Thursday, December 04, 2008

10 things I am thankful for

...
Je ne fais pas partie de ceux qui s’enfouissent la tête dans le sable et demandent qu’on les réveille quand tout est fini : j’adore la saison des fêtes. A commencer par Thanksgiving, qui « has grown on me over the years ». Maintenant, c’est une de mes fêtes préférées. D’abord, parce qu’on n’échange rien d’autre que des mots, on n’offre que des remerciements. La gabegie d’achat, la surenchère commerciale, c’est le mois prochain. Thanksgiving, c’est le moment des réunions familiales, des repas gargantuesques et c’est le début de la saison des fêtes. J’aime, j’aime, j’aime !

Cette année, nos trois jours de vacances ont été doux et plutôt heureux. Lors du dîner de Thanksgiving, pour éviter le clash prévisible entre l’homme et sa mère, j’ai proposé de remplacer le «Grace» qu’elle voulait dire et qu’il ne voulait pas entendre par un petit mot de chacun sur ce pour quoi nous voudrions dire merci. [Que la formule est embarrassée en français !]
Alors, une petite liste, dans le désordre et non exhaustive, de
«10 things I am thankful for»

* Les Amish qui élèvent de remarquables dindes. (Et les traiteurs qui les font cuire pour ceux qui, comme moi, manquent cruellement de four. J’ai utilisé mon mini-four pour tout le reste, la farce, les tartes, le pain grillé, mais pas moyen de faire entrer une dinde…)

* Mon beau-frère que j’aime de plus en plus chaque fois que je le vois. Heureusement que je ne le vois qu’une fois par an, je finirais par quitter mon mari pour aller vivre avec son frère.


* La saison des glissades, qui a recommencé. Et les progrès de mes patineurs, qui laissent leur mère loin derrière eux (et dire que c’est moi qui leur tenais la main l’année dernière !)


* Les efforts conjugués de tout le monde pour que se passe en douceur cette réunion familiale. Chacun y a mis du sien, même (c’est exceptionnel) l’homme et sa mère. Et mon beau-frère, qui a le don d’apaiser les tensions sans même avoir l’air d’essayer. En plus, il s’est laissé persuader de participer à un nombre considérable de parties de monopoly, de Catan et de pleins d’autres jeux, ce qui a mis mes garçons au comble du bonheur.



* La version BBC de Pride and Prejudice qui a rempli deux de nos soirées en famille. 2 heures et demi chaque soir, et les garçons n’ont pas moufté, scotchés qu’ils étaient à l’écran, guettant le moment où Darcy daignerait sourire. Quelques pauses pour un verre de vin, des chocolats français (j’ai mes fournisseurs), une tisane, une mandarine… C’était bien.

* Ma route hivernale et ensoleillée, qui sent le froid piquant du matin et le feu de bois.

* Le pain à la citrouille (mon nouveau moule, de saison, rentre tout juste dans le mini-four…)


* Ma capacité à ignorer, pendant trois jours, les bulletins qui m’attendent. Et le coup de collier du dimanche, 15 d’un coup ! (sachant que je mets à peu près 20 minutes par bulletin…)

* Encore et toujours, mon réseau de cyber-amitiés, réseau flexible et fluctuant, mais qui me soutient, me nourrit, beaucoup plus que je ne suis prête à le reconnaître. Vous seriez surpris(es) de savoir l’importance que votre présence bienveillante, irrégulière, indulgente a pour moi. Je ne le dis pas trop, mais un peu quand même : à vous, qui me lisez, que je lis, merci !

* Le feu dans ma cheminée, cette merveille…

Thursday, November 27, 2008

Un peu beau...

...
Non?

Et surtout souriant.
(Comme toujours...)

Tuesday, November 25, 2008

Unfortunately

...Les week-ends se suivent et ne se ressemblent pas. Mon obsession à me fixer des missions impossibles, elle, ne varie pas d'un iota.
Donc, le week-end dernier, comme d'hab, je me suis donné pour objectif de finir TOUTES les corrections de copies (bien obligée, c'est la fin du trimestre). J'avais bien m'intention de ne rien faire d'autre. Sauf: aller chercher les médailles des garçons (la saison de foot est finie, et c'est tant mieux parce qu'il fait horriblement froid); trouver une veste pour Dudie (il fallait être "bien habillé" pour la cérémonie de Thanksgiving à l'école, et les collégiens devaient donc porter veste-chemise-cravate; il nous manquait la veste...); et aller assister à une mini-représentation de Casse-Noisette, dans laquelle une de mes advisees était la Reine des Neiges (c'était juste une courte "preview", pour inciter les gens à venir au spectacle). Il me semblait que tout cela rentrait parfaitement dans mon samedi, en laissant de la place à une bonne pile de compositions. Wishful thinking!

En fait, tout s'est passé de travers. Allez, jouons au jeu des "shoulda, woulda":
- J'aurais dû accepter que nous prenions la voiture de l'homme pour aller chercher les médailles, au lieu de refuser ("parce qu'elle pue trop la clope, ta bagnole"). J'aurais dû le laisser conduire la mienne. J'aurais dû regarder où j'allais, au lieu de chercher à voir le bonhomme aux médailles.
Si ..., si..., si...., je ne me serais pas pris le trottoir, je n'aurais pas crevé un pneu (presque neuf), je n'aurais pas dû subir la rage de l'homme et l'exposé exhaustif de son point de vue sur ma manière de conduire. Je n'aurais pas été obligée d'apprendre à changer un pneu par -7° (je ne rigole pas), avec un cric rouillé, des enfants impatients dans la voiture et un homme à bout de nerfs. Je n'aurais pas perdu mon après-midi à patienter en attendant que le garage nous installe un nouveau pneu.
- J'aurais dû partir avec l'adresse du magasin de vêtements d'occase. Si je l'avais eu sous la main, ça m'aurait éviter de tourner en rond, avec les trois grognons gelés derrière moi, pour finalement renoncer. Personne n'avait l'air de savoir où il se trouve, cet endroit qui, m'avait-on garanti, regorge de vestes habillées pour garçons de 10 ans. Et Else ne décrochait pas son téléphone. Dommage. Il a donc fallu aller faire un tour au centre commercial (bleuuuuuurrgghhhh) pour dignement vêtir le fiston. Et accessoirement nourrir la tribu, parce qu'il était 2 heures de l'après-midi, et que personne n'avait déjeuné. J'avais l'estomac trop noué par mon incident de pneu pour avoir faim. Pendant que l'homme faisait la queue pour des hamburgers, je me suis acheté 3 pulls et un pantalon. Bah oui, c'était justement le moment de claquer du fric, parce que dans la semaine, nous avions dû payer (très cher) les réparations de la voiture de l'homme (au bout du rouleau, mais il faut qu'elle tienne encore un peu) et nous avons signé un contrat pour une nouvelle chaudière (la vieille semble décidée à ne pas passer l'hiver). Nous voilà donc plus endettés que jamais, et moi qui suis si peu dépensière, j'ai trouvé le moyen de tomber dans une frénésie d'achat. C'est triste. Shouda 've known better. En revanche, pas moyen de mettre la main sur une veste décente pour Dudie.
Le pneu n'étant toujours pas disponible, nous sommes allés faire les courses de la semaine, pour patienter. En faisant un petit tour par Target (où je vais quasiment tous les 15 jours), j'ai mis la main sur non seulement une veste, mais un pantalon habillé. La bonne taille, pas de rayures, pas trop cher et tout et tout. De joie, je me suis acheté un autre pull (pourquoi s'arrêter en si bon chemin...) (et je manquais cruellement de pulls, de toute façon). Bien sûr, j'aurais dû penser à Target en premier pour chercher la veste. L'homme l'avait suggéré, mais Mme JeSaisTout (moi) avait répliqué d'un ton péremptoire qu'on n'y trouve pas ce genre de vêtements. Shoulda 've shut my mouth.
- Evidemment, nous sommes arrivés à la représentation de Casse-Noisette juste quand elle venait de se terminer (après avoir - finalement - récupéré et payé mon nouveau pneu, il a fallu le mettre sur la voiture, rentrer à la maison, décharger les courses, repartir...) Comme ça se passait dans une librairie, j'ai offert des livres aux garçons (pour les remercier d'avoir supporté avec tant de constance les aléas de cette journée pourrie) (et aussi parce que j'avais une carte-cadeau donnée par ma chef lors des PTC). J'en ai profité pour faire réparer les lunettes de Paolo (finalement retrouvées le vendredi précédent, après une absence d'un bon mois, et cassées illico lundi, alors que l'enfant essayait de plier la branche "pour qu'elles tiennent mieux"). Et puis, comme ils étaient sages avec leurs nouveaux bouquins, je suis allée faire un tour chez Anthropologie, normalement hors de portée pour ma bourse, mais j'avais une autre carte-cadeau, celle-là donnée par Else pour avoir gardé son chat à Paques. Je me suis donc acheté une robe...

Et nous sommes rentrés à presque 21h.
J'ai dû travailler toute la journée de dimanche, toute la soirée de dimanche, et même un peu de lundi (je me suis couchée à 2 h du mat') pour finir mes copies. Mais, hé, j'ai FINI.

Bon, maintenant il va falloir se mettre aux bulletins.

Ce qui me ronge le plus, dans le récit de ce misérable week-end, c'est que je ne peux m'en prendre qu'à moi, à moi seule, à moi-même. Samedi soir, malgré mes 4 pulls, mon pantalon, ma robe, je me serais tapé la tête contre les murs de rage contre moi-même.

Tuesday, November 18, 2008

Unexpected

...
Les week-ends se suivent et ne se ressemblent pas. Celui-ci devait être entièrement - entièrement - consacré au travail. Correction de copies au kilomètre.
Oui mais voilà. Vendredi matin, j'ai reçu un e-mail.

Juste un petit mail pour te dire que je suis de passage a Philadelphie pour un congres (je stresse a mort car dois parler samedi). Je me demandais si je pouvais te voir samedi apres midi bien que cela semble peut etre un peu audacieux. A combien de temps de Philadelphie habitez vous ?

Ah, pas une hésitation. J'ai passé le début du week-end à ranger la maison (pas nécessaire, je sais), puis le samedi après-midi à essayer de récupérer ma tête-en-l'air qui avait pris le mauvais train (c'est un peu ma faute, mes indications n'étaient pas assez précises) et s'est retrouvée dans un coin paumé de Trenton, dans une gare déserte, à la nuit tombée. Else (heureusement qu'elle était avec moi, ma bonne fée!) a fait marché son GPS interne et intuitif. Après nous être perdues plusieurs fois, nous nous sommes retrouvées, et nous avons cueillie mon amie, absolument seule au milieu d'un sinistre parking vaguement éclairé, assise sur sa valise rouge...
Malgré un déluge sur le chemin du retour (voiture coincée entre d'insondables rideaux de pluie), nous sommes finalement arrivées à bon port.

Ce soir-là, en préparant le dîner, à table, après le dîner avec nos tisanes devant la cheminée, nous avons parlé, parlé, parlé... Je ne savais pas à quel point quelque chose me manquait, jusqu'au moment où, de manière impromptue, ce manque a été - temporairement - comblé. A constater combien j'ai pu déverser de ma vie, de mon coeur, ce week-end, je ne peux qu'en conclure que j'aurais sérieusement besoin d'une présence amie plus près de moi. C'est toujours lorsque se rompt mon isolement qu'il m'apparaît avec évidence.

La remettre dans le train a été aussi compliqué qu'aller la chercher (train en retard, attente interminable sur un quai glacial, correspondance ratée à deux minutes près...), mais nous nous sommes quittées avec l'impression d'avoir enfin passé du temps ensemble. Après des années d'entrevue en coup de vent, lors de mes passages parisiens. Et c'était bien.

[Même si maintenant je rame pour rattraper le retard accumulé. Et la fin du trimestre qui se profile à l'horizon, aaaaahhhh, quand verrai-je le bout de ma pile de copies?]

Saturday, November 15, 2008

La fête des écureuils

Et vous croyiez, comme moi, qu'Halloween était la fête des monstres ...

la fête des bonbons...

... En fait, vous et moi, nous avions tout faux. Halloween, c'est la fête des écureuils, je viens de le découvrir cette année. Ils s'en mettent une ventrée. D'abord en attaquant les citrouilles entières, posées sur le porche pour décorer, une bonne semaine avant Halloween. Un petit grignotage, ici ou là, discret. Et puis un petit trou. Et puis un gros trou, pour accéder à ce caviar des écureuils: les graines de citrouille. Il y en avait partout devant notre porte. Je crois que l'ordinaire des provisions hivernales de notre copain a été grandement amélioré (peut-être est-ce le même qui, cet été, avait agressé sauvagement une boîte - en métal - contenant des noix de cajou. Le couvercle en plastique de ladite boîte avait été salement amoché).
Et finalement, lendemain de festin, nous avons retrouvé nos Jacks 0'Lantern tout machouillés, le 1er novembre.


[Je sais, ce billet est sérieusement overdue. Mais le quotidien court plus vite que moi. Je devrais sans doute l'antidater. Suis-je la seule à pratiquer avec autant de plaisir secret l'antidatage? Presque toutes mes lettres sont antidatées. J'imagine que c'est ma petite revanche sur le temps qui m'échappe tant. Un moyen de reprendre contrôle - trop tard, a posteriori.]

Sunday, November 09, 2008

November week-end - 2 versions

...
Version 1: Samedi à New York. Pluie. Brunch en terrasse, protégée des gouttes par l'auvent. Quelques magasins, une pièce de théâtre (La Mouette - ou plutôt, The Seagull), un mojito au concombre, un risotto au magret de canard, au potiron et aux champignons, un retour en train ensommeillé...


Version 2: Dimanche à Bonne Espérance. Soleil et feuilles d'or. Fabrication de délicates bibelots végétaux. Partie de frisbee.
(Et aussi: lessives, pliage de linge, correction de copies, deux heures à l'école pour cause de "journée Portes Ouvertes", soirée de prep devant l'ordi - la semaine a déjà commencé...)



[Message personnel: Maurine, j'ai finalement lu ton message! Je t'ai envoyé un e-mail sur ton adresse privée.]
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Wednesday, November 05, 2008

Victoire!


Il y a quatre ans exactement, un gris mercredi de novembre, il me semblait que j'avais reçu quelque chose de très lourd sur la tête. J'étais comme étourdie, abasourdie, essayant de trouver du sens à un événement incompréhensible. Je regardais mon amie Paula qui titubait de rage et de désespoir, anéantie par le choc, plus que moi encore parce qu'elle était beaucoup plus impliquée et militante. Tout autour de nous, le Tenessee était en liesse: les Américains venaient de réélire Bush et Memphis se rengorgeait. Jamais je n'ai autant détesté les jolies têtes vides des élèves de cette école, qui roucoulaient de joie sans avoir la moindre idée des enjeux politiques d'une telle décision.
Quatre ans plus tard, j'ai du mal à croire que l'impossible s'est réalisé, que ce à quoi nous n'osions croire a trouvé une forme et une place dans la réalité: Barack Obama a été élu président des Etats-Unis. Dans ma petite ville du New Jersey, à forte majorité démocrate, l'ambiance est à la fête. Hier, les élèves ont voté, et Obama l'a emporté, aussi bien au collège qu'au lycée. Aujourd'hui, pas d'euphorie ni d'exultation comme à Memphis, mais de grands sourires.
"A quelle heure tu t'es couché?
- Ah, j'ai attendu la fin du discours.
- Moi, après Ohio, je savais que c'était gagné, alors je suis allé dormir."

On a envie de croire que le plus dur est passé. Hardly: ça ne fait que commencer. Let's get to work!

Sunday, November 02, 2008

Mon frère

J'ai mis du temps à me rendre compte que si je tenais tant à ce que mon frère nous rende visite, c'était moins pour lui que pour mon père. Mon père qui n'est jamais venu nous voir depuis que nous habitons dans le New Jersey (il nous avait rendu visite à Memphis, c'est peut-être cette expérience qui l'a découragé de revenir...) et que je rêve de faire venir ici.
A la place, j'ai insisté pour qu'il fasse venir mon frère. Je l'ai tarabusté pour qu'il prenne un billet (pas facile: deux semaines avant le début des vacances, il ne l'avait toujours pas acheté...), j'ai cherché des billets pas chers, je lui ai envoyé les sites de voyage que j'utilise habituellement. J'en ai fait presque trop.

Mais voilà, j'avais un peu oublié que mon frère est un ado de 15 ans, que je connais finalement assez peu. Je ne le vois qu'une semaine par an, en compagnie de ses copains (que mon père invite systématiquement quand nous passons une semaine de vacances ensemble; j'ai fini par lui dire cette année, après 4 ans de ce régime, que j'aimerais bien passer du temps avec lui sans les copains de son fils. Il a acquiescé, mais s'en souviendra-t-il l'été prochain?)
Mon frère a donc débarqué, avec ses dix mille questions auxquelles je réponds invariablement "Je ne sais pas", sa connaissance encyclopédique d'anecdotes dépourvues (pour moi) de tout intérêt, ses "blagues à deux balles" (selon son propre jugement), et sa gentillesse qui coexiste bizarrement très bien avec l'égoïsme de son âge. Le pauvre, il est tombé sur la mauvaise semaine, j'avais tellement de travail. Et pour pouvoir m'occuper un peu de lui, j'ai accumulé le retard. Maintenant, j'en paie les conséquences: je me sens submergée par un amoncellement de choses à faire, la panique me gagne et je deviens agressive parce que j'ai l'impression que tout le monde cherche à me voler mon temps précieux.

Je fais des efforts pour accepter les côtés irritants de mon frère. Mais je ne suis pas prête pour l'adolescence. Il n'a que quatre ans de plus que Dudie, et ça me tracasse: comment vais-je supporter un ado au quotidien? Est-ce que mon frère est particulièrement immature? (Oui, sans doute, en tout cas comparé à la plupart de mes élèves). Il est intelligent, sans doute très intelligent, mais son intelligence est recouverte d'une gangue épaisse de "culture télé". Il zappe sans arrêt d'un sujet à l'autre, ne creuse aucune idée, amasse les petits faits, manque de perspective et de culture générale. C'est l'âge, sans doute.
(Il me dit qu'il ne passe pas beaucoup de temps devant la télé. Juste deux heures par jour. Et aussi qu'il a arrêté les jeux en ligne. Il en parle comme un ancien drogué qui a décroché.)

Le fait même de faire des efforts me fait de la peine. Si je l'aimais vraiment, je n'aurais pas à me contraindre. Il me semble que pour ma soeur, mon agacement (qui n'est pas du même ordre) est tempéré toujours par la tendresse que j'ai pour elle. Je n'arrive pas à créer de lien avec ce grand garçon pâle qui est le fils de mon père. C'était un peu mon but inavoué, en le faisant venir ici. J'ai peur qu'il ne reparte avec le déplaisant souvenir de mon irritation. Et, encore une fois, c'est surtout par rapport à mon père que cela me fait mal.

Monday, October 27, 2008

Week-end en célibataire


J'avais tellement de projets. J'allais faire une méga fête, inviter plein plein de monde, profiter de l'absence de l'homme pour rattraper le temps perdu en matière de vie sociale. Je l'attendais avec impatience, ce week-end sans lui.

Mais, ah!, j'avais oublié les rendez-vous parent-prof mercredi, jeudi, vendredi, qui m'ont laissé complètement à plat. Je n'avais pas compté avec la pluie diluvienne. J'avais négligé la tonne de boulot qui m'attendait (m'attend toujours), les copies à corriger par dizaines, les préparations de cours (toujours ce maudit disque dur, qui, en oblitérant tout mon travail des années précédentes, me rend la tâche si difficile). J'avais ignoré les corvées de ravitaillement, de rééquipement (un cartable a lâché cette semaine, et je ne peux plus faire semblant de ne pas voir les trous aux genoux des jeans), de rangement, de bibliothèque, de foot, de lessive. Et aussi, je n'avais pas bien regardé mon calendrier: mon frère arrive lundi.

J'ai réussi à barrer de ma "to do" beaucoup beaucoup de choses (des dizaines de lessives faites, séchées, rangées; le foot sous la pluie, les courses sous la pluie, le déchargement des courses sous le déluge; un dimanche entier en compagnie de mes copies; ma semaine de boulot planifiée; un gâteau aux poires, une soupe au potiron; et quelques autres choses. Laissé tomber la bibli, on ira un autre jour. Les cartables sont achetés - un chacun, pas moyen de faire autrement -, les jeans aussi, et de nouvelles bottes pour moi que je ne suis pas sûre de garder. Les devoirs de Dudie ont été vérifiés.) Je me suis couchée à minuit et demie, après le retour de l'homme. Pas tout à fait fini ci et ça, mais bon...

J'ai donc passé un week-end comme les autres. Un peu plus paisible, peut-être.

Saturday, October 25, 2008

Turn around

...

J'ai essayé depuis le début de la semaine de renverser la vapeur. Je crois que j'y suis arrivée. Temporairement. Il fallait contrer l'accablement.
- Paolo a perdu ses lunettes depuis lundi (c'est la deuxième paire en 5 mois)
- Il s'est pissé dessus deux fois en deux jours (à huit ans?)
- Dudie s'est fait piquer le livre tout nouveau que je venais de lui offrir la veille et dont il rêvait depuis un moment. Il l'a laissé devant l'école pour aller jouer en m'attendant, et le livre a disparu en moins de 10 minutes. Il paraît que je ne lui avais jamais dit d'écrire son nom dans le livre ...
- J'ai dû aller expliquer à la bibliothèque municipale que l'étui du DVD que j'avais emprunté la veille avait été détruit par mes élèves trop zélés qui voulaient voir le film à tout prix, même si l'employée de la bibliothèque avait oublié d'enlever l'antivol. Ils ont bousillé l'étui, ça leur a pris presque une heure, nous n'avons donc pas pu regarder le film et j'ai dû payer $5 pour frais de remplacement.
- J'ai passé toutes mes soirées à corriger comme une forcénée, pour avoir quelque chose de substanciel à dire aux parents lors des rencontres parents-profs (oui, c'est le retour des PTC), du coup je suis arrivée mercredi soir comme un zombi à mes premiers rendez-vous. Limite de l'étourdissement, la tête qui tourne, des papillons devant les yeux, me demandant si j'allais tenir... Et comme souvent, j'ai puisé de nulle part l'énergie de leur faire face, de leur sourire, de leur parler de leurs gamins.
- J'ai réussi à me disputer avec l'homme juste avant son départ pour 4 jours (il a emmené ses élèves au Québec). Il faut dire, ça n'a pas été difficile, il n'attendait qu'un prétexte pour sortir sa grosse colère.
- En l'absence de l'homme donc, et devant rester à l'école jusqu'à 21h, j'ai dû me débrouiller de garderie en baby-sitter, puisqu'ils n'avaient pas école et que je suis démunie en matière de grands-parents. Et même si ça a été la course pour les récupérer et les véhiculer d'un endroit à l'autre entre deux sessions de parents, je me suis débrouillée. Sans trop crier (c'est aujourd'hui, samedi, que je décompresse et ai du mal à supporter les pinailleries, crises de rébellion et constantes réclamations).
- J'ai subi une heure et demie de foot sous la pluie ce matin (cette fois, j'avais pensé à la chaise pliante, au parapluie géant et au bouquin. Préparée.) De temps en temps, je levais la tête de mon livre pour gueuler: "Cours! Cours! Bouge! Va chercher le ballon!" à mon garçon qui depuis des années est toujours prisonnier de l'illusion que le ballon va lui arriver directement dans les pieds sans qu'il ait à se déplacer. Le petit jouant sur un terrain un peu plus loin n'a pas eu à souffrir mes conseils bien avisés.

Durant toute cette semaine, j'ai essayé, essayé de recommencer. Repartir à zéro (non, ce n'est pas une "mauvaise journée", c'est juste une mauvaise matinée. Ce n'est pas une mauvaise semaine, juste un mauvais mardi, après un mauvais lundi. A partir de maintenant, les choses vont changer, ça va aller mieux. A partir de maintenant).
Maintenant se fait vieux, et une autre semaine va commencer. Reste à l'orienter dans la bonne direction dès le début.


...

Friday, October 17, 2008

Fall

...
Les couleurs ont changé. Les nuits aussi. Nous nous préparons pour une nouvelle saison.

Bientôt, bientôt, le feu dans la cheminée. En attendant, je me chauffe comme un chat frileux à tous les rayons que les soleils d'octobre projettent en oblique. Et je pense à Maurine qui attend, attend le printemps, à l'autre bout du monde.

Sunday, October 12, 2008

Rumble Fish

...
J'ai revu un des films cultes de mon adolescence, cette semaine. Rumble Fish est sorti en 1983, mais je suis certaine que je ne l'ai vu que quelques années plus tard, quand j'avais 15 ou 16 ans. Je ne me souviens pas dans quelles circonstances je l'ai vu, mais j'ai retrouvé intacte la fascination que j'avais éprouvée alors. Un film qui ne ressemblait à aucun autre, un film que je ne comprenait pas bien, mais qui me parlait, qui ne cessait de me parler, qui semblait me dire des choses que j'ignorais sur moi-même. J'avais tout absorbé, tout reconnu: la poésie en noir et blanc du désert urbain américain, vidé de l'intérieur; la chorégraphie des corps balancés comme au hasard et se rattrapant par miracle; la déconstruction du mythe qui ne repose plus que sur du de la fumée; l'étrange (et je ne sais comment terriblement familière) alchimie familiale; et surtout, surtout, l'envoûtement provoqué par ce seul nom: la Californie.
J'écrivais sur mon agenda: "The Motorcycle Boy Reigns". Pseudo-graffiti qui se la joue: en fait tout un programme. Mickey Rourke n'en finit pas (toujours aujourd'hui) de m'affoler le coeur. Il est, dans ce film, fascinant, envoûtant (je sais, je me répète. Je n'arrive pas à trouver le mot qu'il me faut. Il est de ceux qu'on suit, aveuglément, parce qu'il émane de lui une telle force mystérieuse, impérieuse - je parle du personnage, sans doute. Mais, comme le dit The Motorcycle Boy: "If you gonna lead people, you gotta have somewhere to go")



Cette fois, j'ai compris ce que je n'avais fait que sentir, à 15 ans (Et encore!) Notamment, que le sortilège de ce film tient beaucoup à sa bande son, au rythme ensorcelant qui ponctue, soutient, porte les images. Battements de coeur, bruits de la ville, voix embrumée.

J'ai revu ce film à cause du poisson que l'homme a adopté, un rumble fish, justement. Et finalement, finalement, avec quelques 12 années de retard, j'ai finir par établir le lien entre mon ensorcellement par ce film et ma passion pour la Californie, où, d'ailleurs, j'ai rencontré un homme et sa moto. Weird.

[J'ai récemment vu des photos de Mickey Rourke qui m'ont rendue très triste. Ce qu'il est devenu est assez effrayant.]

Friday, October 10, 2008

Sporadiques apparitions

...

J’ai revu le Prince Charmant, ce soir. I thought I was over it. Was not.
Cette soirée, voilée par un persistant mal de tête qui bourdonnait en sourdine, me paraît totalement irréelle. Je me souviens à peine d’avoir mangé. Le goût dans ma bouche était brumeux. Ma vision aussi. Celui que je regardais ressemblait tellement à une créature de mon incessante rêverie que j’avais du mal à me croire dans la vraie vie. Le réel m’échappait sans cesse, fuyant sous mes doigts. Je savais que, assise à côté de lui, j’allais le toucher, à un moment ou à un autre. J’attendais. J’ai posé ma main sur son bras, mais encore une fois, je n’ai rien senti. Il était là, vivant, sous ma main, mais je n’ai rien senti de sa chaleur, de ses mouvements. Comme lorsque je me suis avancée vers lui pour un « hug », j’étais trop confuse pour rien sentir, ni son odeur, ni la forme de son corps. Je me suis éloignée trop vite de lui, laissant sa main glisser sur mon manteau.
Je ne l’avais pas vu depuis mai. Il n’a pas changé du tout. Il est un être de ma vie intérieure, et je n’arrive pas à réconcilier ses apparitions concrètes avec ce que j’ai fait de lui en moi.
...
[Antidaté, bien sûr.]

Sunday, October 05, 2008

Separate dreams (Dyptique 4.3)

...
There is nothing left of us in there
Nothing
We share the same bed
As if an invisible line was dividing it
In two
Stay on your side
I used to say when I was a child
Now I don't need to say it
Any more
You won't cross the line
And I'll make sure
I won't move over to your side.
There is nothing left of us in there
When I get up you are already gone
I read the dark waters on the surface of the bed
The wrinkles tell me of two separate bodies
Dreaming separate dreams.

[Deuxième participation - à l'heure, cette fois! - au Diptyque d'Akinou. Il s'agissait d'écrire un texte à partir de la photo de Michel Clair ]

Friday, October 03, 2008

Comment reconnaître ...

...
J'ai un problème avec les voitures. Ici, on dirait que j'ai, si on devait me coller une étiquette, un "visual cognitive challenge", ou "automobile learning difference" ou quelque chose du même acabit. Car, voyez-vous, je ne reconnais pas les voitures. Elles se ressemblent toutes. Un jour, j'ai failli monter dans la voiture d'un parfait inconnu (qui m'a vu avancer la main pour ouvrir sa portière avec une évidente stupéfaction), alors que ma petite collègue, qui, presque chaque jour, s'arrêtait à mon arrêt de bus pour me conduire au collège de Nanterre où nous travaillions toutes les deux, alors que ma petite collègue donc, garée juste derrière le monsieur, agitait les bras pour m'empêcher de monter dans la mauvaise voiture... Elle m'a engueulée: "Mais, ce n'est pas la même marque! Ce n'est même pas LA MÊME COULEUR!!" Ah, détail sans importance. Sa voiture était bleue marine. Je crois. Ou verte. Mais d'un jour sur l'autre, je l'oubliais.
A Memphis, nous avons acheté une voiture vert foncé. Sur les immenses parkings qui s'étendent ad nauseam devant les monstrueux supermarchés du Tennessee, je retrouvais ma voiture parce que j'avais appris par coeur le numéro d'immatriculation. Ou alors parce que j'avais avec moi un petit garçon de trois ans doté d'un radar intuitif qui repérait à 100 mètres ce que j'étais incapable de voir... Il se moquait de moi: "Tu t'es encore perdue, maman!"
Maintenant, j'ai ma voiture à moi, et je la reconnais. D'abord, elle est rouge. Et puis, il y a des détails qui ne trompent pas...

Tuesday, September 30, 2008

Charmant (Dyptique 4.2)

...

J'ai mis la table. Et j'ai attendu. Cette fois, je n'ai rien préparé. J'ai attendu. Quand il a commencé à faire nuit, j'ai commencé à avoir un peu froid. Je n'ai pas emmené de pull avec moi, on était censés aller à la mer. Comment on s'est retrouvés ici, j'ai oublié.
Il n'y a pas de chauffage dans cette maison, c'est un gite d'été, a dit le proprio. J'ai cherché dans les placards, j'ai trouvé une couverture qui sentait un peu le moisi et une nappe à carreaux rouges et blancs. Je l'ai mise sur la table, et j'ai remis les couverts dessus. Elle me rappelle une fois, il y a longtemps, peut-être deux ans, où je suis allée au restaurant. C'était au bord de la rivière, j'ai oublié quelle rivière, et les tables avaient des nappes exactement comme celle-là. Des gens se sont assis pas loin de nous, et j'ai entendu la dame dire: "C'est charmant, très champêtre!" C'était la première fois que j'entendais quelqu'un dire le mot "charmant". Je sais ce que ça veut dire, je ne suis pas bête, mais je n'avais jamais entendu quelqu'un le dire (champêtre non plus, d'ailleurs).

Cette fois, je n'ai pas fait des pâtes, parce que je ne sais pas à quelle heure il va rentrer, et je ne veux pas refaire la même chose que la dernière fois et qu'il se mette en colère encore. J'avais commencé à faire cuire les pâtes, et puis, comme il n'arrivait pas, et comme je pensais que les pâtes froides, c'est pas bon, je les avais laissées dans l'eau. Quand il est arrivé, elles étaient toutes molles et écrasées. Il était furieux, vraiment furieux. J'avais mis toutes les pâtes, il n'y avait plus rien à manger. C'est vrai que ce n'était pas bon, j'en ai mangé quand même.
Mais je lui avais dit que je ne savais pas cuisiner! Avant de partir. Je l'avais prévenu, je n'avais pas menti. Il avait dit que ce n'était pas grave, qu'on irait au restaurant. Mais on n'y est jamais allés. On a mangé beaucoup de sandwichs et de thon en boîte. Et maintenant qu'on est arrivés dans ce gite, on fait des pâtes. Je croyais avoir compris comment on faisait en le regardant, mais apparemment non. On ne m'a jamais appris à cuisiner. Je n'ai jamais habité dans un endroit avec une vraie cuisine, une cuisine où on fait du poulet rôti et des gâteaux.

J'attends. Je ne sens même plus que j'ai faim. Le proprio du gite est passé tout à l'heure - c'est le matin, j'ai dû m'endormir sur la nappe à carreaux. Il m'a dit qu'il fallait quitter le gite, il l'avait loué pour le week-end, pour un mariage. Il est parti, puis il est revenu, il y a 10 minutes. Il a regardé la table, avec la nappe, les couverts bien droits, la carafe d'eau. Il m'a dit que je devrais repartir chez moi, que ce n'était pas un endroit pour moi, ici. Qu'il n'allait m'arriver rien de bien. Je n'ai rien répondu, qu'est-ce que je peux répondre à ça? Quelque chose de bien, c'est comme une cuisine où on fait des gâteaux, je connais pas. Et puis, il a sorti de sa poche des billets, il les a mis sur la nappe à carreaux, il m'a dit: "Prends le train, rentre chez toi." Je lui ai dit: "J'ai pas ça."
- "Pas quoi?
- Pas de chez moi."
Il a secoué la tête.
- "Tu as dix-huit ans?"
J'ai préféré ne pas répondre.
Il a redit:
- "Va, prends le train. C'est pas la peine d'attendre."
J'ai compris ce qu'il voulait dire.
C'est dommage. Je ne sais pas cuisiner, mais je sais mettre la table. C'était joli, la nappe à carreaux rouges et blancs et les couverts bien rangés.

J'ai pris les billets, je suis allé chercher mon sac à dos sur le canapé, j'ai dit merci et je suis partie.

[Ce texte est ma participation - tardive, très tardive - au Diptyque d'Akinou. J'ai eu beaucoup de mal à afficher la photo, je ne sais pas faire (j'ai fini par aller la piquer chez un autre participant, en avais-je le droit?) La photo d'origine est d'Alibaba]

Monday, September 29, 2008

Retour des orages


Depuis plusieurs jours - semaines - l'air est électrique. Ce week-end, le tonnerre gronde sourdement. Quelques éclairs. Et puis l'explosition. Déchaînement pendant une heure et demie. Des cris, des larmes (les miennes). Et les enfants, à nous entendre, qui s'y mettent aussi.

Comme d'habitude, nous n'avons pas avancé d'un iota. Rien n'a été dit - crié - qui ne l'a déjà été. Je suis immensément fatiguée de tourner en rond sur ce manège, fatiguée de la corde qui me bride et me cisaille, fatiguée du même paysage. Fatiguée.

Temps gris. L'orage est passé, mais l'atmosphère est pesante. Il faut bien continuer.
Mes yeux me pèsent, la peau de mon visage tire, je me sens si vieille, si vieille.

Une angoisse montante, insidieuse comme une eau sale qui passe sous la porte. Toute la journée, je l'ai senti arriver. Cette après-midi, j'ai essayé: une promenade seule pendant que les garçons étaient à la piscine, une glace qui m'a plus écoeurée que réconfortée. Et sur le retour, après avoir acheté la peinture pour demain et fait les courses en deux fois - j'en ai oublié la moitié la première fois -, j'ai pris conscience de mes orteils tous recroquevillés, de mes mains crispées sur le volant, de mes muscles douloureux. Tout moi, tendue jusqu'au point de rupture.

Partout où je vais me suit la pile des choses à faire qui commence l'escalade - l'année scolaire a vraiment commencé. Welcome to Stressland, y'all!

Wednesday, September 24, 2008

Crash

J'ai tout perdu. Vertige du vide.

Dimanche soir, mon ordinateur (portable, celui de l'école) s'est arrêté. Comme ça, d'un coup. Et il n'a jamais redémarré que pour me montrer un point d'interrogation clignotant. La tuile.
Lundi matin, les techs guys de l'école m'ont dit sans ménagement qu'il y avait très peu de chance de récupérer quoi que ce soit. En fait, la seule chose qui ait émergé de ce naufrage, c'est avertissement que j'avais écrit pour un élève, durant ma première année à l'école, et quelques notes administratives (la liste des rendez-vous avec le directeur des programmes, par exemple). Tout le reste ... anéanti. Et moi avec.
Je suis partie sangloter toute seule dans le bureau. J'ai passé la journée dans le brouillard, alternant entre incrédulité (ce n'est pas possible, ça n'a pas pu arriver) et désespoir (quatre ans de travail, des centaines d'heures, des jours et des jours de préparation... )
Mes élèves ont vu ma tête, m'ont interrogée, m'ont promis de me rapporter tout ce qui leur restait des années précédentes. Ils sont si gentils.
Je ne peux m'empêcher de repasser, en boucle, la liste de tout ce qui a disparu. Les contrôles, les interro, les polycopiés expliquant tel ou tel point de grammaire, les fiches sur les livres que nous étudions en classe de littérature, toutes mes préparations de cours, quelques photos (la plupart sont sur l'ordinateur de la maison), toute ma musique, quelques textes personnels, tous mes documents administratifs, etc., etc.

Repartir à zéro. Pas une tentation, une nécessité. Page blanche.

Sunday, September 21, 2008

Mise en place des routines

Je n'arrive toujours pas à récupérer ma demi-heure du matin. Pas moyen, rien à faire. Plus de vagabondages bloguesques, les yeux embrumés, le thé brûlant à la main. Où est passé mon temps à moi?

J'ai toujours eu du mal à sortir Paolo de son lit. Tout petit, c'était la promesse du biberon qui seule parvenait à l'extraire du sommeil. J'ai prolongé le biberon aussi longtemps que possible, mais quand il s'est arrêté, les crises ont commencé. A chaque âge, j'invente de nouvelles stratégies [J'avais écrit startégies. New ways to start a better day, for sure...]. Et bien sûr, il y a les jours où tout glisse, les jours où tout accroche. Les jours où je suis en retard et où il hurle si je soulève les couvertures. Les jours où je crie plus fort que lui. Les jours où je pose tout pour le caliner et lui permettre de repartir du bon pied. Les jours où je lui en veux, terriblement, de me soumettre à ce stress quotidien, cette lutte: il faut se préparer, être prêts, il faut partir - pas seulement eux, moi aussi, moi en même temps. Et sitôt que je les ai lâchés, il faut que je retrouve les autres, tous les autres, j'entre en scène et je dois être prête. Ah, en écrivant, je découvre le leitmotiv de ma vie en ce moment. Et la source de mes inquiétudes, mes colères: être prête. Ou plutôt, ne pas l'être, encore et encore. Et me rattraper comme je peux, du bout des doigts.

Debut de l'automne, de l'année scolaire, de notre vie dans cette nouvelle maison: mise en place des routines.

La toute dernière en date, celle qui m'aide à lever mon dormeur avec beaucoup plus d'efficacité que mes roucoulades ou que les injonctions de son frère, c'est la permission d'écouter de la musique sur mon ordinateur. Ecouter et surtout regarder. Il en oublierait de manger.
Demain, mon musicien commence le violoncelle. J'ai souhaité bonne patience au prof de musique. Il m'a répondu: Oh, mais je suis patient...

Wednesday, September 10, 2008

Changements

...


* Un jour de la fin août, un jour de bleu très bleu et de vert tellement vert, une pluie de feuilles d'or a traversé ma route. Et, comme ça, en une envolée de lumière, l'été a annoncé sa fin prochaine. Quelques jours plus tard, une petite main écarlate au milieu d'un arbre encore entièrement revêtu de sa parure estivale m'a fait signe. Oh, ça va, j'ai compris.

* Nous devons partir une petite demi-heure plus tôt, maintenant que nous n'habitons plus à deux pas de l'école. Si nous ne sommes pas dans la voiture, avec tous nos sacs, nos livres, nos lunettes, avant 7h et demie, nous sommes bons pour les ralentissements (je n'ose dire les embouteillages, ce n'est rien comparé aux grandes villes) et pour les cavalcades dans les couloirs en arrivant. C'est que Dudie est collégien, maintenant, et il est pour lui hors de question d'être en retard. Alors qu'au mois de mai, il se moquait éperduement de son heure d'arrivée en classe.
Je sais que je dois prendre en compte ce décalage, et pourtant je n'arrive pas à me lever plus tôt que l'année dernière. Mon corps résiste de tout son poids de sommeil, de toute sa lourdeur de fatigue. Avant 5h50, pas moyen. Alors, j'ai moins de temps pour moi le matin, plus le temps de lire ou d'écrire. Il faut que je trouve une solution (me coucher plus tôt? Mais alors, je travaille quand?)

* Dudie a commencé le collège, donc. Ici, la première année du collège correspond à notre CM2. Il faut s'habituer à changer de salle, de prof, à plannifier ses devoirs non plus au jour le jour, mais d'une semaine à l'autre. Et, bien sûr, ça ne va pas sans heurt. Je m'énerve trop, je sais. Je crie inutilement (mais préparer une interro d'espagnol sans livre - laissé à l'école -, sans notes - "J'ai pas encore acheté le cahier, donc je n'ai pas pris de notes en classe" -, je trouve ça moyen comme méthodologie. Surtout quand, ultime parade, mon rejeton offensé me déclare: "Mais je comptais sur toi pour m'aider!" Ben voyons.)

* J'ai fait connaissance de mes nouveaux élèves. Je les aime bien, dans l'ensemble. Mais surtout, surtout, je suis heureuse de retrouver ceux qui sont restés avec moi, ceux qui ont survécu à l'examen AP et qui en redemandent, de la littérature française, avec des synecdoques, des rimes riches et chiasmes en veux-tu en voilà! Ceux-là, ceux que j'ai eu 3 ans sur les 4 qu'ils auront passés au lycée, je les aime d'amour. Quand j'arrive dans ma salle et que je les vois, installés en cercle, m'attendant avec Valmont et Merteuil, j'ai envie de les serrer très fort dans mes bras. Au lieu de ça, je leur dis: "Aujourd'hui, nous allons faire l'analyse de la préface".
Pas un cours ne se passe sans que l'un ou l'autre ne cite un de leurs mots fétiches: "bouc émissaire" et "soudoyer" (ils avaient parié qu'ils arriveraient à placer l'un ou l'autre dans leur essai à l'examen, je ne crois pas qu'un seul y soit arrivé. Il faut que je leur demande).

* Aujourd'hui, retour des vendredis-piscine. Les garçons étaient contents. Mais ils ne retrouveront plus leur copain Juan, et moi je me retrouve bien seulette sans sa maman. J'attendais presque de les voir surgir, en retard comme d'habitude. Mais non, ils sont à Barcelone cette année. Alors, après avoir regardé mes poissons sauter dans l'eau, c'est toute seule sous mon grand parapluie que j'ai fait le trajet du Y à la bibliothèque, toute seule que j'ai choisi un film pour ce soir, toute seule que je suis allée chercher un goûter (pour deux nageurs affamés, et non pour trois) à la boulangerie. Je n'ai même pas eu envie de ma brioche du vendredi. L'année dernière, ces quarante minutes passées ensemble à la fin de la semaine étaient ma respiration, une petite parenthèse entre la semaine de boulot et les tâches du week-end. Sous pretexte de tuer le temps pendant que nos enfants nageaient, nous nous accordions une vacance dans nos emplois du temps, le temps de parler de nous, de nos hommes, de mon boulot, de sa petiote, de nos familles au loin, de notre prochain dîner tous les quatre... Je suis revenue lentement vers le Y, toujours sous la pluie. Elle me manque, elle va me manquer. Ils vont être longs, ces vendredis après-midis.

Tour de passe-passe

Depuis des années, j'ai une passion exclusive, inaltérée pour la courgette. Un autre jour, je vous raconterai comment, lorsque j'étais au lycée, j'ai inventé un nouveau nom pour redorer le blason de ce pauvre légume qui souffre, il faut bien le dire, du tort causé par son patronyme un peu bêta (en vérité, le nom m'est venu dans un rêve. Comme quoi, on peut rêver de tout.)

Mes fils ont subi les conséquences d'une telle addiction, et ont dû ingurgiter, dans leur toute petite enfance, quantité de purées de courgettes, soupes de courgettes, gratins de courgettes et j'en passe. Dès qu'ils ont été en âge de se rebeller (c'est à dire, très rapidement), ils ont, d'un commun et tacite accord, banni de leur assiette toute trace de courgette (hélas!). Et logiquement ils ont refusé toute tentative de ratatouille, que j'adore et vénère.

Or, je viens de trouver la parade (héhéhé). Ils mangent volontiers de la soupe de légumes, surtout si elle est bien aillée (la présence de courgettes dissimulée dans la moulinade leur échappe). Par un tour de magie assez impressionnant (je dois le reconnaître moi-même), j'ai transformé, dans le secret de ma cuisine-laboratoire secret, une ratatouille bien relevée en innocente soupe, d'un coup d'un seul de mixer enchanté! Et hop, ni vu ni connu, je la leur ai servie avec options "plus d'ail", "plus de poivre", "plus de sel", et ils s'en sont régalés (même si Paolo a détecté, fine mouche, "un drôle de gout").

Trop forte la sorcière, je maîtrise bien mes marmites. La prochaine fois, je leur fais avaler des endives. Rapées en spaghetti, s'il le faut.

Tuesday, September 02, 2008

Le dernier jour des vacances (2)

Je me suis réveillée parce que le soleil s'était couché sur moi. Je ne pouvais pas ouvrir les yeux. J'ai dû attendre qu'il se déplace un peu, qu'il bouge sur le lit. Le matin est bien entamé, mais de toutes les chambres vient la même respiration heureuse. Premier jour de septembre, c'est encore l'été. Presque plus les vacances, autant en profiter.
L'air est transparent, chargé de lumière dorée. L'humidité cotonneuse d'hier s'est évaporée. Tout brille.
Je passe le reste de la matinée en chemise de nuit. Après le petit déj, inspection des fournitures, collage d'étiquettes et vérification que tout est en ordre dans les cartables (pas ouverts depuis juin... Je vide discrètement dans la poubelle les vestiges de l'année scolaire passée).
Et puis... Un peu de ménage. Un peu de traînaillage. Un peu d'enfantillage. Un peu de rêverie sans âge (je pense aux chatons que je vais - peut-être - adopter).
Déjeuner à trois heures de l'après-midi. Je promets paresseusement à Jim que je vais me mettre à peindre le plafond de la cuisine, mais c'est mal parti: je m'installe au soleil avec mon dessert et un bouquin. Il revient à la charge, me dit qu'il a préparé des seaux, des gants et une éponge pour que je récure le plafond avant de le peindre. "Bientôt". Je me déplace vers le hamac. Des bestioles sautent dans mon verre. Jim et les garçons se lancent dans l'opération virile intitulée: Nous-tondons-l'herbe-entre-hommes. Je ne suis que trop heureuse de les laisser faire. Je déplace juste un peu le hamac. Je finis par me lever quand l'ombre gagne et me dis qu'il serait temps d'arroser les plantes. Le basilic me fait signe qu'il a soif. Je téléphone à Else en désherbant un peu. Les garçons s'entraînent au baseball. Il ont plus d'enthousiasme que de talent.
Et puis, pas moyen de reculer, je mets ma tenue de combat et j'attaque le lessivage du plafond. J'attrape un torticolis en quelques minutes, mais je ne lâche pas l'affaire. Jim se réveille de sa sieste sur le canapé et déclare qu'il n'a pas réussi à dormir (ça fait une heure qu'il roupille), mais il est quand même content de mon travail. Du coup, il me prépare un petit pot de peinture pour "cut in" (faire les bordures?). C'est beaucoup plus difficile que je ne croyais. Il insiste pour me faire une démonstration et m'observe pour vérifier que je suis bien sa technique. Il est sept heures du soir, j'ai faim, je deviens hargneuse. Je m'arrête pour préparer le dîner, et il finit le pan de mur que j'ai abandonné.
Les garçons ont du mal à se laisser convaincre qu'il faut dormir. Moi, dès que je touche le lit, je m'enroule de bonheur. Le soleil de ce matin a creusé un petit nid. Je m'y endors très vite.


[Je ne sais qui a pris la première photo - ça m'apprendra à laisser traîner mon appareil photo. En tout cas, les grands pieds dans le hamac rouge, ce sont les miens!]