Sunday, November 09, 2008

November week-end - 2 versions

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Version 1: Samedi à New York. Pluie. Brunch en terrasse, protégée des gouttes par l'auvent. Quelques magasins, une pièce de théâtre (La Mouette - ou plutôt, The Seagull), un mojito au concombre, un risotto au magret de canard, au potiron et aux champignons, un retour en train ensommeillé...


Version 2: Dimanche à Bonne Espérance. Soleil et feuilles d'or. Fabrication de délicates bibelots végétaux. Partie de frisbee.
(Et aussi: lessives, pliage de linge, correction de copies, deux heures à l'école pour cause de "journée Portes Ouvertes", soirée de prep devant l'ordi - la semaine a déjà commencé...)



[Message personnel: Maurine, j'ai finalement lu ton message! Je t'ai envoyé un e-mail sur ton adresse privée.]
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Wednesday, November 05, 2008

Victoire!


Il y a quatre ans exactement, un gris mercredi de novembre, il me semblait que j'avais reçu quelque chose de très lourd sur la tête. J'étais comme étourdie, abasourdie, essayant de trouver du sens à un événement incompréhensible. Je regardais mon amie Paula qui titubait de rage et de désespoir, anéantie par le choc, plus que moi encore parce qu'elle était beaucoup plus impliquée et militante. Tout autour de nous, le Tenessee était en liesse: les Américains venaient de réélire Bush et Memphis se rengorgeait. Jamais je n'ai autant détesté les jolies têtes vides des élèves de cette école, qui roucoulaient de joie sans avoir la moindre idée des enjeux politiques d'une telle décision.
Quatre ans plus tard, j'ai du mal à croire que l'impossible s'est réalisé, que ce à quoi nous n'osions croire a trouvé une forme et une place dans la réalité: Barack Obama a été élu président des Etats-Unis. Dans ma petite ville du New Jersey, à forte majorité démocrate, l'ambiance est à la fête. Hier, les élèves ont voté, et Obama l'a emporté, aussi bien au collège qu'au lycée. Aujourd'hui, pas d'euphorie ni d'exultation comme à Memphis, mais de grands sourires.
"A quelle heure tu t'es couché?
- Ah, j'ai attendu la fin du discours.
- Moi, après Ohio, je savais que c'était gagné, alors je suis allé dormir."

On a envie de croire que le plus dur est passé. Hardly: ça ne fait que commencer. Let's get to work!

Sunday, November 02, 2008

Mon frère

J'ai mis du temps à me rendre compte que si je tenais tant à ce que mon frère nous rende visite, c'était moins pour lui que pour mon père. Mon père qui n'est jamais venu nous voir depuis que nous habitons dans le New Jersey (il nous avait rendu visite à Memphis, c'est peut-être cette expérience qui l'a découragé de revenir...) et que je rêve de faire venir ici.
A la place, j'ai insisté pour qu'il fasse venir mon frère. Je l'ai tarabusté pour qu'il prenne un billet (pas facile: deux semaines avant le début des vacances, il ne l'avait toujours pas acheté...), j'ai cherché des billets pas chers, je lui ai envoyé les sites de voyage que j'utilise habituellement. J'en ai fait presque trop.

Mais voilà, j'avais un peu oublié que mon frère est un ado de 15 ans, que je connais finalement assez peu. Je ne le vois qu'une semaine par an, en compagnie de ses copains (que mon père invite systématiquement quand nous passons une semaine de vacances ensemble; j'ai fini par lui dire cette année, après 4 ans de ce régime, que j'aimerais bien passer du temps avec lui sans les copains de son fils. Il a acquiescé, mais s'en souviendra-t-il l'été prochain?)
Mon frère a donc débarqué, avec ses dix mille questions auxquelles je réponds invariablement "Je ne sais pas", sa connaissance encyclopédique d'anecdotes dépourvues (pour moi) de tout intérêt, ses "blagues à deux balles" (selon son propre jugement), et sa gentillesse qui coexiste bizarrement très bien avec l'égoïsme de son âge. Le pauvre, il est tombé sur la mauvaise semaine, j'avais tellement de travail. Et pour pouvoir m'occuper un peu de lui, j'ai accumulé le retard. Maintenant, j'en paie les conséquences: je me sens submergée par un amoncellement de choses à faire, la panique me gagne et je deviens agressive parce que j'ai l'impression que tout le monde cherche à me voler mon temps précieux.

Je fais des efforts pour accepter les côtés irritants de mon frère. Mais je ne suis pas prête pour l'adolescence. Il n'a que quatre ans de plus que Dudie, et ça me tracasse: comment vais-je supporter un ado au quotidien? Est-ce que mon frère est particulièrement immature? (Oui, sans doute, en tout cas comparé à la plupart de mes élèves). Il est intelligent, sans doute très intelligent, mais son intelligence est recouverte d'une gangue épaisse de "culture télé". Il zappe sans arrêt d'un sujet à l'autre, ne creuse aucune idée, amasse les petits faits, manque de perspective et de culture générale. C'est l'âge, sans doute.
(Il me dit qu'il ne passe pas beaucoup de temps devant la télé. Juste deux heures par jour. Et aussi qu'il a arrêté les jeux en ligne. Il en parle comme un ancien drogué qui a décroché.)

Le fait même de faire des efforts me fait de la peine. Si je l'aimais vraiment, je n'aurais pas à me contraindre. Il me semble que pour ma soeur, mon agacement (qui n'est pas du même ordre) est tempéré toujours par la tendresse que j'ai pour elle. Je n'arrive pas à créer de lien avec ce grand garçon pâle qui est le fils de mon père. C'était un peu mon but inavoué, en le faisant venir ici. J'ai peur qu'il ne reparte avec le déplaisant souvenir de mon irritation. Et, encore une fois, c'est surtout par rapport à mon père que cela me fait mal.

Monday, October 27, 2008

Week-end en célibataire


J'avais tellement de projets. J'allais faire une méga fête, inviter plein plein de monde, profiter de l'absence de l'homme pour rattraper le temps perdu en matière de vie sociale. Je l'attendais avec impatience, ce week-end sans lui.

Mais, ah!, j'avais oublié les rendez-vous parent-prof mercredi, jeudi, vendredi, qui m'ont laissé complètement à plat. Je n'avais pas compté avec la pluie diluvienne. J'avais négligé la tonne de boulot qui m'attendait (m'attend toujours), les copies à corriger par dizaines, les préparations de cours (toujours ce maudit disque dur, qui, en oblitérant tout mon travail des années précédentes, me rend la tâche si difficile). J'avais ignoré les corvées de ravitaillement, de rééquipement (un cartable a lâché cette semaine, et je ne peux plus faire semblant de ne pas voir les trous aux genoux des jeans), de rangement, de bibliothèque, de foot, de lessive. Et aussi, je n'avais pas bien regardé mon calendrier: mon frère arrive lundi.

J'ai réussi à barrer de ma "to do" beaucoup beaucoup de choses (des dizaines de lessives faites, séchées, rangées; le foot sous la pluie, les courses sous la pluie, le déchargement des courses sous le déluge; un dimanche entier en compagnie de mes copies; ma semaine de boulot planifiée; un gâteau aux poires, une soupe au potiron; et quelques autres choses. Laissé tomber la bibli, on ira un autre jour. Les cartables sont achetés - un chacun, pas moyen de faire autrement -, les jeans aussi, et de nouvelles bottes pour moi que je ne suis pas sûre de garder. Les devoirs de Dudie ont été vérifiés.) Je me suis couchée à minuit et demie, après le retour de l'homme. Pas tout à fait fini ci et ça, mais bon...

J'ai donc passé un week-end comme les autres. Un peu plus paisible, peut-être.

Saturday, October 25, 2008

Turn around

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J'ai essayé depuis le début de la semaine de renverser la vapeur. Je crois que j'y suis arrivée. Temporairement. Il fallait contrer l'accablement.
- Paolo a perdu ses lunettes depuis lundi (c'est la deuxième paire en 5 mois)
- Il s'est pissé dessus deux fois en deux jours (à huit ans?)
- Dudie s'est fait piquer le livre tout nouveau que je venais de lui offrir la veille et dont il rêvait depuis un moment. Il l'a laissé devant l'école pour aller jouer en m'attendant, et le livre a disparu en moins de 10 minutes. Il paraît que je ne lui avais jamais dit d'écrire son nom dans le livre ...
- J'ai dû aller expliquer à la bibliothèque municipale que l'étui du DVD que j'avais emprunté la veille avait été détruit par mes élèves trop zélés qui voulaient voir le film à tout prix, même si l'employée de la bibliothèque avait oublié d'enlever l'antivol. Ils ont bousillé l'étui, ça leur a pris presque une heure, nous n'avons donc pas pu regarder le film et j'ai dû payer $5 pour frais de remplacement.
- J'ai passé toutes mes soirées à corriger comme une forcénée, pour avoir quelque chose de substanciel à dire aux parents lors des rencontres parents-profs (oui, c'est le retour des PTC), du coup je suis arrivée mercredi soir comme un zombi à mes premiers rendez-vous. Limite de l'étourdissement, la tête qui tourne, des papillons devant les yeux, me demandant si j'allais tenir... Et comme souvent, j'ai puisé de nulle part l'énergie de leur faire face, de leur sourire, de leur parler de leurs gamins.
- J'ai réussi à me disputer avec l'homme juste avant son départ pour 4 jours (il a emmené ses élèves au Québec). Il faut dire, ça n'a pas été difficile, il n'attendait qu'un prétexte pour sortir sa grosse colère.
- En l'absence de l'homme donc, et devant rester à l'école jusqu'à 21h, j'ai dû me débrouiller de garderie en baby-sitter, puisqu'ils n'avaient pas école et que je suis démunie en matière de grands-parents. Et même si ça a été la course pour les récupérer et les véhiculer d'un endroit à l'autre entre deux sessions de parents, je me suis débrouillée. Sans trop crier (c'est aujourd'hui, samedi, que je décompresse et ai du mal à supporter les pinailleries, crises de rébellion et constantes réclamations).
- J'ai subi une heure et demie de foot sous la pluie ce matin (cette fois, j'avais pensé à la chaise pliante, au parapluie géant et au bouquin. Préparée.) De temps en temps, je levais la tête de mon livre pour gueuler: "Cours! Cours! Bouge! Va chercher le ballon!" à mon garçon qui depuis des années est toujours prisonnier de l'illusion que le ballon va lui arriver directement dans les pieds sans qu'il ait à se déplacer. Le petit jouant sur un terrain un peu plus loin n'a pas eu à souffrir mes conseils bien avisés.

Durant toute cette semaine, j'ai essayé, essayé de recommencer. Repartir à zéro (non, ce n'est pas une "mauvaise journée", c'est juste une mauvaise matinée. Ce n'est pas une mauvaise semaine, juste un mauvais mardi, après un mauvais lundi. A partir de maintenant, les choses vont changer, ça va aller mieux. A partir de maintenant).
Maintenant se fait vieux, et une autre semaine va commencer. Reste à l'orienter dans la bonne direction dès le début.


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Friday, October 17, 2008

Fall

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Les couleurs ont changé. Les nuits aussi. Nous nous préparons pour une nouvelle saison.

Bientôt, bientôt, le feu dans la cheminée. En attendant, je me chauffe comme un chat frileux à tous les rayons que les soleils d'octobre projettent en oblique. Et je pense à Maurine qui attend, attend le printemps, à l'autre bout du monde.

Sunday, October 12, 2008

Rumble Fish

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J'ai revu un des films cultes de mon adolescence, cette semaine. Rumble Fish est sorti en 1983, mais je suis certaine que je ne l'ai vu que quelques années plus tard, quand j'avais 15 ou 16 ans. Je ne me souviens pas dans quelles circonstances je l'ai vu, mais j'ai retrouvé intacte la fascination que j'avais éprouvée alors. Un film qui ne ressemblait à aucun autre, un film que je ne comprenait pas bien, mais qui me parlait, qui ne cessait de me parler, qui semblait me dire des choses que j'ignorais sur moi-même. J'avais tout absorbé, tout reconnu: la poésie en noir et blanc du désert urbain américain, vidé de l'intérieur; la chorégraphie des corps balancés comme au hasard et se rattrapant par miracle; la déconstruction du mythe qui ne repose plus que sur du de la fumée; l'étrange (et je ne sais comment terriblement familière) alchimie familiale; et surtout, surtout, l'envoûtement provoqué par ce seul nom: la Californie.
J'écrivais sur mon agenda: "The Motorcycle Boy Reigns". Pseudo-graffiti qui se la joue: en fait tout un programme. Mickey Rourke n'en finit pas (toujours aujourd'hui) de m'affoler le coeur. Il est, dans ce film, fascinant, envoûtant (je sais, je me répète. Je n'arrive pas à trouver le mot qu'il me faut. Il est de ceux qu'on suit, aveuglément, parce qu'il émane de lui une telle force mystérieuse, impérieuse - je parle du personnage, sans doute. Mais, comme le dit The Motorcycle Boy: "If you gonna lead people, you gotta have somewhere to go")



Cette fois, j'ai compris ce que je n'avais fait que sentir, à 15 ans (Et encore!) Notamment, que le sortilège de ce film tient beaucoup à sa bande son, au rythme ensorcelant qui ponctue, soutient, porte les images. Battements de coeur, bruits de la ville, voix embrumée.

J'ai revu ce film à cause du poisson que l'homme a adopté, un rumble fish, justement. Et finalement, finalement, avec quelques 12 années de retard, j'ai finir par établir le lien entre mon ensorcellement par ce film et ma passion pour la Californie, où, d'ailleurs, j'ai rencontré un homme et sa moto. Weird.

[J'ai récemment vu des photos de Mickey Rourke qui m'ont rendue très triste. Ce qu'il est devenu est assez effrayant.]

Friday, October 10, 2008

Sporadiques apparitions

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J’ai revu le Prince Charmant, ce soir. I thought I was over it. Was not.
Cette soirée, voilée par un persistant mal de tête qui bourdonnait en sourdine, me paraît totalement irréelle. Je me souviens à peine d’avoir mangé. Le goût dans ma bouche était brumeux. Ma vision aussi. Celui que je regardais ressemblait tellement à une créature de mon incessante rêverie que j’avais du mal à me croire dans la vraie vie. Le réel m’échappait sans cesse, fuyant sous mes doigts. Je savais que, assise à côté de lui, j’allais le toucher, à un moment ou à un autre. J’attendais. J’ai posé ma main sur son bras, mais encore une fois, je n’ai rien senti. Il était là, vivant, sous ma main, mais je n’ai rien senti de sa chaleur, de ses mouvements. Comme lorsque je me suis avancée vers lui pour un « hug », j’étais trop confuse pour rien sentir, ni son odeur, ni la forme de son corps. Je me suis éloignée trop vite de lui, laissant sa main glisser sur mon manteau.
Je ne l’avais pas vu depuis mai. Il n’a pas changé du tout. Il est un être de ma vie intérieure, et je n’arrive pas à réconcilier ses apparitions concrètes avec ce que j’ai fait de lui en moi.
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[Antidaté, bien sûr.]

Sunday, October 05, 2008

Separate dreams (Dyptique 4.3)

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There is nothing left of us in there
Nothing
We share the same bed
As if an invisible line was dividing it
In two
Stay on your side
I used to say when I was a child
Now I don't need to say it
Any more
You won't cross the line
And I'll make sure
I won't move over to your side.
There is nothing left of us in there
When I get up you are already gone
I read the dark waters on the surface of the bed
The wrinkles tell me of two separate bodies
Dreaming separate dreams.

[Deuxième participation - à l'heure, cette fois! - au Diptyque d'Akinou. Il s'agissait d'écrire un texte à partir de la photo de Michel Clair ]

Friday, October 03, 2008

Comment reconnaître ...

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J'ai un problème avec les voitures. Ici, on dirait que j'ai, si on devait me coller une étiquette, un "visual cognitive challenge", ou "automobile learning difference" ou quelque chose du même acabit. Car, voyez-vous, je ne reconnais pas les voitures. Elles se ressemblent toutes. Un jour, j'ai failli monter dans la voiture d'un parfait inconnu (qui m'a vu avancer la main pour ouvrir sa portière avec une évidente stupéfaction), alors que ma petite collègue, qui, presque chaque jour, s'arrêtait à mon arrêt de bus pour me conduire au collège de Nanterre où nous travaillions toutes les deux, alors que ma petite collègue donc, garée juste derrière le monsieur, agitait les bras pour m'empêcher de monter dans la mauvaise voiture... Elle m'a engueulée: "Mais, ce n'est pas la même marque! Ce n'est même pas LA MÊME COULEUR!!" Ah, détail sans importance. Sa voiture était bleue marine. Je crois. Ou verte. Mais d'un jour sur l'autre, je l'oubliais.
A Memphis, nous avons acheté une voiture vert foncé. Sur les immenses parkings qui s'étendent ad nauseam devant les monstrueux supermarchés du Tennessee, je retrouvais ma voiture parce que j'avais appris par coeur le numéro d'immatriculation. Ou alors parce que j'avais avec moi un petit garçon de trois ans doté d'un radar intuitif qui repérait à 100 mètres ce que j'étais incapable de voir... Il se moquait de moi: "Tu t'es encore perdue, maman!"
Maintenant, j'ai ma voiture à moi, et je la reconnais. D'abord, elle est rouge. Et puis, il y a des détails qui ne trompent pas...

Tuesday, September 30, 2008

Charmant (Dyptique 4.2)

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J'ai mis la table. Et j'ai attendu. Cette fois, je n'ai rien préparé. J'ai attendu. Quand il a commencé à faire nuit, j'ai commencé à avoir un peu froid. Je n'ai pas emmené de pull avec moi, on était censés aller à la mer. Comment on s'est retrouvés ici, j'ai oublié.
Il n'y a pas de chauffage dans cette maison, c'est un gite d'été, a dit le proprio. J'ai cherché dans les placards, j'ai trouvé une couverture qui sentait un peu le moisi et une nappe à carreaux rouges et blancs. Je l'ai mise sur la table, et j'ai remis les couverts dessus. Elle me rappelle une fois, il y a longtemps, peut-être deux ans, où je suis allée au restaurant. C'était au bord de la rivière, j'ai oublié quelle rivière, et les tables avaient des nappes exactement comme celle-là. Des gens se sont assis pas loin de nous, et j'ai entendu la dame dire: "C'est charmant, très champêtre!" C'était la première fois que j'entendais quelqu'un dire le mot "charmant". Je sais ce que ça veut dire, je ne suis pas bête, mais je n'avais jamais entendu quelqu'un le dire (champêtre non plus, d'ailleurs).

Cette fois, je n'ai pas fait des pâtes, parce que je ne sais pas à quelle heure il va rentrer, et je ne veux pas refaire la même chose que la dernière fois et qu'il se mette en colère encore. J'avais commencé à faire cuire les pâtes, et puis, comme il n'arrivait pas, et comme je pensais que les pâtes froides, c'est pas bon, je les avais laissées dans l'eau. Quand il est arrivé, elles étaient toutes molles et écrasées. Il était furieux, vraiment furieux. J'avais mis toutes les pâtes, il n'y avait plus rien à manger. C'est vrai que ce n'était pas bon, j'en ai mangé quand même.
Mais je lui avais dit que je ne savais pas cuisiner! Avant de partir. Je l'avais prévenu, je n'avais pas menti. Il avait dit que ce n'était pas grave, qu'on irait au restaurant. Mais on n'y est jamais allés. On a mangé beaucoup de sandwichs et de thon en boîte. Et maintenant qu'on est arrivés dans ce gite, on fait des pâtes. Je croyais avoir compris comment on faisait en le regardant, mais apparemment non. On ne m'a jamais appris à cuisiner. Je n'ai jamais habité dans un endroit avec une vraie cuisine, une cuisine où on fait du poulet rôti et des gâteaux.

J'attends. Je ne sens même plus que j'ai faim. Le proprio du gite est passé tout à l'heure - c'est le matin, j'ai dû m'endormir sur la nappe à carreaux. Il m'a dit qu'il fallait quitter le gite, il l'avait loué pour le week-end, pour un mariage. Il est parti, puis il est revenu, il y a 10 minutes. Il a regardé la table, avec la nappe, les couverts bien droits, la carafe d'eau. Il m'a dit que je devrais repartir chez moi, que ce n'était pas un endroit pour moi, ici. Qu'il n'allait m'arriver rien de bien. Je n'ai rien répondu, qu'est-ce que je peux répondre à ça? Quelque chose de bien, c'est comme une cuisine où on fait des gâteaux, je connais pas. Et puis, il a sorti de sa poche des billets, il les a mis sur la nappe à carreaux, il m'a dit: "Prends le train, rentre chez toi." Je lui ai dit: "J'ai pas ça."
- "Pas quoi?
- Pas de chez moi."
Il a secoué la tête.
- "Tu as dix-huit ans?"
J'ai préféré ne pas répondre.
Il a redit:
- "Va, prends le train. C'est pas la peine d'attendre."
J'ai compris ce qu'il voulait dire.
C'est dommage. Je ne sais pas cuisiner, mais je sais mettre la table. C'était joli, la nappe à carreaux rouges et blancs et les couverts bien rangés.

J'ai pris les billets, je suis allé chercher mon sac à dos sur le canapé, j'ai dit merci et je suis partie.

[Ce texte est ma participation - tardive, très tardive - au Diptyque d'Akinou. J'ai eu beaucoup de mal à afficher la photo, je ne sais pas faire (j'ai fini par aller la piquer chez un autre participant, en avais-je le droit?) La photo d'origine est d'Alibaba]

Monday, September 29, 2008

Retour des orages


Depuis plusieurs jours - semaines - l'air est électrique. Ce week-end, le tonnerre gronde sourdement. Quelques éclairs. Et puis l'explosition. Déchaînement pendant une heure et demie. Des cris, des larmes (les miennes). Et les enfants, à nous entendre, qui s'y mettent aussi.

Comme d'habitude, nous n'avons pas avancé d'un iota. Rien n'a été dit - crié - qui ne l'a déjà été. Je suis immensément fatiguée de tourner en rond sur ce manège, fatiguée de la corde qui me bride et me cisaille, fatiguée du même paysage. Fatiguée.

Temps gris. L'orage est passé, mais l'atmosphère est pesante. Il faut bien continuer.
Mes yeux me pèsent, la peau de mon visage tire, je me sens si vieille, si vieille.

Une angoisse montante, insidieuse comme une eau sale qui passe sous la porte. Toute la journée, je l'ai senti arriver. Cette après-midi, j'ai essayé: une promenade seule pendant que les garçons étaient à la piscine, une glace qui m'a plus écoeurée que réconfortée. Et sur le retour, après avoir acheté la peinture pour demain et fait les courses en deux fois - j'en ai oublié la moitié la première fois -, j'ai pris conscience de mes orteils tous recroquevillés, de mes mains crispées sur le volant, de mes muscles douloureux. Tout moi, tendue jusqu'au point de rupture.

Partout où je vais me suit la pile des choses à faire qui commence l'escalade - l'année scolaire a vraiment commencé. Welcome to Stressland, y'all!

Wednesday, September 24, 2008

Crash

J'ai tout perdu. Vertige du vide.

Dimanche soir, mon ordinateur (portable, celui de l'école) s'est arrêté. Comme ça, d'un coup. Et il n'a jamais redémarré que pour me montrer un point d'interrogation clignotant. La tuile.
Lundi matin, les techs guys de l'école m'ont dit sans ménagement qu'il y avait très peu de chance de récupérer quoi que ce soit. En fait, la seule chose qui ait émergé de ce naufrage, c'est avertissement que j'avais écrit pour un élève, durant ma première année à l'école, et quelques notes administratives (la liste des rendez-vous avec le directeur des programmes, par exemple). Tout le reste ... anéanti. Et moi avec.
Je suis partie sangloter toute seule dans le bureau. J'ai passé la journée dans le brouillard, alternant entre incrédulité (ce n'est pas possible, ça n'a pas pu arriver) et désespoir (quatre ans de travail, des centaines d'heures, des jours et des jours de préparation... )
Mes élèves ont vu ma tête, m'ont interrogée, m'ont promis de me rapporter tout ce qui leur restait des années précédentes. Ils sont si gentils.
Je ne peux m'empêcher de repasser, en boucle, la liste de tout ce qui a disparu. Les contrôles, les interro, les polycopiés expliquant tel ou tel point de grammaire, les fiches sur les livres que nous étudions en classe de littérature, toutes mes préparations de cours, quelques photos (la plupart sont sur l'ordinateur de la maison), toute ma musique, quelques textes personnels, tous mes documents administratifs, etc., etc.

Repartir à zéro. Pas une tentation, une nécessité. Page blanche.

Sunday, September 21, 2008

Mise en place des routines

Je n'arrive toujours pas à récupérer ma demi-heure du matin. Pas moyen, rien à faire. Plus de vagabondages bloguesques, les yeux embrumés, le thé brûlant à la main. Où est passé mon temps à moi?

J'ai toujours eu du mal à sortir Paolo de son lit. Tout petit, c'était la promesse du biberon qui seule parvenait à l'extraire du sommeil. J'ai prolongé le biberon aussi longtemps que possible, mais quand il s'est arrêté, les crises ont commencé. A chaque âge, j'invente de nouvelles stratégies [J'avais écrit startégies. New ways to start a better day, for sure...]. Et bien sûr, il y a les jours où tout glisse, les jours où tout accroche. Les jours où je suis en retard et où il hurle si je soulève les couvertures. Les jours où je crie plus fort que lui. Les jours où je pose tout pour le caliner et lui permettre de repartir du bon pied. Les jours où je lui en veux, terriblement, de me soumettre à ce stress quotidien, cette lutte: il faut se préparer, être prêts, il faut partir - pas seulement eux, moi aussi, moi en même temps. Et sitôt que je les ai lâchés, il faut que je retrouve les autres, tous les autres, j'entre en scène et je dois être prête. Ah, en écrivant, je découvre le leitmotiv de ma vie en ce moment. Et la source de mes inquiétudes, mes colères: être prête. Ou plutôt, ne pas l'être, encore et encore. Et me rattraper comme je peux, du bout des doigts.

Debut de l'automne, de l'année scolaire, de notre vie dans cette nouvelle maison: mise en place des routines.

La toute dernière en date, celle qui m'aide à lever mon dormeur avec beaucoup plus d'efficacité que mes roucoulades ou que les injonctions de son frère, c'est la permission d'écouter de la musique sur mon ordinateur. Ecouter et surtout regarder. Il en oublierait de manger.
Demain, mon musicien commence le violoncelle. J'ai souhaité bonne patience au prof de musique. Il m'a répondu: Oh, mais je suis patient...

Wednesday, September 10, 2008

Changements

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* Un jour de la fin août, un jour de bleu très bleu et de vert tellement vert, une pluie de feuilles d'or a traversé ma route. Et, comme ça, en une envolée de lumière, l'été a annoncé sa fin prochaine. Quelques jours plus tard, une petite main écarlate au milieu d'un arbre encore entièrement revêtu de sa parure estivale m'a fait signe. Oh, ça va, j'ai compris.

* Nous devons partir une petite demi-heure plus tôt, maintenant que nous n'habitons plus à deux pas de l'école. Si nous ne sommes pas dans la voiture, avec tous nos sacs, nos livres, nos lunettes, avant 7h et demie, nous sommes bons pour les ralentissements (je n'ose dire les embouteillages, ce n'est rien comparé aux grandes villes) et pour les cavalcades dans les couloirs en arrivant. C'est que Dudie est collégien, maintenant, et il est pour lui hors de question d'être en retard. Alors qu'au mois de mai, il se moquait éperduement de son heure d'arrivée en classe.
Je sais que je dois prendre en compte ce décalage, et pourtant je n'arrive pas à me lever plus tôt que l'année dernière. Mon corps résiste de tout son poids de sommeil, de toute sa lourdeur de fatigue. Avant 5h50, pas moyen. Alors, j'ai moins de temps pour moi le matin, plus le temps de lire ou d'écrire. Il faut que je trouve une solution (me coucher plus tôt? Mais alors, je travaille quand?)

* Dudie a commencé le collège, donc. Ici, la première année du collège correspond à notre CM2. Il faut s'habituer à changer de salle, de prof, à plannifier ses devoirs non plus au jour le jour, mais d'une semaine à l'autre. Et, bien sûr, ça ne va pas sans heurt. Je m'énerve trop, je sais. Je crie inutilement (mais préparer une interro d'espagnol sans livre - laissé à l'école -, sans notes - "J'ai pas encore acheté le cahier, donc je n'ai pas pris de notes en classe" -, je trouve ça moyen comme méthodologie. Surtout quand, ultime parade, mon rejeton offensé me déclare: "Mais je comptais sur toi pour m'aider!" Ben voyons.)

* J'ai fait connaissance de mes nouveaux élèves. Je les aime bien, dans l'ensemble. Mais surtout, surtout, je suis heureuse de retrouver ceux qui sont restés avec moi, ceux qui ont survécu à l'examen AP et qui en redemandent, de la littérature française, avec des synecdoques, des rimes riches et chiasmes en veux-tu en voilà! Ceux-là, ceux que j'ai eu 3 ans sur les 4 qu'ils auront passés au lycée, je les aime d'amour. Quand j'arrive dans ma salle et que je les vois, installés en cercle, m'attendant avec Valmont et Merteuil, j'ai envie de les serrer très fort dans mes bras. Au lieu de ça, je leur dis: "Aujourd'hui, nous allons faire l'analyse de la préface".
Pas un cours ne se passe sans que l'un ou l'autre ne cite un de leurs mots fétiches: "bouc émissaire" et "soudoyer" (ils avaient parié qu'ils arriveraient à placer l'un ou l'autre dans leur essai à l'examen, je ne crois pas qu'un seul y soit arrivé. Il faut que je leur demande).

* Aujourd'hui, retour des vendredis-piscine. Les garçons étaient contents. Mais ils ne retrouveront plus leur copain Juan, et moi je me retrouve bien seulette sans sa maman. J'attendais presque de les voir surgir, en retard comme d'habitude. Mais non, ils sont à Barcelone cette année. Alors, après avoir regardé mes poissons sauter dans l'eau, c'est toute seule sous mon grand parapluie que j'ai fait le trajet du Y à la bibliothèque, toute seule que j'ai choisi un film pour ce soir, toute seule que je suis allée chercher un goûter (pour deux nageurs affamés, et non pour trois) à la boulangerie. Je n'ai même pas eu envie de ma brioche du vendredi. L'année dernière, ces quarante minutes passées ensemble à la fin de la semaine étaient ma respiration, une petite parenthèse entre la semaine de boulot et les tâches du week-end. Sous pretexte de tuer le temps pendant que nos enfants nageaient, nous nous accordions une vacance dans nos emplois du temps, le temps de parler de nous, de nos hommes, de mon boulot, de sa petiote, de nos familles au loin, de notre prochain dîner tous les quatre... Je suis revenue lentement vers le Y, toujours sous la pluie. Elle me manque, elle va me manquer. Ils vont être longs, ces vendredis après-midis.

Tour de passe-passe

Depuis des années, j'ai une passion exclusive, inaltérée pour la courgette. Un autre jour, je vous raconterai comment, lorsque j'étais au lycée, j'ai inventé un nouveau nom pour redorer le blason de ce pauvre légume qui souffre, il faut bien le dire, du tort causé par son patronyme un peu bêta (en vérité, le nom m'est venu dans un rêve. Comme quoi, on peut rêver de tout.)

Mes fils ont subi les conséquences d'une telle addiction, et ont dû ingurgiter, dans leur toute petite enfance, quantité de purées de courgettes, soupes de courgettes, gratins de courgettes et j'en passe. Dès qu'ils ont été en âge de se rebeller (c'est à dire, très rapidement), ils ont, d'un commun et tacite accord, banni de leur assiette toute trace de courgette (hélas!). Et logiquement ils ont refusé toute tentative de ratatouille, que j'adore et vénère.

Or, je viens de trouver la parade (héhéhé). Ils mangent volontiers de la soupe de légumes, surtout si elle est bien aillée (la présence de courgettes dissimulée dans la moulinade leur échappe). Par un tour de magie assez impressionnant (je dois le reconnaître moi-même), j'ai transformé, dans le secret de ma cuisine-laboratoire secret, une ratatouille bien relevée en innocente soupe, d'un coup d'un seul de mixer enchanté! Et hop, ni vu ni connu, je la leur ai servie avec options "plus d'ail", "plus de poivre", "plus de sel", et ils s'en sont régalés (même si Paolo a détecté, fine mouche, "un drôle de gout").

Trop forte la sorcière, je maîtrise bien mes marmites. La prochaine fois, je leur fais avaler des endives. Rapées en spaghetti, s'il le faut.

Tuesday, September 02, 2008

Le dernier jour des vacances (2)

Je me suis réveillée parce que le soleil s'était couché sur moi. Je ne pouvais pas ouvrir les yeux. J'ai dû attendre qu'il se déplace un peu, qu'il bouge sur le lit. Le matin est bien entamé, mais de toutes les chambres vient la même respiration heureuse. Premier jour de septembre, c'est encore l'été. Presque plus les vacances, autant en profiter.
L'air est transparent, chargé de lumière dorée. L'humidité cotonneuse d'hier s'est évaporée. Tout brille.
Je passe le reste de la matinée en chemise de nuit. Après le petit déj, inspection des fournitures, collage d'étiquettes et vérification que tout est en ordre dans les cartables (pas ouverts depuis juin... Je vide discrètement dans la poubelle les vestiges de l'année scolaire passée).
Et puis... Un peu de ménage. Un peu de traînaillage. Un peu d'enfantillage. Un peu de rêverie sans âge (je pense aux chatons que je vais - peut-être - adopter).
Déjeuner à trois heures de l'après-midi. Je promets paresseusement à Jim que je vais me mettre à peindre le plafond de la cuisine, mais c'est mal parti: je m'installe au soleil avec mon dessert et un bouquin. Il revient à la charge, me dit qu'il a préparé des seaux, des gants et une éponge pour que je récure le plafond avant de le peindre. "Bientôt". Je me déplace vers le hamac. Des bestioles sautent dans mon verre. Jim et les garçons se lancent dans l'opération virile intitulée: Nous-tondons-l'herbe-entre-hommes. Je ne suis que trop heureuse de les laisser faire. Je déplace juste un peu le hamac. Je finis par me lever quand l'ombre gagne et me dis qu'il serait temps d'arroser les plantes. Le basilic me fait signe qu'il a soif. Je téléphone à Else en désherbant un peu. Les garçons s'entraînent au baseball. Il ont plus d'enthousiasme que de talent.
Et puis, pas moyen de reculer, je mets ma tenue de combat et j'attaque le lessivage du plafond. J'attrape un torticolis en quelques minutes, mais je ne lâche pas l'affaire. Jim se réveille de sa sieste sur le canapé et déclare qu'il n'a pas réussi à dormir (ça fait une heure qu'il roupille), mais il est quand même content de mon travail. Du coup, il me prépare un petit pot de peinture pour "cut in" (faire les bordures?). C'est beaucoup plus difficile que je ne croyais. Il insiste pour me faire une démonstration et m'observe pour vérifier que je suis bien sa technique. Il est sept heures du soir, j'ai faim, je deviens hargneuse. Je m'arrête pour préparer le dîner, et il finit le pan de mur que j'ai abandonné.
Les garçons ont du mal à se laisser convaincre qu'il faut dormir. Moi, dès que je touche le lit, je m'enroule de bonheur. Le soleil de ce matin a creusé un petit nid. Je m'y endors très vite.


[Je ne sais qui a pris la première photo - ça m'apprendra à laisser traîner mon appareil photo. En tout cas, les grands pieds dans le hamac rouge, ce sont les miens!]

Friday, August 29, 2008

Le dernier jour des vacances (1)

Journée grisounette et tristounette. On a beau essayer d'invoquer ce qui d'habitude nous met en joie, rien n'y fait. Je n'ai pas envie, pas envie de faire les bagages (alors je ne les fais pas). Des entassements de nuages noient la vallée. Ma mère fait des gambas pour me faire plaisir, mais le coeur n'y est pas. Elle ne porte pas de maquillage et paraît fatiguée. Les garçons s'asticotent jusqu'à mon exaspération. Nous nous traînons jusqu'à la piscine, histoire de, malgré la menace de pluie. L'eau est froide, mais les garçons refusent d'en sortir: c'est la dernière baignade. La brume descend un peu plus bas. Ma mère parle, parle, sans arrêt. De l'autre côté, ma soeur se tait. Elle a appris hier qu'un de ses amis de toujours venait de mourir dans un accident de voiture. A 21 ans. Il n'était même pas au volant. Elle n'en parle surtout pas. Tous ses gestes sont plombés. Hier soir, elle m'a montré ses photos de Londres. On a bu du champagne à son bac et à sa mention Assez Bien. Elle est allée rapidement se coucher. Aujourd'hui, elle se tait.
Ma mère me questionne à l'infini. Je n'ai pas envie de parler, je veux lire. Elle arrête un moment, et puis reprend, c'est plus fort qu'elle. Je ne veux plus sortir de mon livre.
Je finis par extraire les garçons de l'eau quand leurs lèvres sont tellement violettes qu'elles sont devenues bleues.
Je bouclerai les sacs après le dîner. Et j'écrirai mes cartes postales - une petite vingtaine - sans entrain. Juillet n'est pas tout à fait fini, mais c'est déjà la fin des vacances. La première.

Saturday, August 23, 2008

La nouvelle maison

Pour la première fois depuis presque trois mois, l'homme de la maison (appelons-le Jim, parce que Christie pense qu'il s'appelle ainsi, et après tout, ça lui va bien) a repris sa guitare. Il se plaint, ses doigts sont rouillés. J'écoute sans y prêter vraiment attention ces fluctuations que je connais si bien. Et puis, je comprends: nous sommes installés.

J'observe, sans parvenir à les fixer dans ma mémoire, à quel endroit se déposent les flaques de soleil dans cette maison. Je suis toujours étonnée de les découvrir - elles devaient pourtant être au même endroit hier, non?

Je ne m'habitue toujours pas ma cuisine. Je perds mes ustensiles, mets du temps à trouver les bols et les plats et redoute d'ouvrir le placard que j'ai retrouvé infesté d'insectes à mon retour de France (ils habitaient dans les pâtes et la farine, j'ai dû tout jeter...). Le sol en lino est un peu hostile et les portes des placards sont toujours collantes, malgré mes efforts pour les cirer. Je suis en charge de peindre cette pièce - Jim a fait tout le reste de la maison, tellement de surface à couvrir. Mais voilà, je n'arrive pas à me décider quant à la couleur des murs, alors je repousse l'échéance (j'avoue que je suis aussi quelque peu appréhensive d'avoir à me comparer avec le travail léché à la perfection de mon cher et tendre... Je sais qu'à moitié chemin, je commencerai à en avoir marre et que la dernière couche sera balancée sur les murs avec désinvolture. Hélas, je me connais trop bien...). En attendant, Jim a fait sa propre déco avec des restes de peinture blanche. Oeuvre éphémère (qui durera peut-être...)
Les chambres des enfants me ravissent. Malgré mes supplications, ils n'arrivent pas à les garder rangées plus d'un quart d'heure (pourtant, la moitié de leurs jouets sont encore dans des cartons à la cave. J'avoue que l'envie me prend parfois de les y "oublier". Non, je ne suis pas une méchante marâtre [or maybe I am], mais ils ont tellement de jouets. Ils ne s'aperçoivent même pas qu'il leur en manque. Comme dirait l'homme "Moi, quand j'avais leur âge..." Oui, oui, je sais, je sais.)
[Rangée. Pendant quelques minutes.]

[Fouillis. "Mais non, je n'ai pas besoin de ranger, c'est MA chambre". Pré-adolescence?]

Je n'habite toujours pas ma chambre. Cela fait deux jours que Le Lit (ah, il faudra que je raconte Le Lit) est installé et nous dormons toujours dans le bureau, tellement rempli de tout ce qu'on ne veut pas mettre dans les autres pièces qu'il est difficile de s'y mouvoir. Mais cette chambre ... non, n'est pas encore la mienne. La nôtre. Ou bien?... J'aime sa couleur, sa lumière. Il va falloir que je l'apprivoise. Pour l'instant, elle ne compte qu'un lit (Le Lit) et une commode. Elle a l'air un peu désappointée d'être si vide.

Notre nouvelle maison est toujours une nouvelle maison. C'est étrange comme j'ai l'impression de m'être acclimatée beaucoup plus vite, l'année dernière, à la petite vieille maison que nous n'avons habitée que quelques mois. Je crois que je suis toujours intimidée par le fait que celle-ci c'est la nôtre. Pour de vrai.

Tuesday, August 19, 2008

Ma tête d'anniversaire

Ah, me voilà, moi, 37 ans sur la plage...
L'océan comme cadeau, le sable dans mes petits souliers.

I went to the shore on my birthday. And I loved it.

Saturday, August 09, 2008

Départ

Je repars déjà ... Une semaine dans le New Hampshire, chez mon amie Else. Pas de prince charmant cette année, il s'est trouvé une princesse exotique. Mais du repos, du vert, de l'eau, de la lecture, des recettes à cuisiner en commun et des vodka tonic au coucher du soleil. Pas mal comme programme.
Bien sûr, il faudra d'abord se lever à 4 heures du matin, ne pas rater le train pour New York, celui pour Boston, le car pour Concord. Je n'y suis pas encore. Mais je pars, je pars, je suis en partance...
Bonne semaine à vous!

[Dudie, sur la photo, partait en exploration avec détermination et bravoure. Il est revenu avec une sangsue...]

Wednesday, August 06, 2008

Retour

Qu'il est difficile de rentrer. Le retour a exactement le même goût que les céréales que j'ai retrouvées, à leur place, dans leur emballage habituel, un peu passées, un peu "éventées": elles ont perdu leur fraîcheur, et je ne peux m'empêcher de leur trouver un arrière-goût de poussière, même si je sais que c'est dans ma tête (comment, en trois semaines, la poussière pourrait-elle s'être infiltrée a l'intérieur d'une boîte bien fermée?...)

L'homme a travaillé comme un damné en notre absence, et presque tous les murs de la maison (y compris l'intérieur des placards) sont peints. Il me fait remarquer que c'est du travail quasi-professionnel (je veux bien le croire, vu le temps qu'il a passé sur chaque mètre carré ...) et s'agace de mon manque d'enthousiasme délirant. Je m'attendais à des bordures rouges dans le couloir (il m'avait consultée par téléphone) et je les retrouve blanches sans crier gare. Il me fait admirer le superbe luminaire qu'il a acheté pour notre chambre, et je grimace parce qu'il a choisi une ampoule "économie d'énergie" qui projette la lumière crue et glaçante d'un néon. Et puis je vois qu'il n'a pas - du tout - fait le ménage depuis notre départ, et que tout est sale... Je ne dis rien, mais ça doit se voir sur mon visage (bon, il faut aussi dire que je me suis levée à 4 heures du mat' pour prendre l'avion, que j'ai supporté 8 heures de vol avec mes deux loulous qui n'ont bien sûr pas fermé l'oeil une seconde, que nous sommes restés coincés dans les embouteillages en revenant de l'aéroport, qu'il m'a dit d'un ton désinvolte "Y'a rien à manger à la maison", ce qui fait que je me suis payé un petit tour au supermarché avant même d'avoir pu mettre les pieds chez moi... Bref, j'ai des circonstances atténuantes qui expliquent mon incapacité à feindre l'éblouissement devant l'amplitude du travail accompli). Nous finissons exaspérés l'un par l'autre et boudeurs, et nous le restons pendant deux jours.

Le jet-lag m'a frappée fort cette année. Il m'a fallu 4 bons jours pour me remettre d'aplomb et cesser de me traîner. Je supporte de moins en moins de quitter la France, je crois. Chaque fois, le contraste est plus violent. Les paysages ternes, les fruits insipides, les manies et les tics des gens d'ici me heurtent de plein fouet. 5 jours après, je me suis réhabituée, il n'y paraît plus. La France me manque de manière abstraite, c'est un sentiment que je range dans ma panoplie d'expatriée, et plus une douleur physique qui me fait répéter "Je me sens mal, je me sens mal" à longueur de journée (et l'homme exaspéré de lever les yeux au plafond - peint à la perfection, sans aucune dégoulinade).

Je suis de retour - et repars bientôt. L'été me file entre les doigts.

Thursday, July 10, 2008

Buller, l'été

.
C'est ce que je vous souhaite, de tout coeur!

Je vais être encore déconnectée pendant un bon moment, je vous retrouverai en août, sans doute.
Bonnes bulles!

Ce qu'on emporte ...

... de maison en maison

* nos messages/images/mirages de frigo

* nos quelques certitudes et principes établis en commun (certains sont branlants, mais l'ensemble se tient encore)


* Nos rancoeurs, nos regrets, nos réserves. Nos non-dits, nos non-faits, nos pas-encore accomplis. Nos projets. En commun et séparés. Tout ce qui nous sépare et nous rassemble. Tout ce qui nous assemble et nous ressemble.


* La forme de nos rêves

Monday, July 07, 2008

Forget-me-nots about moving

.La prochaine fois, il faudra se souvenir de:

- ne pas débarquer du camion les cartons marqués "Kitchen" en premier (ils se retrouvent tout au fond du garage, sous un tas d'autres cartons, inaccessibles...);
- emballer les boîtes de conserve AVEC l'ouvre-boîte (avez-vous déjà essayé d'ouvrir une boîte sans ouvre-boîte?);
- préparer une valise de vêtements qui n'ont pas besoin d'être repassés, BEAUCOUP de vêtements (surtout si la machine à laver doit arriver beaucoup plus tard);
- déballer le carton de DVD en premier (mesure de tranquillité nécessaire);
- contacter le service de téléphone/internet avant même d'être sûr d'avoir la maison: apparemment, 3 semaines à l'avance, ce n'est pas suffisant.
- repérer les cafés avec wifi (Quel bonheur, à BonneEspérance, il y en a un, justement, au milieu du village, qui fait d'excellents scones et de très bonnes gaufres... Ils me voient tous les jours. Paolo a baptisé le lieu, en fracassant une bouteille de jus de pomme sur le joli plancher devant le comptoir. Du verre et du jus partout, et un petit garçon enragé contre lui-même et contre le monde entier. Depuis, j'y vais plutôt seule.)
- Ne pas espérer s'installer rapidement. Etre patiente, patiente. Accepter le chaos, le désordre, la poussière. Ne pas lutter contre des moulins à vent, ni se décourager parce que rien n'avance. Petit à petit, une chose après l'autre... Mais oui, cette maison sera habitable!

Saturday, July 05, 2008

Disconnected

.

Je ne suis pas partie, je ne me suis pas perdue dans un dédale de cartons, j'ai déménagé et je suis sans téléphone, sans internet, sans chambre, sans repères depuis une semaine. C'est comme une épreuve initiatique: apprendre à vivre sans confort moderne. Le frigo et le four qui décident d'arrêter de fonctionner quand nous emménageons (quelqu'un m'a dit: "Tu sais, les maisons sont un peu rancunières, elles n'aiment pas le changement. Et méfiantes. Il faut leur laisser le temps de s'adapter.") Pas de machine à laver, ni à sécher. Pas d'eau froide pendant 2 jours.
Camping, tous les 4 sur des matelas dans une petite pièce. Je ne retrouve pas ce que je cherche (quel que soit ce que je cherche, d'ailleurs).
Mais petit à petit, les choses s'organisent. Un semblant d'ordre dans le chaos. La fatigue pèse lourd sur mes épaules. L'homme a apparemment chopé la maladie de Lyme (c'est le moment...) et bien sûr, en bonne hyponcondriaque que je suis, je me suis convaincue que moi aussi.
Les garçons sautent sur les matelas et dessinent sur les murs pas encore peints.

Bientôt la France.
Si je ne vous écris pas d'ici là, bonnes vacances, bel été à vous tous!