Thursday, August 09, 2007

Vraiment de retour

I am baaaaack!
Enfin, je suis re-connectée, téléphone et surtout internet à ma disposition (Accio WWW!), je reprends contact avec le vaste monde. Cela fait trois soirs que je surfe avec tellement d'euphorie que je ne lis rien en entier, je papillonne avec ivresse et essaie de rattraper mon retard (plus d'un mois, aaarrrrggghh, le cybermonde a continué à tourner pendant que j'étais en vacances. Hmph.)

Curieux tout de même de constater que, durant mon séjour en France, la-dite cyber-sphère m'a si peu manqué alors qu'à peine rentrée, ma curiosité m'a fait tourner (en bourrique) autour de l'ordinateur vite installé dans la nouvelle maison, mais pas connecté (les "brancheurs" ont pris leur temps avant d'arriver jusqu'à chez nous). Cette privation m'a permis de bien avancer dans l'installation, mais il est vrai que depuis le début de la semaine, nous avons tous ralenti le rythme. L'essentiel est fait, mais il reste des cartons à ouvrir, des paperasses à trier, la terrasse à balayer (c'est fou comme je peux remettre de jour en jour une tâche aussi simple et qui me prendrait à peine 5 minutes) et nous n'avons toujours rien décidé en ce qui concerne l'achat d'une table pour la cuisine.

[Cartons le premier jour... Nous avons progressé depuis]

Nous y sommes bien, dans notre nouvelle demeure. Les garçons ont pris leurs marques tout de suite, l'homme joue de la guitare nuit et jour sans avoir à se soucier des voisins, je suis la seule à avoir quitté l'appartement avec regret. J'aimais sa clarté.

[Dernière nuit dans l'appartement]

Il ne faut pas exagérer: j'adore cette maison, toute vieille et pleine de défauts. Le jardin est une merveille, et il y a une cheminée!!! Si nous ne déménageons pas à nouveau avant l'hiver, nous ferons des flambées d'ici quelques mois... Mais pas d'attachement sentimental inutile: nous n'avons cette maison en location que pour 11 mois. Il va falloir se remettre sérieusement en quête d'une maison à acheter!

En attendant, je profite ...


Thursday, August 02, 2007

Le retour

Mercredi 25 juillet: Pourquoi mes cuillères me semblent-elles si peu familières? Quelqu'un les a-t-il changées en mon absence? Ou alors le fouillis autour de moi altère-t-il mes repères? Je n'ai pas l'impression d'être de retour chez moi.

Jeudi 2 août: Trois jours après notre retour, nous avons déménagé. Pas le temps pour le jet-lag. Les cartons nous submergent, nous engloutissent. Une fois notre bazar déposé dans la nouvelle maison, commence le tri, ce qu'on garde, ce qu'on jette, ce pour quoi on n'a vraiment pas la place. L'homme de la maison veut jeter ma collection de sacs en papier (j'avoue un peu honteusement que j'ai un attachement maladif à mes sacs, en particulier les sacs Petit Bateau, DPAM et Princesse TamTam), il a fallu que je me batte. Je cherche encore une cachette sûre.

Pas d'internet à la maison, un emploi du temps (ouverture de cartons, ménage et rangement) chargé et une grosse fatigue (le jet-lag m'a sournoisement rattrapée), il est difficile de blogger ces jours-ci... Je reviens vite, il me tarde de vous retrouver!!

Saturday, June 30, 2007

Retrouvailles

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Alors, voilà. J'ai retrouvé les odeurs - les marronniers, le métro, le marché, la boulangerie au coin de la rue de l'Eglise -, les habitudes et les visages. J'ai reconnu les voix, les sourires, les motifs. Dans Paris grisouillet, j'ai marché, marché, marché... J'ai découvert, aussi: les fontaines d'argent du jardin de l'abbaye de Cluny. Le vent mordant de cette fin de juin si tristounette. Les studios Harcourt. Un petit bistro, rue de Sèvres.
[Merci à Camille, qui m'a fait découvrir cet endroit, par blog interposé]
Je me suis glissée dans mon ancienne peau, conservée là par la fidélité de mes amis. J'ai retracé les chemins bien connus.
J'aurais aimé prendre mon temps, mais, malgré moi, je n'ai cessé de courir. Essayer de voir tout le monde, et d'accomplir toutes mes "obligations"... Décevoir les uns - "Je ne peux pas rester" - et oublier la moitié de ce que je m'étais promis de faire.
Mais j'ai préservé l'essentiel: j'ai donné la plus grande partie de mon temps à ceux qui comptent tant pour moi, ceux qui, d'année en année, nous gardent dans leur coeur et nous ouvrent leur porte.
Paris, c'est la ville où vivent mes meilleurs amis.

Monday, June 25, 2007

A beautiful day

Samedi, j'ai passé la journée à New York, avec mon amie Else, ma gentille voisine, celle dont je ne parle jamais ici, alors qu'elle a pris une importance de plus en plus grande dans ma vie.
Un jour-parenthèse, un jour rien que pour nous. Un jour de balade, un jour sans autre contrainte que nos envies, un très beau jour d'été.

J'ai découvert la ville, enfin, à travers des yeux qui la connaissent et la pratiquent. Je me suis laissé guider. Sous le soleil haut et clair de juin, les couleurs vibraient. New York est une ville en couleurs, contrairement à Paris.


Bien sûr, déjeuner chez Pastis, à 3 heures de l'après-midi, et un cocktail qui s'appelle "Le Pêche"...


Je pars ce soir en France, et mets donc ce blog en sommeil estival, mais avant de tirer le rideau, je vous souhaite un très bel été. Et j'en profite pour vous remercier de votre présence, de vos commentaires, de vos voix qui m'entourent.

Friday, June 22, 2007

18 ans


Au moment d'emballer le cadre dans lequel je la tiens dans mes bras, le jour de sa naissance, j'ai marqué une pause. Cela fait dix-huit ans que je trimballe cette photo partout où je pose mon chapeau.
Il y a dix-huit ans, jour pour jour, je passais la première épreuve du bac (mise à part la philo, qui était, comme il se doit, la première à ouvrir le bal, dix jours avant les autres matières). La veille, j'avais révisé l'histoire des Etats-Unis et l'économie de l'Union Soviétique sur le balcon, en écoutant les hirondelles. Il faisait doux, et je regrettais de ne pouvoir aller profiter de la fête de la musique. Un voisin bien intentionné avait remédié au manque de rythme de ce coin tranquille du 15e en poussant sa stéréo à fond.
Ma mère portait une robe blanche et un ventre très en avant. Elle parlait avec ma grand-mère qui crochetait tranquillement assise sur le canapé à côté d'elle et de son gros ventre.
Le 22 juin, j'ai anticipé sur la sonnerie de mon réveil. L'inquiétude des matins d'exam. Mais je n'ai pas bougé, j'ai attendu. Devant ma porte, j'entendais des bruissements, je savais que ma mère attendait elle aussi que mon réveil sonne. Mais, c'est ma grand-mère qui a ouvert la porte, pour me dire que ma mère était partie à l'hôpital. J'ai poussé mon dernier grand cri de fille unique égoïste. Ce bébé n'aurait-il pas pu patienter jusqu'à la fin du bac? ou du moins me laisser passer l'histoire-géo tranquille?
Le reste s'est déroulé dans le brouillard. Pendant quatre heures, je n'ai pensé à rien d'autre que l'agriculture de l'Urss et le Front Populaire. Je suis sortie de la salle, et je me suis souvenue. J'ai commencé à courir. Je ne me suis pas arrêtée. J'ai couru jusqu'au métro, j'ai couru sur le quai, je suis sortie du métro en courant, j'ai couru pour attraper le bus (qui était au terminus et donc ne bougeait pas, je piétinais!), j'ai couru jusqu'à l'hôpital, j'ai couru dans les couloirs. Je l'ai finalement trouvée, cette chambre où dans un berceau en plastique transparent, j'ai vu ma soeur pour la première fois.

Thursday, June 21, 2007

10 ans

C'est moi qui l'ai demandé en mariage. Je l'ai regretté, dès qu'il a dit: "OK", parce que c'était certainement ma seule opportunité de recevoir a formal proposal, et ... ah, I blew it. Au lieu de le laisser faire sa déclaration, j'ai pris les devants. Ah, je vous jure, où nous mènent la précipitation et l'enthousiasme non réfléchi!

Il y a dix ans, sous un ciel hésitant, nous nous sommes mariés. L'émotion de ce jour-là est toujours intacte. Je n'arrivais pas à croire combien j'étais heureuse.
C'était loin d'être un mariage parfait. En y repensant, il y avait tellement de choses que j'aurais aimé différentes. Mais, ce jour-là, cela n'avait aucune importance.

Il a appris à danser la valse une demi-heure avant la cérémonie, dans une petite chambre de la vieille maison. Il m'a beaucoup marché sur les pieds et nous nous sommes tous deux demandé pourquoi quelqu'un avait choisi une valse interminable. J'avais voulu des sushis, du foie gras et des patisseries libanaises, pour illustrer toutes les cultures que nous réunissions à nous deux. J'ai dansé jusqu'à 6 heures du matin. Nous avons traversé le village désert pour aller nous coucher. Il s'est endormi comme une pierre (c'était bien la peine d'avoir investi dans des sous-vêtements raffinés!)

Aujourd'hui, journée d'été magnifique. Ce soir, nous célébrons le début de l'été, nos 10 ans, la fin de l'année (scolaire, s'entend, nous sommes profs!) et plusieurs anniversaires: fête dans le jardin, grand feu de joie, saumon fumé et vin blanc...

Eclaircissements

Bon, ma narration n'était pas vraiment convaincante, alors je reprends le fil des événements - chronologiquement.

En janvier notre voisin a pété les plombs et menacé mon mari. Nous avons décidé qu'il était temps de quitter cet appartement (que nous louons à mon école et adorons par ailleurs). C'est à ce moment-là que moi, anti-achat et pro-location, j'ai fini par me laisser convaincre par l'homme (Américain et donc par culture destiné au propriétariat) de la validité de ses arguments. Nous nous sommes donc lancés dans la recherche d'une maison à acheter. Entre janvier et avril, nous avons passé tous nos week-ends à sillonner la région avec notre agent immobilier.

Parallèlement, un poste de prof de français s'est libéré dans l'école de mon mari, on me l'a proposé, j'ai hésité, puis décidé de rester là où j'étais. J'ai des pointes de regret, de temps en temps, surtout quand je me vois un peu submergée d'exigences administratives...

En mars, nous avons repéré une maison carrée qui nous plaisait. En avril, les choses se sont précisées (offre, contre-offre, etc.). Finalement, nous avons signé le contrat, que nous avons rompu quelques semaines plus tard, lorsqu'il s'est avéré que le système de fosse sceptique de la maison était complètement out, et que la propriétaire a refusé de s'en occuper elle-même.

C'est juste à ce moment-là que mon école nous a proposé un autre logement, une petite maison (individuelle, mais oui, sans mur partagé!!) qui allait se libérer. C'est une faveur qu'on me fait, j'en suis consciente et reconnaissante. Nous ne pouvons y rester qu'un an, mais j'ai l'espoir que nous finirons par trouver la maison de nos rêves d'ici là...

Nous avons fait les cartons dans la précipitation, parce que nous devons vider notre appartement au maximum, sans pouvoir encore nous installer dans l'autre maison, toujours occupée. Nous avons entassé la plus grande partie de nos possessions terrestres dans la cave de cette autre maison, et nous finirons le déménagement à notre retour. Car, oui, nous partons pour la France en début de semaine prochaine, d'où l'urgence des cartons.

Avant-hier, les garçons ont bâti leurs "maisons" entre les cartons. Ils ont fini par s'y endormir, chacun chez soi...

Wednesday, June 20, 2007

Moving on

Juin 2005: Moving in

Juillet 2005: Installés!

Juin 2007: Moving out

Je déteste déménager.
Depuis 16 ans, je n'ai jamais habité plus de 3 ans dans un même endroit. Depuis que j'ai quitté l'appartement que j'ai habité d'abord avec mes parents, puis avec ma mère et son nouveau mari, puis avec une colocataire, je n'ai cessé de changer d'endroit. Cet appartement, que j'aime tant et m'apprête à quitter, est le 9e depuis 1991.
Je n'ai pas pour autant appris à voyager léger, ni à faire mes cartons avec rationnalité et sourire. Je continue envers et malgré tout à trimballer des bouts de ficelle, des trucs et des machins qui me rappellent quelque chose et prennent beaucoup de place. Je m'obstine à collectionner les sacs dont je ne me sers jamais. Je persiste à emballer les traces de mon existence avec une mauvaise humeur légendaire, une laborieuse lenteur et un manque d'organisation assez exceptionnel.
De son côté, l'homme de la maison fait preuve de toutes les qualités qui me font défaut: rapide, efficace, organisé, trieur/jeteur et capable de soulever des kilos de livres, il me maudit et ne m'adresse plus la parole que pour m'exhorter à finir "plus d'un carton par jour". Heureusement, ma chef a jugé bon de me faire bosser pendant mes vacances, et depuis le début de la semaine, j'ai trouvé chaque jour une bonne raison de m'eclipser du champ des travaux forcés pour aller à des réunions ou autres tâches professionnelles.
Ce soir, une grande partie du travail a été accompli (pas grâce à moi) (un peu quand même). J'ai quand même mal au dos. Ah vraiment, je déteste déménager.

[On part pour un an (ou moins si on trouve une maison à acheter d'ici là), mon école a trouvé le moyen de nous relocaliser sur le campus, loin des affreux voisins qui nous pourrissent la vie depuis 2 ans. L'autre voisine, celle qui est devenue mon amie, est triste de nous voir partir et agacée de sentir notre soulagement. ]

Saturday, June 16, 2007

Game boys

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J'étais contre, à fond contre, radicalement opposée. Position de principe inflexible. J'ai vu trop d'enfants, y compris mon frère, tellement omnubilés par leur petit écran qu'ils en devenaient stupides, incapables de parler, de voir, d'entendre. Enfermés dans la cellule étroite et solitaire de leur jeu mécanique et répétitif.
Alors, quand mon beau-père a voulu offrir à Dudie pour ses 5 ans une game boy, j'ai fait ma méchante, mis mon veto et intercepté le paquet. Pendant un an, il est resté enfermé dans mon placard, sans que son propriétaire n'en connaisse même l'existence. Et puis nous avons déménagé...
De Memphis à notre nouvelle maison, il y avait 3 jours de route et j'ai repensé à l'objet maléfique, toujours emballé. Il est ressorti de sa cachette, et je dois avouer que j'ai découvert ses vertus insoupçonnées, quand je me suis rendu compte qu'il aidait grandement mes petits zèbres de 7 et 4 ans et demi à supporter le long et monotone voyage.
Dès lors, la GB est devenue notre compagne de voyage, l'indispensable accessoire des longues heures d'avion et des trajets en train. Dans la vie quotidienne, elles (évidemment, elles se sont multipliées, c'est bien joli le "chacun son tour", mais ça va un temps) disparaissaient de la circulation.
Jusqu'au moment où nous avons commencé à chercher une maison à acheter. La GB est redevenue une aide précieuse, qui nous a permis, week-end après week-end, de charger les garçons dans la voiture et de partir pour d'interminables visites sans qu'ils s'impatientent, ni ne manifestent leur faim, leur soif ou autre petit soucis (oui, l'objet maléfique a pour effet secondaire étonnant d'anesthésier la sensation des besoins naturels, au point de nous valoir quelques mésaventures et flaques quand Paolo s'est rendu compte - trop tard - qu'il avait vraiment besoin de faire pipi)
Maintenant, il est devenu de plus en plus difficile de réserver cet objet honni aux seuls voyages. Ils clament et réclament, sont prêts à "faire du français" (c'était ma condition - que je pensais dissuasive) pour une petite demi-heure de screen time. Et, lorsque Thomas, le meilleur copain de Dudie, est arrivé avec un cordon magique qui permet de relier deux GB pour pouvoir jouer ensemble, que voulez-vous, je n'ai pas pu dire non...
Cela dit, étant la marâtre que je suis, au bout de 20 mn (j'avais mis le minuteur), j'ai exigé l'extinction des écrans et je les ai envoyés dehors se rafraîchir les idées.


Il faut dire qu'il a fait chaud...


[Je fais des rénovations sur le blog, peinture fraîche, etc. J'ajoute des décorations - liste de mes blogs chouchous -, je repeins les murs, mais tout cela met du désordre: j'ai perdu la liste des commentaires récents, dans ma colonne de gauche, et ne semble pas pouvoir remettre la main dessus; l'espace entre les lignes dans les billets est devenu très aléatoire... Je continue mes réparations bloguesques, entre deux cartons dans la vraie vie, et j'espère avoir mis un peu d'ordre avant de quitter les lieux la semaine prochaine!]

Wednesday, June 13, 2007

Hierarchie des valeurs

Un bruit répété dans la chambre des garçons. Quelqu'un tape sur quelque chose. Coups de marteau? Tambour? Assassinat d'un playmobil traitre qui serait passé du côté des lego guys?

- Qu'est-ce que tu fais, mon Paolou?
- Quelque chose de très important.
- Ah? Très important? Et qu'est-ce que tu fais de très important?
- JE JOUE!


En voilà un, au moins, qui a le sens des priorités.

Monday, June 11, 2007

Graduation ceremony

J'ai passé mon bac il y a exactement 18 ans. Les circonstances un peu particulières qui ont entouré cet "événement" (ma soeur est née le matin de ma première épreuve) font que j'en garde un souvenir très précis. Je me souviens de la difficulté pour trouver un café pour déjeuner, dans ce coin inconnu du XVIe, je me souviens qu'une de mes copines était dans la même salle que Charlotte Gainsbourg (du moins, nous l'avait-elle affirmé ...), je me souviens du numéro de charme que j'avais fait au prof de math (section A2, je passais les math à l'oral uniquement. Et j'ai eu 17, la meilleure note en math de toute ma carrière scolaire!). Je me souviens des hauts murs gris de Janson de Sailly, entourant une cour qui me semblait comme un puit. Le jour des résultats, j'ai obtenu d'arriver en retard au boulot (j'avais commencé mon premier boulot d'été, j'étais standardiste dans la boîte où travaillait mon père), et je suis allée, avec tant d'autres, repérer mon nom sur les listes scotchées à des tables, dans cette cour sombre. Je me souviens de la ronde des visages autour de moi, l'évantail des émotions un peu brouillées par ma propre anxiété. Je me souviens d'être tombée dans les bras de Vanessa, toutes deux débordantes de joie et de soulagement, nous avions les mentions espérées-inespérées. Je ne voulais plus voir personne, je ne voulais pas que leur chagrin ou déception entament mon bonheur égoïste. Je ne voulais pas qu'ils me détestent d'être si heureuse. Je me souviens d'avoir pris un taxi pour rejoindre mon boulot, dans le VIIe. Je me souviens si bien de mes sentiments mélés dans la voiture. C'était fini, le lycée. Et rien ne semblait vraiment le prouver, l'affirmer. Le manque de conclusion me laissait une amertume indéfinie.
Ce soir-là, je suis allée à une soirée, chez un de mes copains. Pour "fêter le bac". L'année suivante, je me suis retrouvée en hypokhâgne avec un certain nombre de ceux qui étaient présents à cette fête en demi-teinte. Les autres, je ne les ai jamais revus, je ne sais même pas ce qu'ils sont devenus.
Ce week-end, tout cela m'est revenu. J'ai repensé à mon bac, à cette journée des résultats, à d'autres résultats encore, affichés sur une porte, à la française. Si je revisite ma chambre aux souvenirs, c'est parce que dimanche était le jour de la "Graduation ceremony" pour les élèves de mon lycée. Et, bien qu'on puisse trouver caricaturale et exagérée la pompe de cette cérémonie (moi je la trouve émouvante), je ne peux m'empêcher de croire qu'au moins, elle offre une conclusion, a closure, à ces années d'école. Elle permet de tourner la page, une dernière fois tous ensemble. Je trouve que notre école républicaine pourrait parfois gagner à rétablir quelques rites de passage symboliques, comme la célébration de tant d'années (d'efforts? de souffrance? de découverte? d'ennui?) pour ceux qui sont arrivés au bout.
Si je dépoussière mes souvenirs mélancoliques de quand-j'avais-17 ans, c'est aussi parce que ma petite soeur passe sa première épreuve du bac, aujourd'hui... Elle m'a porté bonheur, il y a 18 ans, j'espère lui rendre la pareille.


[Un an plus tard, j'avais 18 ans, ma petite soeur à peine un an... Bonne chance, ma belle!]

Sunday, June 10, 2007

Presque la fin


La fin de l'année scolaire approche, approche... Et en attendant, je bosse, je bosse... J'envahis la table de la salle à manger, je m'étale, mes papiers s'empilent dans tous les coins de l'appartement, je dors peu et ma patience est de plus en plus limitée. Mais, ah!, je n'en ai plus pour longtemps!
J'ai toujours pensé que juin était mon mois préféré, mais chaque année, quelque chose m'empêche d'en profiter. Le bac, les exams, le concours, l'agreg, le mariage, le mémoire, le déménagement, les bulletins... Pas une année sans un mois de juin survolté, sur-stressant, trop rempli pour pouvoir me poser et en profiter. Je ne sais pas pourquoi, malgré tout, je persiste à croire que c'est le plus beau moment de l'année.

Friday, June 08, 2007

Potions Magiques

Les potions magique, c'est très facile. Il suffit d'avoir quelques ingrédients de base (La cendre volcanique et le venin d'Acromentula sont indispensables).


Good Luck Potion: Remplir votre éprouvette de Jus gazeux de Flobberworm, ajouter 2 gouttes (pas plus) d'Essence Florale Toxique, ajouter des yeux séchés de Glumbumble, des racines séchées de Horklump, des coeurs racornis de Hinky Punk, et finalement un peu de Venin d'Acromentula. Remuer. Saupoudrer de racine d'Asphodèle reduite en poudre... Et voilà!
Il ne reste plus qu'à plonger délicatement le bout de votre baguette magique pour vous porter bonheur dans tous les sorts que vous lancerez à l'avenir!



Bon, je vous ai donné la version des apprentis sorciers, voilà maintenant la version du maître des potions.

Pour la Good Luck Potion, le tout est de mélanger à de l'eau gazeuse le plus d'ingrédients possible (airelles ou raisins secs, petites boules décoratives blanches - les yeux de Glumbumble - grains de poivre, etc. J'ai même liquidé un paquet de calamard séché que m'avait envoyé ma belle-mère il y a un certain temps. L'odeur était tellement horrible que ce ne pouvait être qu'un ingrédient magique!). Mais avant de mettre en suspension dans le liquide à bulles toutes ces petites choses, on prend soin de mettre deux gouttes de colorant alimentaire, chaque enfant ayant ainsi une potion personnalisée, d'une couleur différente. Les petites choses ajoutées dansent dans la potion. Pour finir, on saupoudre sur la potion une cuillerée de bonbons appelés "Pop Rocks", une sorte de poudre qui grésille et pétille dès qu'elle touche un liquide. Nous avons obtenu un grand silence quand toutes les oreilles se sont penchées vers la potion pour l'entendre faire "Flizz Pop Whizzzzz..."! Le bruit était la condition de la réussite de la potion.


La deuxième, encore plus impressionnante, s'appelle Fizzing Phantom Potion. Chaque enfant a versé dans son verre mélangeur un liquide de couleur (j'ai utilisé d'horribles boissons bleue et rouge pétard, mais en fait on peut utiliser de l'eau colorée). On ajoute 2 gouttes de colorant alimentaire (la couleur change), un peu d'eau gazeuse, puis on remplit le verre au 3/4 de vinaigre (Acromentula Venom!). Quelques gouttes de liquide vaisselle (Slimy Gillyweed Juice). Puis, roulement de tambour, vient le moment de prendre une cuillerée de cendre volcanique (baking soda ou bicarbonate de soude). Tous les enfants gardent la cuillère en l'air (mais pas au-dessus du verre) et se tiennent prêts à verser la cuillère tous en même temps, chacun dans son verre.


Et là, whoumffffff!!! Incroyable, ça mousse, ça bouillonne, ça déborde, ça dégouline... Et si la réaction n'est pas assez impressionnante, une autre petite cuillère de cendre volcanique suffit.
Expérience fortement déconseillée dans votre salon. Ne choisissez pas non plus votre plus belle nappe: le liquide déborde partout, fait des flaques sur la table, sur le sol, un vrai bonheur. J'ai vraiment apprécié d'avoir un garage à ma disposition!


L'année prochaine, c'est sûr, je me lance dans la production de Ooblek. Vous savez, cette substance liquide qui devient solide si on la pince ou si on en frappe la surface... Je vous en dirai des nouvelles!

Tuesday, June 05, 2007

Rendons à César ...


Bon, il est vrai qu'il a râlé devant mes projets démesurés, il est vrai qu'il a refusé de s'investir avec enthousiasme dans l'aventure, mais la veille de la fameuse fête, il s'est montré à la hauteur. Et s'est transformé en un tour de main en Maître des Potions. J'avais certes trouvé les expériences adéquates, préparé tous les ingrédients, déniché les bouteilles et flacons appropriés, inventé (avec l'aide de Dudie, qui sait tout sur la faune et la flore magiques) les noms des substances mystérieuses ...

[Le vinaigre est devenu Acromentula Venom; le bicarbonate: Volcanic Ash; le liquide vaisselle: Slimy Gillyweed Juice; les airelles: Hinky Punk Shrunk Hearts; le jus de je ne sais quoi 100% colorants: Dragon blood (bleu) et Fragon Tears (rouge), etc. ]

Mais c'est lui qui a imprimé les recettes sur de petites fiches, c'est lui qui a donné les instructions et mené les expériences, réussissant à garder un calme relatif parmi les 11 apprentis sorciers en ébullition devant leurs potions mousseuses et débordantes.
(Moi je prenais des photos, qui sont d'ailleurs toutes ratées, il serait temps, après trois ans d'utilisation, que je finisse par lire le mode d'emploi de mon appareil photo)

Et bien sûr, comme d'habitude, c'est lui qui a fait le gâteau (jusqu'à une heure du mat', la veille au soir). Un peu moins de succès que les années précédentes: les enfants n'ont pas reconnu le Hogwarts Express, ils ont cru que c'était un bête camion, pfff. C'était bien la peine de tenter le gateau en 3D! L'année prochaine, l'homme reviendra à un art patissier plus traditionnel.

Monday, June 04, 2007

Acromantula venom et autres potions

Dimanche matin, j'avais récupéré l'essentiel de mes facultés élocutoires (ma voix est encore éraillée, mais au moins on m'entend), j'avais réussi à faire fi de tous mes maux, grands et petits, pour me concentrer sur l'ordre du jour: transformer notre banale maison muggle en un lieu magique, combinant Hogwarts et Diagon Alley, pour fêter les 9 ans de Dudie par une fabuleuse fête Harry Potter!


Après des semaines de cogitations, de glanage d'idées et de plannifications, après avoir obtenu de haute lutte la coopération réluctante de l'homme de la maison (Qui a besoin de goûter d'anniversaire?), après avoir menacé à diverses reprises de tout annuler (jusqu'à la veille au soir, quand deux zèbres surexcités sautaient sur leurs lits à 11h du soir en poussant des cris aigus, alors qu'ils auraient dû dormir depuis deux heures), après avoir commandé tous les accessoires indispensables sur e-bay (y compris une décoration pour le gâteau qui, à ce jour, n'est toujours pas arrivée) et acheté le reste samedi, nous y étions, le grand jour était arrivé, et il pleuvait.

Comme l'année dernière, il a fait un temps magnifique toute la semaine (31° et pas un nuage), et il s'est mis à pleuvoir le jour de la fête. Tant pis pour la partie de Quidditch (j'avais pourtant appris par coeur les règles modifiées pour jouer sans balai), et tant pis pour la chasse au trésor dans la Forbidden Forest (notre forêt de bambous aurait très bien pu faire l'affaire). Nous avons précipitamment rentré la table de jardin dans le garage, où s'est tenu le point culminant de la fête: Potion class!


Les copains (et copines) de Dudie ont adoré, tout le monde a trouvé le temps trop court, y compris moi qui avais encore 3 activités dans mon sac. Il n'y avait que l'homme de la maison pour trouver que deux heures étaient largement suffisantes.
Sorting hat ceremony, wand choosing, pin the pig tail on Dudley: tout a très bien marché, mais les potions, alors là, alors là ... Et nous n'avons même pas eu le temps de faire la troisième, celle du Ooblek, qui produit un fluide mega cool, bien poisseux, bien gooey. Oh well, ça sera pour l'année prochaine!


Tous les copains de Dudie fêtent leurs anniversaires sur le même modèle: les parents louent une salle dans un endroit spécialisé (les strip malls regorgent de ces mini-usines à Birthday parties), les enfants s'y entassent pendant une heure pour faire l'activité requise (se tirer dessus avec des pistolets lasers, sauter sur des pistes faites de boudins gonflables, jouer sur des machines à l'aide de jetons, payés par les parents qui invitent, bien entendu), puis ils doivent laisser leur place à l'anniversaire suivant, et sont parqués dans une salle étroite (le plus souvent sans fenêtres, je ne sais pas pourquoi), où sont servis pizzas, glace et gâteau d'anniversaire. Je ne vois pas l'intérêt.
Certains sont plus inventifs: Dudie est allé l'année dernière à un anniversaire dans un bowling, et il a adoré.
Mais l'idée semble être: gardons les enfants le plus loin possible de notre maison (alors que la plupart des gens ici ont de grandes maisons, souvent avec une salle de jeux ...)
La vérité, c'est que je prends plaisir à organiser des anniversaires home-made, même si je râle sur tout le mal que je me donne, et le stress, et le temps que ça me prend...

Ma conclusion sur la fête de cette année (mais je crois que je m'étais fait la même remarque l'année dernière): j'espère que Dudie continuera à inviter des filles et des garçons. A son âge, les anniversaires deviennent unisexe, et c'est dommage.


Sunday, June 03, 2007

The Lucky Luke effect


Paolo: "Si j'avais un revolver, je serais un cow-boy." Pause.
"Et si j'avais deux revolvers ... je serais un cow-boy avec deux revolvers!!"

Quant il était un peu plus petit, son père l'appelait le Roi des Tautologies.

[Je suis malade comme un chien depuis quelques jours ... Extinction de voix jeudi - le dernier jour de cours -, même plus un filet de son pour donner à mes élèves les dernières recommandations avant les exams de fin d'année. Ma gorge me trahit. Grosse fatigue, je ne dors plus parce que mon estomac recommence à faire des siennes, il produit un toxique qui s'insinue partout en moi, je m'auto-empoisonne. Et me tords de douleur, surtout pendant la nuit. Il est temps que cela s'arrête, mon corps crie STOP de toutes ses forces!]

Monday, May 28, 2007

Lundi 28 mai: Passage à vide

Fin mai, le temps s'accélère. Je ne suis plus.

Les fleurs ont dissipé leurs robes de bal éphémères, elles se sont dissoutes dans le vert, le vert puissant qui prend toute la place, toute l'odeur, que reste-t-il donc pour les fleurs? Le lilas n'a presque pas duré, quelques matins à peine.

J'ai l'impression d'être passée à côté du printemps, cette année.


J'assiste au vertige silencieux que crée le contraste de plus en plus grand entre l'accumulation des choses-urgentes-à-faire, le tourbillon des obligations qui m'oblige à garder l'oeil sur le calendrier (chaque jour un peu plus ...), et le vide intérieur qui se creuse en moi. Je fonctionne, mais de justesse. Je sais que cette période d'intense activité sera suivie d'une décompression sévère - à éviter à tout prix. Je commence déjà à m'imposer des repères, des tâches à accomplir. Il faut que j'écrive une liste.
Surplomber, c'est un art. Trop souvent, je suis trop en-plein-dedans. Il faut vraiment que je travaille la technique de l'élévation...

Sunday, May 20, 2007

Pagaille du vendredi soir

Vendredi soir. Paolo dans sa chambre joue à l'enfant unique. Il est seul maître à bord. Son frère et son père sont partis à leur leçon de guitare. Lui et moi, chacun absorbé dans ses occupations et préoccupations, dans le bazar de fin de semaine.
En passant devant sa chambre, je ressors la rengaine habituelle. Il va vraiment falloir que vous rangiez, ce n'est pas possible une telle pagaille! Il ne répond même pas, trop habitué et trop pris dans son jeu. Il joue comme moi à son âge, mêlant narration et dialogue, mais il est beaucoup plus fort que moi pour les bruitages.

Et puis une porte plus loin, le découragement me prend. Et je me dis que j'ai de la chance qu'ils soient encore petits, qu'ils n'aient pas encore la répartie impitoyable des pré-ados. Il ne me tarde pas de les entendre rétorquer Hé maman, tu as vu la tienne, de chambre?


[Sinon, nous n'habiterons pas cette maison que nous pensions acheter. Le contrat a été annulé. Entre soulagement et déprime, nous tournons la page.]

Monday, May 14, 2007

Neuf ans

Mon grand garçon a eu neuf ans dimanche. J'ai parfois du mal à me souvenir de mon tout petit, mon premier bébé. Les images se surimposent: mon Dudie à 2 ans, tout bouclé, tout souriant, qui regarde son petit frère nouveau-né.
Mon garçon à 5 ans, qui courageusement entre en Kindergarten dans une nouvelle ville, un nouveau pays (comme il était pâle ce jour-là! Chaque fois que j'y pense, cela me donne envie de pleurer. Nous l'avons laissé, grave et digne, dans cette classe inconnue, avec cette maîtresse qui se demandait si cet enfant muet comprenait l'anglais ... Il s'est bien rattrapé, par la suite! Mais ce jour-là, il ne disait rien, n'a pas pleuré, pas crié, ne s'est pas accroché à moi comme son frère l'a fait le jour de son entrée à la grande école).
Mon passionné de lecture qui, dans la bibliothèque de l'école où je travaillais à Memphis, ignorait superbement le groupe de lycéennes qui faisait cercle autour de lui ("So cuuuute!") et dévorait son Harry Potter avec le plus grand sérieux du monde.
Mon boudeur, mon rêveur, mon distrait, mon intello, mon inventeur, mon grimpeur d'arbres...


Neuf ans d'amour.


Il a laissé fondre les bougies parce qu'il réfléchissait au voeu qu'il allait faire en soufflant...

Sunday, May 13, 2007

Un jeudi derrière moi

Tout au long de l'année, j'ai vu mes élèves progresser, avancer - mot à mot, vers à vers, paragraphe après paragraphe - se décourager, se reprendre, s'enthousiasmer (j'ai les fanatiques de Baudelaires, les passionnés d'Apollinaire, les experts ès du Bellay ...)
Et jeudi, j'ai dû finalement les lâcher, admettre que je ne pouvais plus rien pour eux, les laisser face à leur copie blanche. A vous.
Je les ai accompagnés jusqu'à la salle d'examen, je leur ai donné à chacun un petit paquet (un crayon, un stylo, une bouteille d'eau, 3 petits beurres au chocolat), je leur ai souhaité bonne chance.
J'étais là aussi quand ils sont sortis. J'ai passé un quart d'heure à les écouter parler des sujets, commenter leurs plans de dissert', râler contre la difficulté du QCM. Mais mon rôle était fini.



Je ne devrais pas m'attacher ainsi.

Mais, HA! J'avais raison!! J'avais prédit Apollinaire ou L'Enfant noir pour l'explication de texte, et L'Enfant noir est tombé - le passage que je leur avais signalé, le passage que nous avions (rapidement, hélas!) analysé ensemble. En revanche, je ne croyais pas que Candide puisse tomber trois fois de suite pour la dissert' ... Autant pour moi. Heureusement, pour la dissert', il y a toujours le choix entre 2 oeuvres, et ils ont tous choisi La Guerre de Troie n'aura pas lieu. La question portait (actualité politique oblige?) sur le rôle des femmes ...

Monday, May 07, 2007

Slumber party


Voilà, j'ai fini par trouver un nom pour mon grand garçon. Un nom de blog, un nom caché, un nom qui ne dit pas tout ... Quand il était petit, au temps béni où il était enfant unique et n'avait pas de petit frère toujours derrière lui pour lui casser les pieds, au temps où il était notre petit prince, le seul, l'unique, son père et moi l'appelions Dudie. Désormais, il s'appellera ainsi ici.

Dudie, donc, mon grand garçon, a été invité il y a quelques week-ends de cela, à sa première slumber party (une sorte de fête pyjama). Depuis le temps qu'il m'en parlait et que je ne voyais arriver aucune invitation, je finissais par douter de la réalité de la fête en question. Finalement, triomphal, il m'a annoncé la date. Je lui ai demandé qui d'autre sa copine Leyla avait invité. Il m'a fait la liste: Mary (sa copine préférée), Kate, Samantha ...
- Que des filles?
- Bin, oui.
- Et ça ne te dérange pas d'être le seul garçon avec toutes ces filles?
- Mais, maman, tu ne comprends pas. Ce ne sont pas des filles comme les autres. [Avec le ton patient de celui qui explique quelque chose d'évident à une personne un peu lente d'esprit] Ce ne sont pas des girlie girls!

Ah forcément.
Alors, après quelques recommendations quant au déshabillage (Maman, je sais!) et aux heures de coucher, je l'ai conduit à sa soirée. Je connais les parents (pas très bien, juste pour avoir échangé nos enfants deux ou trois fois cet été, Paolo étant dans la même classe que la petite soeur de Leyla), et j'ai retrouvé la mère de Mary, que je connais un peu mieux, venue déposer sa fille. A notre arrivée, l'ambiance était déchaînée, les filles couraient partout, criaient, piaillaient, et Dudie n'en menait pas large. Elles n'ont pas semblé prêter attention à son arrivée, et ont poursuivi leurs jeux sauvages aux règles inconnues. J'ai senti mon grand vaciller. Je lui ai demandé (en français) "Dude, ça va?". Il m'a répondu "Je ne sais pas ce qu'elles font". Alors j'ai traîné un peu pour voir comment les choses allaient évoluer. Quand je l'ai vu finalement prendre part à la farandole, je l'ai laissé, en souhaitant bon courage aux parents.

Le lendemain, je suis allée le récupérer vers 10h. Comme la veille au soir, les gamins couraient pieds nus sur l'herbe en criant. Mais ils avaient un tout petit peu moins d'énergie que la veille. Le père de Leyla m'a confirmé qu'à 3h du mat', quand il était allé essayé d'exercer son autorité, Mary et Dudie étaient tous les deux très en forme. Les autres, apparemment, faisaient semblant de dormir. Dudie m'a considérablement embarrassée en racontant devant le papa qu'ils étaient allés, Mary et lui, vérifier l'heure sur le radio-réveil des parents endormis. Plus tard, je lui ai fait la leçon (et je ne rigolais pas du tout!) sur l'inconvenance d'entrer dans la chambre de gens endormis.
Bref, ils ont dormi environ 4 heures, se sont réveillés pour manger des pancakes et étaient toujours sautillants quand les parents sont venus les récupérer. Evidemment, ça n'a pas duré, et une fois rentré à la maison, bien que me soutenant mordicus qu'il était en pleine forme, Dudie a montré tous les signes du manque de sommeil: mauvaise humeur, chouinerie, pleurs pour un oui ou pour un non ... Comme il refusait de faire la sieste, je l'ai allongé de force sur le canapé, et je l'ai maintenu allongé pendant 30 secondes ... au bout desquelles il s'est endormi. Et mon Dudie, abandonné à son sommeil d'après-midi, a repris la pose de ses siestes de tout-petit, un bras levé au-dessus de sa tête.

Pas le moral

Vraiment, vraiment pas.

Friday, May 04, 2007

American high school



Ce que j'aime dans le système américain, c'est la flexibilité, la fluidité. Le lycée dure quatre ans, de la 9e (l'équivalent de notre 3e) à la 12e (terminale). Durant ces quatre années, les élèves composent leur cursus, mais le système "à la carte" est tempéré par un certain nombre de contraintes: il leur faut par exemple suivre un cours d'anglais (littérature) chaque année, au moins 3 cours de maths, 2 ou 3 de sciences, 2 d'art, 3 d'histoire, etc. En ce qui concerne les langues étrangères, dans l'école dans laquelle j'enseigne, les élèves doivent étudier une langue étrangère (espagnol, français, chinois ou latin) pendant au moins 3 ans (le plus souvent, ils en font 4).

Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" classe, puisque les élèves ne font pas partie d'une classe au sens où tous sont dans le même cours en même temps. La "classe", c'est l'ensemble des 9e, par exemple (100 élèves, cette année), et ils se retrouvent ensemble avec leur "dean" (sorte de super-prof principal) une fois par semaine. Le reste du temps, ils se mélangent avec les autres classes selon leur niveau, et pas selon leur âge. Par exemple, dans ma classe de AP littérature, j'ai des 10e, 11e et 12e. Dans mes autres cours (sauf les débutants, qui sont tous des 9e), les élèves n'ont pas le même âge, ce qui est un excellent moyen non seulement de créer des liens entre les différents groupes d'âge (quand j'étais au lycée, je n'avais presque aucun contact avec les élèves qui étaient un an avant ou après moi, et surtout pas avec les scientifiques, moi qui étais une littéraire pure et dure), mais aussi de créer une atmosphère de classe plus intéressante, les plus jeunes apportant souvent l'énergie et l'enthousiasme, les plus âgés apportant la maturité (il y a des exceptions, bien entendu).

Quant aux cours AP ... AP signifie Advanced Placement. Les cours AP sont les cours les plus avancés qu'on peut trouver au lycée, dans toutes les matières. Chaque cours AP a un programme défini par le College Board (l'instance qui régit la transition entre le lycée et les universités, et qui se charge de tous les tests standardisés, si prisés dans le système américain), et les élèves inscrits en cours AP doivent passer un examen national en mai.
Les notes à l'examen AP vont de 1 à 5. Les universités regardent de très près ces notes quand elles considèrent les dossiers des lycéens. Un 5 ou un 4 à l'examen AP signifie que lorsqu'il arrivera à l'université, l'élève pourra sauter les cours d'introduction à la matière et s'inscrire directement en 2e voire 3e année.

J'enseigne un cours de AP littérature française, et j'avoue que j'ai été surprise par le niveau des exigences de l'examen. Notre programme est composé d'oeuvres en prose (Maupassant, Voltaire ...), de pièces de théâtre (Molière, Giraudoux ...) et de poèmes (La Fontaine, Louise Labé, du Bellay, Baudelaine, Apollinaire et Anne Hébert). Non, ça ne rigole pas! L'examen consiste en une explication de texte sur une oeuvre au programme, un essai sur une oeuvre au programme (ex: Analysez le rôle du destin ou de la fatalité dans La Guerre de Troie n'aura pas lieu ou dans Candide) et d'une série de QCM pas facile (ex: Au vers 23, le poète utilise-t-il une métaphore, une anaphore, une prosopopée ou une anacoluthe???)
Bref, ma petite classe (7 élèves) travaille dur pour arriver fin prête à l'examen, jeudi prochain. Nous révisons les oeuvres que nous avons lues et analysées ensemble, nous nous récitons les listes de figures de style apprises par coeur (la différence entre métaphore, métonymie et synecdoque n'est pas évidente, je vous l'accorde), et nous essayons de prendre des paris sur les auteurs qui tomberont cette année. Voulez-vous mes pronostics? (Ou vous vous en tamponnez le nombril? Je vous les donne quand même!) Apollinaire ou un extrait de L'Enfant Noir en explication de texte; La Guerre de Troie n'aura pas lieu ou l'Enfant noir en essai.

J'adore mon cours de littérature. C'est la classe dans laquelle j'entre avec le plus de plaisir et les heures sont toujours trop courtes. J'ai la chance d'avoir cette année des élèves bosseurs et motivés, et comme je passe beaucoup de temps avec eux en ce moment (y compris le week-end, le soir, et durant le déjeuner ...), il est heureux que nous nous entendions si bien!
Je travaille énormément pour préparer ce cours (plus que pour aucun autre de mes cours), j'ai plus que tout le désir de voir mes élèves réussir. A la limite, je me fiche des notes: il ne s'agit pas de sanctionner leur travail par une note, mais de les aider à progresser. Cette période de l'année, bien que la plus stressante à cause de l'examen, est aussi la plus gratifiante pour moi, parce que c'est le moment où je touche vraiment du doigt leurs progrès: au début de l'année, ils déchiffraient Candide, maintenant ils peuvent m'expliquer le rôle de l'ironie chez Voltaire. En septembre, certaines tournures de La Fontaine leur paraissaient compliquées, maintenant, ils ne sont (presque) plus décontenancés par
"Si de mes bras le tenant acollé,
Comme du Lierre est l'arbre encercelé,
La mort venoit, de mon aise envieuse ..."
(Louise Labé)

Et je suis fière d'eux ...

[J'enseigne dans une école privée, et ce que je décris reflète mon expérience en tant qu'enseignante aux Etats-Unis dans ce cadre particulier. Chaque école a des règles de fonctionnement différentes.]

Monday, April 30, 2007

Lundi 30 avril: Où est passé mon week-end?

J'ai passé presque tout mon week-end à bosser. Samedi après-midi, pause de deux heures: nous avons amené les garçons à une fête de rue. Barbapapa, hot-dogs, ballons, musique et tutti quanti. C'est là que nous nous sommes rendu compte que nous avions vraiment besoin de souffler. Nous avons derrière nous des mois de stress, sans relâche. C'est bon, un peu de légereté, de flânerie dans les rues printanières ...


Et puis je me suis remise au boulot. Mes élèves passent leur exam dans 10 jours, alors nous travaillons intensément. Hier après-midi, séance de "révision" (en fait, nous finissons le programme...), jusqu'à 7 heures du soir. Et je viens de me rendre compte que j'ai programmé la dernière séance de révision dimanche prochain, juste pendant les résultats de la présidentielle, aarrgghh. Il va falloir jouer serrer pour ne pas laisser tomber mes chers élèves (motivés, bosseurs, décidés à percer les mystères de la littérature française), et en même temps vivre l'Histoire en direct (quoiqu'à distance)!