elle cesse de..." Pour la première fois, j'attendais avec impatience leur départ à tous (reste le beau-père, mais, par bonheur, il est à l'hôtel).
- de ne plus me braquer et claquer la porte lors d'une discussion animée avec ma chef. Même si je suis allée m'excuser ensuite, ça la fout mal. Ho hum.
- d'arrêter de surcharger ma barque. A force de "toujours plus", on finit par couler. Etait-il indispensable de monter une pièce de théâtre en français (pour la première fois de l'histoire de l'école) et de la jouer juste une semaine après l'exam AP? Pas sûr. Mais qu'est-ce qu'on s'est amusés!
- de cesser d'être déçue parce que des gens que j'aime ne s'intéressent pas à ce qui me passionne.
- de ne plus fantasmer sur un mirage, un ectoplasme.
- d'arrêter me gaver de pain vin et fromage, sous prétexte que ceux qui sont à ma table font de même.
- de ne plus prendre des engagements que je ne suis pas sûre de pouvoir tenir. J'ai des sueurs froides chaque fois que je pense à cette traduction que j'ai acceptée et pas encore commencée...
- d'arrêter d'attendre la dernière minute pour répondre aux invitations. Les parents vont commencer à me trouver lourdingue d'appeler le soir de la date limite de RSVP.

J'en ai d'autres... Mais il faut aussi que je n'oublie pas que je ne fonctionne pas sans dormir. Et j'ai une journée chargée demain. Des réunions grinçantes. Des paperasses pas rigolotes. Et encore beaucoup de boulot avant d'aller me coucher, alors je m'arrête là...

Sunday, May 11, 2008

Mother's day


Ici, pas de pont, de viaduc ou de prolongation de week-end, mais ce dimanche, c'était la fête des mères. Et j'ai passé la journée avec la mienne, à New York (quoiqu'elle n'ait pas fait le voyage pour l'occasion, quand même).
En rentrant, j'ai reçu des fleurs. Mes passionnés d'origami m'ont offert un festival printanier (fleurs + papillons!)
Ils n'avaient pas fini leurs devoirs, il était 8 heures du soir et ils n'étaient pas douchés... Je devrais savoir dire tant pis.
Mais leurs sourires, mais les cris de mon Paolo quand nous sommes arrivés ("HAPPY MOTHER'S DAY!!", je crois que tout le quartier en a profité), mais leur fierté à me voir admirer leurs oeuvres... Ils se sont finalement couchés beaucoup trop tard, mais contents. J'ai encore beaucoup à apprendre d'eux.

Happy Mother's day, my friends! Bonne fête à toutes les mamans,
celles qui sont plus patientes que moi (ce n'est pas difficile!),
celles qui savent utiliser leurs dix doigts,
celles qui ne jettent pas le bébé avec l'eau du bain,
celles qui ne se lassent pas d'entendre toujours le même refrain,
celles qui savent entendre la frustration et l'anxiété derrière l'insolence,
celles qui ne redoutent pas (ou si peu) l'épopée de l'adolescence...

[Dans deux jours, ça fera 10 ans que je suis maman...]

Thursday, May 08, 2008

Guessing game

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Quand elle a ouvert la porte, elle s'est retrouvée nez à nez avec moi (j'étais derrière la porte, tout contre, à attendre, attendre...), et elle n'a pu rien dire. Son visage rayonnait, et elle me regardait comme si elle s'attendait à ce que je sache, moi, alors que j'attendais d'elle l'information. Elle a ouvert la bouche mais n'a pu rien dire. J'ai fini par articuler: "Alors???" et elle a retrouvé la parole pour me dire d'une voix étranglée: "Le Pont Mirabeau"

YAOUUOUUOUUUHHH!! J'ai sauté en l'air, tourné comme une toupie, dansé sur place comme si j'avais leur âge et non le mien. Tous mes élèves étaient là, autour de moi, avec cette expression un peu absourdie de ceux qui sortent de 4 heures d'examen, mêlée à une sorte d'incrédulité heureuse. Pour la deuxième année de suite, j'ai deviné quel texte allait tomber à l'examen. OUI!!!
C'est le texte que nous avons travaillé et travaillé, sur lequel je suis revenue, celui que tout le monde a aimé. Je savais, je savais que ce serait Apollinaire cette année. AAAHHH, I'm good.
Ils ont ri de me voir si heureuse. Ils parlaient tous en même temps, me disant tout ce qu'ils avaient écrit, comparant, s'exclamant. Est-ce que l'absence de ponctuation compte comme un procédé stylistique? J'ai parlé des décasyllables brisés. Et aussi l'image du pont, les mains, vous savez?
Ah, je les aime, mes élèves, mais jamais autant que ce soir, quand j'ai vu leur sourire, leur soulagement - c'est fini, on était bien préparé, c'était ... bien. J'ai adoré écrire l'essai sur Candide. Le Pont Mirabeau est mon poème préféré. C'est finiiiiiii!!

Et maintenant, peu importe leur note (enfin, je sais bien qu'en juillet, où que je me trouve, je prendrai d'assaut tous les ordinateurs sur mon passage pour les interroger: m'ont-ils envoyé leurs notes, oui ou non?), peu importe le résultat, je suis juste heureuse qu'ils aient pris plaisir à écrire sur ces textes. C'est ma plus belle récompense.

[Bon, et pour être tout à fait honnête, si j'ai assuré sur l'explication de texte, en revanche je me suis encore plantée sur l'essai (comme l'année dernière...): "Candide, non, ce n'est pas possible que ça tombe, ça ferait 4 ans d'affilée!" Bon, et ben oui, 4 ans d'affilée c'est possible, et Candide était encore une fois au sujet de l'essai (l'autre option étant L'Ecole des femmes, que nous avions bien révisé il n'y a pas très longtemps... Je ne me sens donc pas trop coupable)]

Wednesday, May 07, 2008

High


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free music



Depuis une semaine, je ne touche plus terre. Mes élèves de AP Litérature vont passer leur exam demain. Je n'ai fait que ça depuis une semaine: les préparer. Faire des synthèses, des rappels, des précisions, des ajouts. Encourager, interroger, me désespérer (secrètement) (quand, vendredi dernier, ils m'ont tous dit comme un seul homme que Louise Labé était un auteur du 17e siècle), rattraper le coup (et en remettre une couche sur le Pétrarquisme, tant qu'on y est), féliciter.
Aujourd'hui, pas de cours, un survol général, les dernières recommandations (ne commencez pas à écrire votre essai sans avoir défini une problématique; et souvenez-vous, on dit EN même temps, pas *au même temps - je ne sais pas pourquoi les Anglophones ont tant de mal avec cette expression), et les félicitations d'usage (C'est les brettes! C'est les brettes!) C'est vrai que je suis fière d'eux, oh combien, quand je vois le chemin parcouru en quelques mois. L'année dernière, ils apprenaient le français, le subjonctif, l'accord du participe passé. Cette année, ils lisent, écrivent, décrivent, analysent, organisent leurs idées en français. Ils pensent en français. Et, quelle que soit leur note à l'examen, je leur tire mon chapeau. Ils ont travaillé dur pour moi, avec moi. Cette dernière semaine, j'ai passé plus de temps avec ces 6 élèves qu'avec ma famille. Paolo, quand je suis rentrée de ma session de révision, dimanche après-midi, m'a dit: "Je ne t'ai pas vue de tout le week-end..." Et c'était vrai.
(Bien sûr, cela n'arrange rien que j'ai décidé de monter une pièce de théâtre avec une autre classe, pour le festival qui aura lieu dans 10 jours... Alors, forcément, entre révisions et répétitions, je ne suis pas souvent à la maison, ces jours-ci.)

Ce soir, j'ai été prise par l'envie frénétique de me mettre à réviser, de relire mes notes, de m'assurer que j'étais prête. Mais, bon sang, ce n'est pas moi qui vais passer cet examen! J'en fais un peu trop, non? Pourquoi ce besoin de m'investir autant, pourquoi est-ce que la réussite de mes élèves compte-t-elle tant pour moi?

Toute la semaine, j'ai tenu, malgré mon déficit de sommeil, et le stress croissant (ah, et je ne parle même pas de l'homme qui est entré en pleine crise "problèmes liés à l'achat d'une maison", et qui peut difficilement m'adresser la parole sans se mettre à hurler), j'ai tenu, portée par l'exaltation des veilles d'exam. High on stress. Energie purement nerveuse, mais j'ai accompli (à peu près) ce que je m'étais fixé. Demain, je sens que je vais retomber comme un vieux soufflé. Gare à la descente.

Wednesday, April 30, 2008

J'ai aimé avril (2)

Du plus pâle au plus vif...

Moi qui n'aime pas le rose, je m'en suis enivrée. D'un jour à l'autre, d'un arbre à l'autre, je l'ai suivi. Le soir surtout, je l'ai guetté. Il disparaît, le vert envahit tout. Sa fragile saison se dissipe déjà.

J'ai aimé avril (1)

Parce qu'on commence à jouer dehors.


Parce qu'on peut faire du basket en pyjama en attendant que le dîner soit prêt.

Monday, April 28, 2008

Image de soi

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Jeune, je rêvais d'être fascinante et fracassais ma chimère contre tous les miroirs placés sur mon chemin. Fascinante, non, ce n'est pas moi, je n'ai pas l'étoffe pour cela.
J'ai longtemps voulu être intéressante, et me rongeais les sangs de me sentir banale. Pourtant, je ne l'étais jamais autant que lorsque j'en faisais des tonnes pour faire mon intéressante.
La générosité est à l'horizon de mon idéal. La sérénité est l'impossible projet de ma vieillesse.

Je ne sais comment ne pas voler le mot de Christie, qui, dès que je l'ai lu, s'est imposé à moi comme une évidence. Oui, j'ai le fantasme de la muse, moi aussi. Etre cela, pour ceux qui m'entourent: l'étincelle, l'allumeuse du désir créatif (et du désir tout court, aussi, bien sûr, jusqu'à ce que je me recycle en grand-mère). Je voudrais tellement qu'on se souvienne de moi. C'est ma seule arme contre l'angoisse de la mort.

[Dans les pas d'un message qui m'a inspirée aujourd'hui]

Saturday, April 19, 2008

Couleurs

C'est peut-être le plus beau jour du printemps. Il fait 27°. C'est peut-être le soleil.
C'est peut-être parce que c'est le dernier jour d'école pour les Seniors (les élèves de Terminale) et que toute l'école a l'air en pré-vacances. C'est peut-être parce que l'un d'eux a dit publiquement les plus gentilles choses imaginables sur moi.
C'est peut-être parce qu'il m'a donné un hug qui m'a mis les larmes aux yeux.
C'est peut-être parce que je me suis échappée, à midi, et que lorsque la musique a ouvert la route devant moi et en bleu au-dessus de moi, mon coeur s'est serré de bonheur. C'est peut-être le vent dans mes cheveux et ma voiture filant entre les arbres qui explosent en blanc à mon passage.
C'est peut-être parce que ma chef m'a annoncé une bonne nouvelle.
C'est peut-être parce que deux de mes élèves sont longuement restés après la fin du cours, juste pour parler avec moi.
C'est peut-être à cause de mes ballerines et de ma nouvelle jupe.

C'est peut-être parce que le printemps est un vin plus puissant que celui que j'ai bu ce soir, qui a pourtant les couleurs exactes de la lumière à 6 heures et demie du soir en avril.

J'ai passé une très bonne journée.

Friday, April 18, 2008

Maison

Il paraît que nous allons acheter une maison. Mais rien n'est fait, rien n'est fait, ne nous emballons pas! Chat échaudé craint l'eau fraîche, l'expérience de l'année dernière nous rend circonspects. Voilà pourquoi "il paraît".
Et aussi, "il paraît", parce que je n'arrive pas à y croire. Ce n'est pas de l'émerveillement, c'est un doute chevillé à ces difficiles derniers mois.
Bizarrement, la maison dont il s'agit, j'en parlais déjà l'année dernière... C'était celle que nous n'avions pas choisie. Nous y revenons, finalement.

Cette décision remue tellement de doutes, d'inquiétudes, soulève tant la poussière des désaccords accumulés sur onze ans, que je ne peux me réjouir. J'attends, j'attends de voir venir.

[Sur la photo, c'est la maison dans laquelle j'habite actuellement, bien plus jolie que celle que nous allons peut-être acheter. J'ai tellement mal au coeur de la quitter... Mais nous n'avons pas le choix, d'une manière ou d'une autre, il faut lever le camp avant fin juin.]

Tuesday, April 15, 2008

Neige d'avril

...Oh! la merveille, la douceur, le duvet, la couleur, les odeurs... Ivresse!
Même les jours alourdis de fatigue, même les jours tendus, tordus de soucis, impossible d'échapper à l'enchantement.

[Pour ceux qui sont de l'autre côté de la terre et qui entrent dans l'hiver... Je pense à vous!]

Sunday, April 06, 2008

Oh! ça commence...

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D'abord une petite solitaire, les pieds dans la boue, juste à côté de ma boîte aux lettres.

Puis, deux jours plus tard, ses copines.



Mercredi, pour la première fois, des couleurs sur quelques arbres nus. Chez moi, elles attendent toujours, frileusement enveloppées dans leurs fourreaux roses et verts.



Beaucoup de jaune, tout à coup.



Et puis, aujourd'hui dimanche froid et gris, un peu de magie: sur des branches enchantées, des fées-fleurs en robes de fête...


Cette année, en particulier, j'ai l'obsession de ne rien rater de l'arrivée des fleurs. Mais elles sont tellement plus rapides que moi, tellement ellusives...

Thursday, April 03, 2008

Réversibilité

Je ne sais pas où il est, je ne sais pas qui a eu cette brillante idée ni qui a pris la photo, mais si je savais où le trouver, j’y courrais derechef. De le voir, là, sans ombre sur son visage, les yeux toujours aussi verts, j'ai reçu un grand coup dans le ventre. Qui m'a envoyé cette image? Il me regarde (car je ne doute pas qu'il me regarde, moi, à travers toutes les épaisseurs des intermédiaires qui nous séparent, tout cet espace et tout ce temps) directement, droit devant. J'ai failli défaillir lorsque la photo s'est lentement téléchargée, ligne par ligne, avec une hésitation, une pause, au moment de découvrir sa bouche, son sourire ironique que j'aimais tant embrasser. Le monde est tout petit et celui qui a eu la cruauté ou le génie de rappeler mon amour à ma tendre mémoire a su me trouver dans l'anonymat du vague cyberspace. Suis-je si facilement repérable, ma vulnérabilité clignotant sur mon front, suis-je une cible si facile qu'il suffit d'une photo même pas tout à fait nette pour me faire tomber à la renverse?

Je ne peux détacher mes yeux de ce visage tant aimé. Demain, je le chercherai, je remonterai le courant. J'ai voulu pratiquer la terre brûlée, quelle vanité. Je n'ai pourtant pas la force, ni ne l'aurai jamais, de me couper à jamais de lui. Il suffit de le reconnaître: je ne pourrais jamais prétendre que je ne l'aime plus.


[Cette déclaration est ma cinquième (et dernière, hélas!) participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika. L'amorce vient du billet On efface tout et on recommence de Tassili.]

Monday, March 31, 2008

A gauche toute!

L'humanité se divise en deux camps bien distincts que tout oppose irrémédiablement.

La ligne de fracture passe très précisément au milieu de la table de ma salle à manger... D'un côté, ceux qui sont à gauche. Et de l'autre ceux qui sont à gauche. Ceux qui sont à gauche gueulent le plus fort. Et ceux qui sont à gauche ont généralement raison.

Ce n'est pas parce qu'on est une famille monopartite qu'on doit être une famille monolithique. A bas la pensée unique!

[Cette déclaration est ma quatrième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.]

Friday, March 28, 2008

Rengaine

...Certains soirs, pour faire mon intéressant, il m'est arrivé de monter sur une chaise, de me draper dans un torchon à carreaux et de déclamer une poignée de vers avec des accès de lyrisme proportionnels à mon taux d'alcoolémie. Il s'agissait de l'extrait suivant : « C'est pas marqué dans les livres / Le plus important à vivre / C'est de vivre au jour le jour / Le temps c'est de l'amour ». Honnêtement, je ne sais pas d'où ça sort, mais c'est ce que chante ma voisine à tue-tête quand elle fait son ménage le samedi matin. Elle doit croire qu'elle a déniché là une pensée profonde, le condensé d'une philosophie de la vie particulièrement éclairante, parce qu'elle a recopié les mots (avec des ronds à la place des points sur les i) sur une carte en bristol qu'elle a scotché sur sa porte d'entrée. Comme ça, même si par bonheur et par hasard j'arrive à échapper à sa ritournelle de début de week-end (les semaines où je découche), elle est certaine qu'au moins je ne peux ne pas me soumettre à la tyrannie visuelle de sa maxime préférée, parce que je suis contraint de passer devant sa porte en rentrant chez moi. J'ai bien essayé de fermer les yeux pour grimper les trois dernières marches avant le palier du 4e, mais, malheureusement, mon sournois cerveau immédiatement reproduit l'image mentale de ce que j'essaie d'éviter, et le bristol reste scotché dans mon crâne encore plus longtemps que si je laisse négligemment traîner mes yeux dessus.
J'ai tenté, subtilement, de détourner ma voisine vers d'autres rengaines. Je lui glisse en cachette des CD dans la boîte aux lettres. J'attends en vain qu'un samedi elle me chante "Zaza tu pues mais j't'aime quand même" (avouez que c'est tout de même d'un autre niveau!), mais rien, elle est sourde à toute autre mélodie que celle qui me vrille les tympans, un lendemain de fête particulièrement réussie, où mon numéro au torchon a fait grand effet. Je m'aperçois d'ailleurs que j'ai eu tellement de succès que je ne suis pas rentré seul: à côté de moi, la tête enfouie sous l'oreiller, il y a quelqu'un qui grogne désespérément: "Mais faites-la taire!" L'oreiller se soulève, et je m'aperçois que le visage en dessous n'est pas mal du tout. Elle me regarde en plissant les yeux (elle doit être myope) d'un air interrogateur. Je hausse les épaules en signe de résignation. Alors, elle rejette la couette, se lève avec détermination (ce qui va avec le visage vaut aussi la peine d'être vu) et se dirige résolument vers la porte d'entrée de mon minuscule studio. Je lui propose un T-shirt alors qu'elle a déjà la main sur la porte. Elle l'enfile dédaigneusement, et s'en va, ainsi vêtue, tambouriner à la porte à côté. La voisine s'arrête de chanter, ouvre la porte. Je n'entends pas distinctement le dialogue qui suit, mais les deux portes se referment, le T-shirt voltige à travers la pièce, et dans l'absence résonnante des déclamations lyriques de ma voisine, une jolie fille se pelotonne contre moi en murmurant: "Elle m'a réveillée, la garce, mais au fond, tant mieux, autant en profiter... Non?" Je crois que je vais la garder avec moi, celle-là. Et longtemps, si possible. Parce que le temps, c'est de l'amour. Non?
[Cette ritournelle est ma quatrième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.
Cette amorce provient de Réhabilitons un grand auteur, de M. LeChieur.]

Lila


Vous savez pas la dernière? Il parait que j'ai un blog. Oui, oui, un de ces machins sur Internet où je raconte ma vie. Vous ne m'y reconnaîtriez pas. D'ailleurs, j'en arrive moi-même à douter de l'existence de ce blog, de cette fille. Là-bas, je n'ai plus le même nom. A peine une voyelle d'écart. Je n'ai pas le même âge, non plus, pas la même vie. Là-bas, je suis une aventurière. J'ose aimer, désirer, revendiquer, me fâcher. Gueuler. Et pardonner. Deux fois plus d'âme, en quelque sorte. Là-bas, je parle sans me retenir. Je parle de sexe, de trahison, de déception. Là-bas, je ne suis pas jolie, mais j'ai cette sorte de charme qui fait se tourner les têtes vers moi. Là-bas, je suis amoureuse d'un jeune homme, et cela ne me soucie pas. Les princes charmants sont faits pour être séduits, emportés sur mon cheval blanc. Là-bas, j'ai le courage de mes sentiments et je sais prendre des décisions. Là-bas, je suis parfois seule.

Lila, c'est moi en mieux. Elle a réussi partout où j'ai échoué. Elle a fini sa thèse, elle. Mais elle n'a pas d'enfants. Lila, à l'embranchement, a pris l'autre route. Sa vie est passionnante, parfois j'y passe de longues heures. Lila a le sens de l'humour, elle sait faire rire ceux qui la lisent. Je ne sais que toucher, apitoyer, geindre. Il faudrait parfois que Lila me donne de grands coups de pied dans le derrière.

Lila a trente-deux ans, un chat, et elle voyage. Il faut que je fasse attention à ce qu'elle n'absorbe pas trop de mon temps, de la matière de ma vie. Je finirais facilement par lui donner la meilleure part de mon énergie. D'ailleurs, j'en arrive à douter de mon existence: elle est parfois plus réelle que moi.

Je ne vous donnerai pas l'adresse de son blog. Vous m'abandonneriez, vous aussi, pour elle.

[Cette pseudo-confession est ma troisième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.
L'amorce provient de Chronique d'une thèse annoncée, de Krazy Kitty.]

Wednesday, March 26, 2008

Défigurée

...Il est trois heures du matin, je n'arrive pas à dormir. J'entends le bruit de la mer, des vagues qui s'écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leurs larmes les pierres insensibles. Je crois que je ne dormirai plus jamais. Mes yeux sont très grands, très grand ouverts et très secs. Je ne pleurerai plus jamais non plus, j'en suis sûre. Mon visage a changé depuis hier, je sens bien que ma peau s'adapte lentement à la nouvelle forme de mes traits.

Cette falaise, d'où se sont jetées trois gamines en cinquante ans, attire les chagrins d'amour et les âmes en peine. Mais j'ai oublié d'être romantique. J'ai été abandonnée, certes, doublement abandonnée, mais j'ai par dessus tout horreur de la pagaille émotionnelle, du débordement de tous ces fluides chauds et gluants (le sang, les larmes et tout le reste) et ce n'est pas demain la veille que je me consolerai de l'amertume de la vie dans le néant doucereux de l'au-delà.

Ce soir, après les avoir vu partir, se lever, me tourner le dos et partir, j'ai cru tomber de très très haut et j'ai dû me forcer à me resituer géographiquement pour m'assurer de l'impossibilité physique de ma chute dans la mer, de mon éparpillement en morceaux sanglants sur les rochers indifférents. Mais le vertige est resté. Ah! A quel moment ai-je donc établi une telle falaise dans mon paysage intérieur? Il m'a aidé, c'est sûr. Avant lui, je n'avançais que sur terrain plat, dans le brouillard. De l'inconvénient de ces rencontres qui provoquent de telles secousses telluriques. Des bouleversements qui portent gravement atteinte à la morphologie aussi bien interne qu'externe.

Demain, personne ne me reconnaîtra. Tailladée à vif. Il vaut mieux que je parte.

Demain, j'étoufferai le bruit de la mer. Je mettrai de la distance, j'irai si loin. Demain, ce n'est pas dans très longtemps, c'est presque maintenant. Pourquoi alors le temps tourne-t-il en rond dans l'écume? Faites taire ces pleureuses. Est-ce que je pleure, moi?


[Cette petite histoire est ma deuxième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika
Le texte d'origine est "Au bord de la mer", de Zoridae]

Tuesday, March 25, 2008

The secret life of the mind

Ce qui se fait en douce...

J'ai fait une liste, au début des vacances. Pleine d'espoir, et aussi par avance désespérée de savoir que je ne m'y tiendrai pas. Absolument pas. Comme si je pouvais me bercer d'illusions quant au week-end précédent la rentrée (dans quatre jours, aarrgghh...): oui, je serai devant mes copies, ravagée de colère contre moi-même, de stress à l'idée de n'avoir pas terminé à temps, d'accablement devant mon incapacité à échapper à la malediction de la procrastination.


J'ai quand même un peu avancé (pas beaucoup). Et puis, il y a ces choses qui se sont faites - ou défaites - toutes seules.

Je n'ai pas pris de décision. Mais je n'ai pas eu besoin de lui dire que je restais, que je ne partais pas. Il en a senti l'évidence comme moi. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose, cette évidence. Il vaut toujours mieux que rien ne soit gagné d'avance.

Maintenant, j'attends la suite. Et j'espère encore rayer de ma liste les tâches accomplies. J'espère encore.